Miss Bobby_Alan_Parker

Durant le Champs Elysées Film Festival, nous étions quatre petit chanceux à obtenir une table ronde avec le réalisateur Alan Parker, papa de Midnight Express, Fame, Birdy, Mississippi Burning pour ne citer qu’eux. Un monsieur qui dégage une incroyable sérénité, très posé et qui a vraiment pris le temps de répondre à nos questions. Il avait fait le déplacement pour la projection durant le festival de son film L’Usure du temps.

Si vous deviez donner une définition du cinéma, quelle serait la vôtre ?

Oh mon dieu, quelle question typiquement française ! Je pense que le cinéma, c’est être capable de raconter des histoires à propos de la vie des gens. C’est être capable d’utiliser toutes les facettes artistiques en même temps pour y parvenir, car il faut comprendre l’écriture, la mise en scène, le jeu d’acteur, le son, la musique… Le cinéma est un art qui regroupe plein de facettes de l’art ensemble. Et être capable d’utiliser toutes ces facettes artistiques en même temps, est le stade ultime de la création. Désolé, c’est une réponse ennuyeuse à l’anglaise…

Il y a quelque-chose d’amusant chez vous. Votre cinéma a toujours été marqué par un profond raffinement visuel et musical. C’est d’ailleurs pas étonnant de vous voir aujourd’hui faire de la peinture. Pourtant, vous avez souvent répété que vous ne vous êtes jamais considéré comme un cinéaste mais plutôt comme un écrivain…

C’est probablement parce que j’ai commencé en tant qu’écrivain pendant des années. D’ailleurs, sur mon passeport, il est écrit « écrivain »… Désolé, je ne trouve pas mon passeport pour vous montrer. Mais il a toujours été marqué « écrivain », jamais réalisateur. Peut-être qu’il faudrait que je le change aujourd’hui. La raison, c’est que j’ai toujours trouvé que « réalisateur » sonnait un peu prétentieux. Pour moi, l’écriture est la base de mon travail et de ce que j’ai toujours voulu faire. Et réaliser, bien que j’ai commencé très jeune, a toujours été une sorte d’extension à mon travail d’écrivain. J’ai toujours considéré que l’écriture était ce qu’il y avait de plus important dans un film. Puis vous commencez à réaliser des films et ça consume votre vie et c’est difficile de vous considérer désormais comme un écrivain. Vous êtes un « réalisateur de film ». Mais au départ, j’étais embarrassé à vrai dire, de me qualifier de « réalisateur ». Peut-être parce que je ne me sentais pas sûr de moi à l’époque dans ce métier.

Miss Bobby_Alan_ParkerCrédit photo ©Regardez-moi ça

Beaucoup de vos films ont été très mal reçus par la presse alors que le public a toujours été très enthousiaste. Aujourd’hui, avec le recul, comment percevez-vous l’acharnement dont vous avez été victime ?

Le truc c’est que c’est souvent comme ça quand vous faites des films comme ceux que j’ai pu faire, avec un point de vue très affirmé, fait selon une vision très personnelle du cinéma… C’était vrai en tout cas, notamment ici en France, où la critique était dominée par des gens aux mentalités un peu rétrogrades comme Les Cahiers du Cinéma, qui n’acceptaient jamais ce qui était un peu nouveau. Le public lui, était plus ouvert, il était en avance sur ces critiques. Il y a une expression française dont je ne me souviens plus mais qui donne en anglais : « Aucun véritable artiste ne devrait avoir peur de ce que les gens vont penser de son travail parce que vous l’avez fait et que vous y croyez ». Quand j’ai débuté, j’étais très sensible à ce que l’on disait de moi, comme à Cannes par exemple. Vous savez, après la conférence de presse de Midnight Express, il y a eu un photographe et une dizaine de critiques qui se sont jetés sur moi en hurlant. Il avait tellement détesté le film. J’étais jeune et je ne comprenais pas pourquoi on détestait à ce point mon travail, surtout Midnight Express. Et pourtant, il est resté en salles à Paris pendant presque 10 ans dans le même cinéma ! Finalement, le public était plus chaleureux que les critiques. Vous savez, quand vous faites un film, il sort dans plein de pays. Et dans chaque pays, il y a une vingtaine de critiques très en vue. Ça fait beaucoup de gens à contenter quand même. Et la vérité, c’est que vous ne contenterez jamais tout le monde parce qu’ils ont tous des goûts différents, des points de vue différents, des politiques différentes. Bon, aujourd’hui, je ne fais plus de films donc je suis très philosophe sur tout cela. Mais quand j’étais plus jeune, vous êtes touché par tout cela parce que c’est dur de faire un film, c’est deux ans de votre vie. Et des gens le voient en deux heures dans une salle obscure et ils jugent. Ça peut être vexant.

