Lost River : Rencontre avec Ryan Gosling et Reda Kateb

Plus jeune, je me rappelle que je regardais à la télévision le jeune Hercule, qui s’appelait Hercule contre Arès et j’avais un petit faible pour son acteur principal. C’était en 1998, j’avais 14 ans. Si on m’avait dit que ce fameux acteur allait devenir une super star et que j’allais le rencontrer 17 ans après, jamais je n’y aurais cru ! Un rêve, que dis-je, un fantasme ! 17 ans après, le jeune Hercule est devenu Ryan « fucking » Gosling, méga beau gosse en surpuissance et acteur très talentueux. Et moi, je suis devenue une blogueuse qui a eu la chance de l’écouter parler de son premier film en tant que réalisateur, Lost River. Il était accompagné d’un de ses acteurs, qui plus est Français, la star montante du cinéma : Reda Kateb. Vous pouvez retrouvez ma critique de Lost River en lien. Retour sur la rencontre :

Apparemment, Ryan, vous avez réalisé, écrit, co-produit Lost River, quelles étaient vos influences durant le processus de création ?

Ryan Gosling : Je viens du Canada, j’espère que ça vous va ?! Quand j’ai grandi au Canada, il y a cette idée très romantique de l’Amérique, surtout à Detroit, une ville très proche d’où j’ai grandi. C’est quand même le berceau de Motown, l’architecture, de l’american dream bien sûr et je dois dire que quand j’ai découvert Detroit plus tard, j’ai été très surpris, car l’image que j’en avais ne correspondait pas à la réalité. Parfois, on parcourait 70 kilomètres sur des terres où il y avait très peu de familles, qui s’accrochaient à leur maison, qui souvent étaient détruites, brûlées. Donc j’avais la sensation que le rêve américain était devenu surtout un cauchemar pour ces familles-là. J’ai aussi voulu montrer ce qu’est Detroit en ce moment, donc un an avant de tourner le film, j’ai acheté une caméra et je m’y suis rendu assez souvent en repérages, et en fait les visuels que j’ai fait à ce moment-là ont nourris l’écriture et le style du film plus tard. Ce processus créatif a été graduel et organique.

Les personnages ont des noms comme dans les contes des Frères Grimm (Rat, Bully, etc), c’est typique du conte de fées. Il y a même à un moment où Johnny Jewel chante le grand méchant loup, la ville de Détroit sur laquelle il y a une malédiction, comme la demoiselle en détresse. Pourquoi, Ryan Gosling, avez-vous choisi la structure d’un conte de fées, pour parler justement de ces rêves détruis ?

R.G. : Quand vous vous promenez dans ces quartiers, il y a quelque chose de très surréaliste, parce que les dernières familles qui y habitent sont presque les derniers habitants sur cette Terre et il y a cette impression que moi j’ai ressenti comme dans La Quatrième Dimension où l’on est aussi dans le conte de fées sombre. On a du mal à se dire que ce qu’on voit existe réellement. Je ne voulais pas faire un film qui soit sur Detroit, je voulais que le public du monde entier comprenne l’émotion que j’ai ressentie et que j’ai vue là-bas. Il ne s’agit pas tant d’une connotation économique de Detroit, c’est vraiment le point de vue de deux adolescents qui grandissent là et qui ont besoin, pour grandir, de cette idée romantique, que s’il y a un mauvais sort, il peut être levé, cela donne de l’espoir et c’est en ça que le film est le regard de deux adolescents qui croient qu’ils sont dans un conte de fées.

Reda Kateb : Et je voudrais ajouter quelque chose à ce que Ryan vient de dire, c’est la manière dont le film s’est tourné à Detroit, c’est-à-dire il y a une manière d’arriver avec un plateau de tournage comme si on achetait l’endroit, comme si on venait superposer une réalité – fiction à un endroit et là, l’échange s’est vraiment fait avec les gens de la ville qui étaient touchés qu’on vienne faire un film dans leur ville, de la manière dont ça se passait. Des fois, on tournait une scène, à une station-service et puis, quelqu’un passait par-là et était invité à rejoindre l’action, à rentrer dans le champ. Je pense que ça doit se voir dans le film, même si on ne fait pas bien la distinction des moments volés ou des moments qui ont été organisés. Mais je trouve que c’est comme ça qu’on fait du cinéma, dans ce type d’endroit.

