Lost River

Miss Bobby_Lost RiverQuand on devient la coqueluche des jeunes comme Ryan Gosling, et que vous annoncez que vous allez tourner votre premier film en tant que réalisateur, on vous attend au tournant. Pari réussi et virage bien amorcé ?

Ryan Gosling a choisi un titre des plus lyriques pour son Lost River, annonciateur de poésie et de rêverie. Mais que se cache-t-il vraiment sous cette rivière perdue ? Des rêves et des espoirs disparus, voire déchus d’une population qui, jadis, pensait vivre le rêve américain avec la maison, la pelouse et la barrière blanche. Un avenir radieux s’annonçait à eux, plein de promesses, les enfants jouant dans la rue, les voisins apportant des paniers de muffins, suffisamment d’argent pour ne pas s’inquiéter. Mais Lost River a fini par tout perdre, y compris son âme, ne laissant que des rues vides de tristesse où l’air y est lourd et macabre.

A Lost River, où la vie a été engloutie sous un réservoir artificiel, les gens tentent de survivre, semblable à des fantômes, sorte de coquilles vides errantes. Les personnages ont tous perdu quelque chose au fond d’eux, essentiellement leur raison de vivre, leur joie, leurs espérances, et les autres êtres viennent s’entasser dans ce lieu de villégiature lugubre et angoissant, cherchant un brin de sensations fortes pour se remémorer ce que c’est d’être vivant en côtoyant de très près l’image de la mort.

Miss Bobby_Lost River_Christina Hendricks

Lost River est un mélange à la fois onirique, coloré, sensible, macabre, horrifique, sombre, oscillant entre le fantasme d’un monde qui n’existe plus et la réalité froide et abrupte. Ryan Gosling souffle un vent glacial teinté de tiédeur glissant le spectateur dans un mal-être presque surréaliste, mais aussi édifiant quand on sait qu’il a existé (Lost River a été tourné à Détroit et s’en inspire). Le choix d’acteurs suffisamment connus est judicieux, permettant une certaine identification et limitant cette barrière public – personnages. Chacun interprète sa partition avec justesse, sensibilité, jouant avec la parcimonie et la timidité, laissant dégager une sorte d’élégance par la fragilité.

Ryan Gosling prouve qu’il a admirablement manoeuvré son virage de réalisateur et de directeur d’acteurs, ne tombant pas dans des clichés ou ne se fourvoyant pas dans un excès de références (on pensera notamment à Nicolas Winding Refn en voyant Lost River). Gosling ne fera pas l’erreur d’apparaître à l’image, même si au fond de nous, on aurait bien voulu le voir une micro seconde. Lost River n’est pas pour tous les yeux, il est à la fois métaphorique et fantasmagorique, il soulève des réflexions sur la société, sur l’être humain, et pourrait presque s’apparenter de loin à un monstre de foire : rebutant et fascinant, possédant mille et une facettes, ouvrant sur plusieurs degrés d’analyse et de compréhension.

Retrouvez la rencontre avec Ryan Gosling et Reda Kateb.

Sortie en salles le 08 avril.

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