Quand on regarde vos films, on ne peut pas passer à côté de la performance des acteurs à chaque fois. On a cette impression que vous les pousser sans arrêt à se dépasser, à se transcender. Comment travailliez-vous avec eux pour parvenir à de tels résultats ?

En vérité, tous les acteurs sont différents. Donc je me devais d’être différent avec chaque acteur. Certains n’ont pas besoin d’aide, ils font leur truc. Par exemple, le film qui doit être projeté ce soir est avec Diane Keaton. Je n’avais pas besoin de lui donner la moindre indication. Elle faisait son boulot parfaitement. D’autres au contraire, vous devez tout leur expliquer. Chaque acteur a des besoins différents de la part du réalisateur. Je pouvais être leur meilleur ami, je pouvais être leur professeur, leur oncle bienveillant… Mais le plus important pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, ce n’était pas moi. La plupart des acteurs avec qui j’ai travaillé étaient très professionnels. Le plus important, c’était de leur créer un environnement de travail propice pour qu’ils puissent jouer en donnant le meilleur d’eux-mêmes. Il fallait juste éviter les conflits, bien que certains acteurs avaient besoin de conflits pour tout donner.

Miss Bobby_La vie de David Gale

J’aimerai vous parler de votre dernier film, La Vie de David Gale. C’était la première fois que vous travailliez avec vos fils, pour la musique. Comment cela s’est passé et pourquoi à ce moment là de votre carrière ?

Ils avaient besoin d’un boulot ! Les deux étaient très différents, l’un était plus tourné vers la musique classique et l’autre vers le rock’n’roll. Je crois que c’est la seule fois où j’aurais pu travailler avec eux. J’en suis très fier car c’est une excellente bande originale. Mais l’avantage, c’est qu’ils n’étaient pas chers et ils avaient besoin d’un travail !

A l’exception de quelques films plus légers, vous avez globalement toujours été attiré par des projets difficiles et inconfortables, des projets qui seraient impossibles de faire ou de refaire aujourd’hui. Peut-être d’ailleurs est-ce pour cette raison que vous êtes aussi emblématique d’une époque où le cinéma pouvait oser des choses. C’était une réelle volonté de votre part ?

C’était une époque plus courageuse. On pouvait y faire du cinéma qui avait des choses à dire. Et pourtant, mes films étaient des films de studio, pas des films indépendants. En fait, ma génération de cinéastes était une génération où nous devenions réalisateur car nous avions des choses à dire. On se servait de nos films pour affirmer des points de vue et des idées sur le monde, la vie, la politique. De nos jours, c’est ce que le cinéma devrait être d’ailleurs.

Justement, je voudrais vous demander votre regard sur le cinéma américain actuel. Est-ce qu’il y a des metteurs en scène que vous appréciez particulièrement ?

Oui. Il y a d’excellents metteurs en scène en activité aujourd’hui. Le système des studios a considérablement changé. Ils font des films pour viser la plus grosse audience possible et pour rapporter un maximum d’argent. Le truc du cinéma américain, c’est qu’il n’a jamais été prétentieux. Tout a toujours été une question d’argent. Et si les films intellectuels font de l’argent, alors ils font des films intellectuels. Si ce sont les films politiques qui rapportent, alors ils font des films politiques. Ils s’en foutent de ce qu’ils font. Aujourd’hui, c’est la mode des films avec des effets spéciaux et des super héros car l’audience est plus jeune. Les films plus sérieux se retrouvent plus à la télévision, comme HBO qui fait du très bon boulot. Aujourd’hui, j’aime beaucoup David Lynch, qui parvient à toujours être surprenant et à faire un excellent travail. Aujourd’hui, je ne m’intéresse plus trop à tout ce système. Seulement quand la période des Oscars arrive et qu’on reçoit tout ces DVD, pendant deux semaines, je regarde 30 films. Cette année, j’ai voté pour Birdman, un film absolument fantastique. C’est génial quand vous regardez un film en tant que cinéaste, et que vous vous dîtes : « Je n’ai pas la moindre idée de comment il a pu faire ci ou ça ».