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D’ailleurs, on parlait de conte de fées, et vous Reda, vous êtes le prince charmant, sauf qu’au lieu d’un carrosse ou d’un cheval blanc, vous avez un taxi. Comment avez-vous appréhendé ce rôle si subtil, si silencieux et si essentiel puisque vous êtes le sauveur, le prince ?

R.K. : On n’a pas parlé de prince, ni de sauveur avant de tourner, mais on s’est rencontré avec Ryan juste avant le tournage et on a plus parlé de ce personnage qui fait corps avec son taxi comme une espèce de lieu protecteur, dans un endroit dans lequel c’est le chaos. Et quand Christina Hendricks est dans le taxi, il y a une espèce de bulle comme ça, chaleureuse, intime, avec un homme qui n’est pas là pour la dévorer, comme les autres hommes dans le film, pour prendre quelque chose d’elle, ni même pour tenter de la séduire, mais une espèce d’homme désintéressé, sorte de chevalier servant on va dire. Et ça, quand on lit le scénario, il y a ce qui est écrit, il y a juste l’histoire que raconte le metteur en scène avant de tourner et c’est cette matière-là qui nous sert à raconter un personnage.

J’ai une question sur le lieu où travail Christina Hendricks, il me rappelle le théâtre du Grand Guignol (The bloody theater show) à Paris, pourquoi avez-vous choisi cette intrigue, comment en êtes-vous arrivé là ?

R.G. : C’est vrai, vous avez raison, je me suis évidemment influencé du théâtre du Grand Guignol et d’autres lieux qui existaient ici à l’époque le Hell Café et le Death Tavern et l’auvent du club vient réellement du Hell Café (café de l’enfer). À l’époque, quand j’ai hésité de tourner à Detroit, j’ai aussi pensé à ces lieux qui suivent la tempête, l’ouragan, ce sont des lieux dévastés et souvent dans ces lieux-là, on se rend compte qu’il y a des personnages qui aiment graviter, en donnant libre court à leur part plus sombre, et souvent on trouve dans ces endroits de tels lieux où l’on peut s’adonner à ses instincts les plus bas ou les plus sombres, parce que justement personne ne regarde. Et j’ai voulu intégrer cette dimension, cette noirceur, la faire aussi remonter à la surface, l’intégrer à la structure du conte de fées et j’ai donc fait une recherche sur le théâtre du Grand Guignol à Paris et j’ai donc voulu montrer ce lieu où la nature sombre de l’Homme pouvait exister.

Ryan, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la réalisation après votre carrière d’acteur ? Et Reda, qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer dans le film de Ryan ?

R.K. : J’ai aimé le scénario, tout simplement. J’ai aimé le script, j’ai été étonné de recevoir le scénario de la part de Ryan Gosling, j’étais même étonné qu’il sache qui j’étais [rires]. À ce moment-là, j’avais beaucoup d’admiration et de respect pour lui en tant qu’acteur et je sentais que c’était quelqu’un qui avait un milieu artistique qui dépassait l’image qu’on pouvait en faire, un acteur qui joue dans des films, j’avais entendu sa musique et dans ces cas-là, on espère que le scénario va être bien, parce que si c’est pas bien, c’est encombrant… J’ai adoré le scénario, j’ai adoré l’idée d’un conte noir qui s’inscrit dans le réel et je savais qu’il n’y avait pas beaucoup de lignes de dialogues, mais je savais qu’il donnerait sa chance à chaque personnage. Après le plus long, ça été de faire le visa ! [rires]

R.G. : En plaisantant, je suis sûr de toujours travailler, car si je ne suis pas engagé en tant qu’acteur, je peux m’engager moi-même dans mes propres films. Evidemment je plaisante. Mais je n’ai pas vraiment choisi d’être réalisateur sur ce film, c’est tout simplement quand j’ai vu Detroit, quand j’ai vu ces familles, il y avait une forme d’urgence et d’obligation pour moi de montrer ça, d’en témoigner. Et vous savez, quand on voit des immeubles historiques qui ont été détruits, lorsqu’on se promène dans ces quartiers, eh bien il y a un sentiment étrange de se perdre dans une réalité singulière, et plus je passais du temps à filmer dans les rues de Detroit, et plus j’avais mal au cœur, j’avais une peine infinie, je trouvais qu’il y avait là quelque chose d’universel comme thème et il y avait aussi quelque chose que je trouvais très beau dans ces familles ou dans ces personnes qui, au lieu de partir, décidaient sciemment de rester.

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Il y a une phrase très juste que votre personnage prononce dans le film. Il dit qu’il avait le rêve américain en venant de chez lui (on ne sait pas d’où il vient d’ailleurs), que l’on disait dans son pays qu’aux Etats-Unis, « tout le monde roule sur l’or » au sens littéral. Est-ce que vous aviez ce sentiment là vous-même sur le rêve américain, d’autant que l’on vous a déjà vu dans des films américains (Zero Dark Thirty de K. Bigelow – ndlr) ?

R.K. : Peut-être enfant ou adolescent, mais non, aujourd’hui, je n’ai pas ce rêve américain. Peut-être celui du cinéma, oui, car aux Etats-Unis, il y a mille formes de cinéma et beaucoup de films indépendants. Mais cette phrase dont vous parlez dans le film, c’est venu à travers l’improvisation. On a pris le temps de laisser venir les choses. C’est plus les immigrés d’Algérie qui m’ont raconté que certaines personnes qui sont arrivées il n’y a pas si longtemps, avaient cette image-là de la France. Ça peut se transposer. L’image de cet exilé pourrait être applicable à plein d’endroits. Il pourrait venir de plein d’endroits et être tombé dans plein d’endroits. C’est cet éternel grand malentendu qui est de penser que ça sera plus facile ailleurs. Je me souviens d’avoir pris un café… Un taxi, pardon. J’ai besoin d’un café, je crois. Je me souviens d’avoir pris un taxi avec un homme africain qui me racontait cette chose-là, que l’on voit dans le film. C’était ce qui était bien avec Ryan, il y avait la place pour ce genre de choses. C’était pas faire de l’impro juste pour faire du blabla, mais chercher des choses ensemble, inventer des choses, se sentir à la fois libre et guidé. Ça paraît simple comme ça, mais c’est très rare.

On remarque pas mal d’inspirations dans votre film, De Palma, David Lynch, Kubrick… (Ryan Gosling est très flatté par de tels noms) Quel est votre sentiment à propos de cela ?

R.G. : Non, je dirai plutôt Les Goonies. (rires) Non mais c’est vrai ! Quand j’ai envoyé le script à mon compositeur, il m’a renvoyé un texto en me disant « On dirait une version sombre des Goonies, cool ! ». Bien sûr, il y a des références, notamment aux films des années 80 avec lesquels j’ai grandi comme Brisby et le Secret de Nimh, Les Goonies ou les films produits par Amblin (les Spielberg de l’époque comme E.T., Retour vers le Futur, Gremlins, Fievel…). J’avais surtout envie de revisiter ce thème d’une famille menacée qui a la possibilité presque d’une issue mystique ou poétique. J’ai voulu en quelque sorte filmer ma version de cela, rendre hommage peut-être à certains réalisateurs, mais surtout montrer comment moi je vois le cinéma et les films que j’ai envie de faire.

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Le montage du film a changé depuis la version projetée au Festival de Cannes. Pourriez-vous nous parler de ces changements, quels sont-ils et comment les avez-vous pensés ?