Miss Bobby_Alan Parker

Vous avez une carrière très éclectique et très riche. De quel projet êtes-vous le plus fier avec le recul ?

C’est une excellente question et je n’ai pas vraiment de réponse claire. J’ai fait quatorze films et je suis fier de tous. Il y en a aucun dont je ne suis pas fier. Certains n’aimeront pas tel film ou tel film, certains critiques aussi. Mais c’est bien quand vous regardez votre carrière et que vous rendez compte que vous aimez chacun de vos films. Peut-être parce que je n’ai rien fait que je n’avais pas envie de faire. Je n’ai jamais de film juste pour l’argent ou parce qu’on m’a dit de le faire. J’ai toujours eu une certaine liberté à l’européenne au sein du système américain, ce qui est inhabituel. J’ai eu vraiment beaucoup de chance. Bon, certains ont eu moins de succès que d’autres. Le film de ce soir (L’Usure du Temps – ndlr) est un film que j’aime énormément mais il n’a pas été un succès. C’était sans doute le film le plus personnel que j’ai pu faire. Après, il y a des expériences très différentes. Par exemple, j’ai fait Pink Floyd The Wall et Les Commitments. The Wall a été l’expérience la plus misérable que j’ai pu connaître dans ma vie. Les Commitments a été la plus joyeuse, au contraire. Comme quoi ça n’avait rien à voir avec le succès final. J’étais heureux et impatient de me lever le matin pour aller sur le tournage. The Wall, je n’ai pris aucun plaisir.

Vous avez été souvent auréolé pour les musiques de vos films, Fame, Evita… Vous avez travaillé avec de très compositeurs comme Giorgio Moroder, Michael Gore… Comment les choisissiez-vous et comment travailliez-vous avec eux ?

Les compositeurs avec qui j’ai pu travailler étaient tous très différents. Giorgio Moroder était un célèbre producteur, il avait travaillé avec Donna Summer etc… Pour Midnight Express, c’était la première fois qu’une BO avec de la musique électronique gagnait un Oscar. Giorgio était plus un ingénieur. Michael Gore, lui, faisait tout au dernier moment. Je me rappelle, on était en tournage dans une école, et il y avait un piano. Michael Gore me dit « j’ai une chanson qui est cool, tu veux écouter ? » Et il commence à jouer et à chanter « Fame, I’m gonna live forever lalala… » J’ai pensé que c’était la pire chanson que j’avais jamais entendue dans ma vie. Ça sonnait terriblement faux. Il m’a dit « Non, mais je ne suis pas un bon chanteur » . On l’a enregistrée et ce fut un énorme succès. Donc franchement, je ne sais vraiment pas ce qui fait le succès d’une bande originale. J’ai travaillé avec Andrew Lloyd Weber qui était très différent des Pink Floyd etc… Chaque expérience était très différente.

Miss Bobby_Fame

Il y a une thématique qui revient souvent dans votre filmographie, c’est celle de l’enfermement. Pas seulement l’enfermement physique, mais aussi l’enfermement mental, social… Il est question d’enfermement physique dans Midnight Express, d’enfermement mental dans The Wall, d’enfermement physique et mental dans Birdy, de lutte contre l’enfermement social dans Angela’s Ashes, d’enfermement dans la routine déchirante du couple dans L’Usure du temps… Était-ce quelque-chose de conscient ?

Non, je ne pense pas que c’était conscient. Vous savez, quand j’ai commencé à faire des films, j’ai fait Bugsy Malone puis Midnight Express, qui étaient deux films radicalement opposés. Du coup, les critiques ne savaient pas quoi penser de moi. Alors j’ai continué à faire des choses très différentes. Peut-être qu’inconsciemment, cette thématique était là mais pour être honnête, je n’y ai jamais vraiment pensé dans mon œuvre. Mais si vous le voyez, c’est une interprétation. En France, il y a cette philosophie qu’un réalisateur fait 20 versions d’un même film dans sa carrière. Et j’ai toujours été en désaccord avec cette idée car j’ai toujours voulu faire des choses très différentes à chaque fois. Et j’ai essayé de me frotter à différents genres, lieux, histoires, points de vue. Je voulais en permanence de la fraîcheur créative. Pour moi, se répéter et refaire le même film, même s’il n’est pas similaire au précédent, n’est artistiquement pas pertinent. Du coup, c’est votre interprétation mais ce n’était pas mon intention.