R.G. : Dans le premier montage originel, j’avais des morceaux de musique que je pensais être tombé dans le domaine public… Et j’avais tort ! (rires) Et il y avait des scènes qui étaient entièrement basées sur ces morceaux, donc je ne pouvais pas me contenter de les changer. J’ai préféré retirer les scènes en question plutôt que de les dissocier de ces musiques.

Lost River baigne dans une dimension très onirique, à la lisière du fantastique. Etait-ce un choix dès le départ de partir sur ce type de cinéma pour renforcer le côté social et le rendre plus pesant, ou c’est venu au fur et à mesure de l’écriture ? Car on voit beaucoup de références au cinéma de genre, au cinéma fantastique, au giallo, ou avec la présence de Barbara Steele…

R.G. : Alors oui, c’était dès le départ. C’est vrai qu’il y a cette dimension. Je voulais surtout montrer que cette famille cherche à tout prix à s’accrocher à son rêve alors que dehors, c’est le chaos et le cauchemar. Et je voulais traduire ça en faisant en sorte à ce que tout ait l’apparence d’un rêve. Parce que c’était la façon dont ces adolescents vivaient. Ils sont sans arrêt sur cette ligne fine entre la réalité et le monde du fantastique et de la fantaisie. Et en même temps, je voulais ancrer ce rêve dans une réalité. Mais il y a eu aussi des moments très forts qui se sont dessinés sur le tournage, notamment quand nous avons intégré dans le film, des habitants de Detroit. Par exemple, il y a cette scène que j’aime beaucoup, de la station service… C’était d’ailleurs la seule station service à des kilomètres à la ronde, elle était là, au milieu de nulle part. Et dans cette scène, il y avait cette vieille dame qui arrive et Bully (le méchant du film, campé par Matt Smith – ndlr) danse avec elle. Il s’est passé quelque-chose, on a senti qu’une tension montait parce qu’on a compris que dans cette station essence, il se vendait probablement autre chose que de l’essence. Les gens venaient pour acheter autre chose et il y avait une tension étrange qui grandissait. Et j’ai dit alors « Mais qu’ils viennent, qu’ils soient intégrés dans le film ». Ça m’a permis d’une façon imaginée et imaginaire, de les amener du Detroit où ils étaient, vers ce Lost River que je filmais. Ils ont donné une dimension extraordinaire au film. Pour moi, ils étaient à la fois dangereux car je ne savais pas qui ils étaient, d’où ils venaient, ni quelles étaient leurs intentions. Mais en même temps, ils avaient un tel charisme, un tel pouvoir, que de les intégrer a conféré une identité particulière au film, ce lien si étroit entre réalité et fantaisie.

Je voulais revenir sur les références dans Lost River. On pense parfois aux films des années 20, mais aussi au cinéma du cinéaste canadien Guy Maddin, qui a notamment réalisé The Saddest Music in the World, et qui évoquait justement l’influence que peut avoir l’économie sur la vie des gens. Connaissez-vous son cinéma ?

R.G. : Oui, j’ai vu The Saddest Music in the World. C’est un très bon film. Et c’est canadien ! (Ryan Gosling est canadien – ndlr).

Lost River est à la fois un thriller, un film où les personnages ont une importance fondamentale, mais surtout la ville semble être le personnage principal qui draine tout vers elle… 

R.G. : Oui bien sûr. Au-delà d’une simple ville, c’est un monde à part. Et d’une certaine manière, Detroit, c’est un peu une demoiselle en détresse. Donc c’est effectivement un personnage à part entière.

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Quel regard en tant que réalisateur, portez-vous sur le cinéma indépendant américain ? C’est important pour vous de le défendre, j’imagine…

R.G. : Je l’aime parce que j’y ai toujours eu des expériences formidables. Je me souviens d’un de mes premiers films, Danny Balint, où je jouais un jeune néo-nazi. C’était un film totalement indépendant, avec un sujet difficile, étrange, qui était un vrai défi. On savait que ça ne serait pas un film grand public, mais on s’est battu, on a été dans des festivals, on est allé chercher le public. Après j’ai tourné dans des plus grosses machines, mais ça n’a jamais été aussi fort que cette expérience là. Peut-être parce qu’au final, on a toujours envie de revenir à ses fondamentaux. Ce n’est pas tant que je n’aime pas le cinéma grand public, mais disons que pour moi, le cinéma indépendant, c’est le lieu où l’on peut expérimenter, être vraiment dans cet esprit d’étudiant. Et ça, j’adore.

Et Reda, comment cela s’est passé pour vous cette incursion dans le cinéma indépendant américain, est-ce différent du cinéma indépendant français ? Et au passage, vous êtes formidable dans L’Astragale, qui sort mercredi.

R.K. : (Reda Kateb est flatté – rires dans la salle – Ryan Gosling ne comprend pas) Non, non, rassure toi Ryan, on a rien dit de mal sur toi. Je trouve qu’il y a plein de manières de faire du cinéma en France, aux Etats-Unis, et j’imagine dans plein d’autres pays. Et il y a plein de manières de faire du cinéma indépendant. Celle que je préfère, c’est celle là, bien sûr. De se glisser dans des lieux et de raconter nos histoires avec les gens de ces endroits où l’on tourne et que l’on traverse. Et j’ai vraiment trouvé ça sur Lost River. Mais je serai incapable de faire des généralités sur le cinéma indépendant, hormis le fait qu’il y a une liberté. Mais ici en France, aussi. En tout cas, il y a plein de manières de pratiquer « ce sport ».

Et comment avez-vous ressenti la direction artistique de Ryan Gosling ?

R.K. : La manière de travailler de Ryan est marrante. Une fois, je l’ai entendu dire que diriger, c’est être aussi acteur car c’est faire semblant que tout se passe bien alors qu’en fait, il y a toujours un problème à gérer. Et c’est vrai qu’il avait l’air toujours détendu, qu’il communiquait toujours une énergie incroyable, aux acteurs comme à l’équipe technique. Il y avait une sorte de cercle autour de la caméra, qui ne prenait pas que ce qu’il y avait dans le champ. Et en tant qu’acteur lui-même, il est sensible à ça, au fait qu’on joue mieux quand il y a une atmosphère propice. Plutôt que d’être un marionnettiste à distance de nous, il est dans ce cercle, il est actif physiquement, comme un acteur, il cherche avec vous les choses, et en même temps, il vous laisse les créer. Du coup, après, j’ai eu ma petite expérience aussi, de diriger un court-métrage que je viens de finir. Et j’ai essayé de retrouver ça, cette chose qui m’avait marqué dans sa façon de faire, de travailler avec les gens, de guider en donnant beaucoup de liberté, que les gens aient du plaisir à être là. Ça compte aussi.

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Avec Dead Man’s Bones, votre groupe de musique, vous évoquiez déjà une citée engloutie, au détour d’une chanson (Buried in Water). D’où viennent cette légende et cette fascination ?

R.G. : Lorsque j’étais enfant, j’ai un jour vu exactement le type de route qu’on voit dans le film. Une route qui allait dans l’eau. J’ai posé des questions à ma mère et j’ai découvert que le lac où je me baignais, avait en fait englouti plusieurs villages. Sans le savoir, je me baignais dans un lac où sous mes pieds, il y avait des ruines de villes englouties. Et ça m’avait énormément choqué à l’époque. Pendant un moment, je refusais de prendre des bains car je ne voulais plus me baigner dans de l’eau qui provenait de ce lac qui avait englouti ces villages. Lorsque j’ai commencé à filmer Detroit et cette Lost River, je crois qu’inconsciemment, cette image de mon enfance, de ce lac, est remontée à la surface. Et j’avais la sensation que quand je filmais ces immeubles, c’était un peu comme des images d’épaves, comme le Titanic, qui laissaient transparaître encore une forme de carcasse, mais dont la vie avait été engloutie. Finalement, puisqu’on parle d’inconscient, la ville de mon enfance et mon film se rejoignent.

Retranscription réalisée en partenariat avec Mondociné.

Merci à Cartel, The Jokers et au Public Système.

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