Vous avez eu dit justement que chacun de vos films était une sorte de réaction au précédent. Mais entre 1982 et 1988, vous avez enchaîné une série de films plutôt sombres, plutôt durs, comme Birdy, Mississipi Burning, Angel Heart, The Wall, L’Usure du Temps

C’est vrai que dans cette période, j’ai fait deux films un peu similaires d’affilée, sur le racisme en Amérique (Mississipi Burning et Bienvenue au Paradis, qui se suivent dans sa filmographie – ndlr). Birdy avait beaucoup de variations de tons. C’était un film assez fun à faire. Le sujet est assez sombre mais il y a quand même des notes d’humour dedans. Après, quand j’ai fait Fame, j’ai fait un film tout en musique. Du coup, je ne voulais pas de musique dans mon film d’après. C’est pourquoi il n’y en a quasiment pas dans L’Usure du temps. The Wall a était une expérience tellement mauvaise que j’ai jamais voulu refaire de films de ce genre, ça c’est sûr. Angel Heart était assez sombre, c’est vrai. Après, j’ai enchaîné ces deux films assez politiques et très controversés aux États-Unis. J’avais vraiment envie de m’exprimer sur le racisme aux États-Unis, c’est pourquoi j’ai réalisé Mississipi Burning et après, j’ai écrit Bienvenue au Paradis. C’est probablement pour ça qu’après, j’ai eu envie d’un peu de légèreté et j’ai fait The Commitments. Mais globalement, j’avais des sujets très sérieux mais j’ai toujours essayé d’avoir un peu le sens de l’humour.

C’est vrai, et d’ailleurs, on voit votre sens de l’humour dans L’Usure du Temps. Il n’y a quasiment pas de musique dans le film mais par contre, il y a cette scène en voiture où les enfants chantent à l’arrière et ils chantent la chanson culte de Fame, votre film précédent !

(rires). Oui, et d’ailleurs, c’est intéressant car ils chantent Fame dans la voiture et je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans leur chambre, il y a un poster de… The Wall ! Qui est le film que j’allais faire après !

Retranscription par Mondociné.

Merci à l’équipe du Champs Elysées Film Festival.

Interview co-réalisée avec Regardez-moi ça, Le Bleu du miroir et Mondociné.

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Miss Bobby_6 years

Miss Bobby_6 yearsLes cinéastes ont souvent évoqué la longévité du couple à l’âge adulte, que ce soit à 30, 40 ans voire plus. Mais quand est-il du couple installé lorsqu’on a à peine 20 ans, une vie devant soi, des tonnes de choses à découvrir et un avenir à construire ? C’est ce qu’a voulu traiter la réalisatrice Hannah Fidell dans son film 6 Years, qui à la base, devait s’orienter sur les violences domestiques. Elle n’a gardé qu’un fond de cette trame pour tirer un fil plus complexe, aux problèmes tout aussi profonds.

Former un couple très uni, bien installé, où les maîtres mots sont confiance, futur, projets, que rien ne peut faire dérailler puisqu’il se connait sur le bout des doigts, qui a connu bon nombre de disputes et que par les années, rien n’est insurmontable, c’est beau, peut-être un peu trop ? À un âge où tout reste à construire, surtout le futur professionnel, où le virage vers le monde des adultes s’opère et où il faut prendre de grandes décisions, 6 Years expose avec beaucoup de justesse les grains de sable qui entâchent petit à petit ce couple de tout jeunes adultes. De cette évolution/transformation se révèlent des traits de caractère insoupçonnés, des comportements inhabituels et des erreurs évitables engendrées par l’appel de l’inédit et de l’alcool.

6 Years est à l’image de ce couple, finalement fragile, délicat, sensible. Il prend le parti de montrer le déclin là où ne devrait se trouver que la construction, faire preuve de raison en prenant des décisions adultes, quand le cœur nous dicte tant d’autres choses. On regrettera l’excès d’alcool qui donnerait presque la gueule de bois au spectateur et la manie de l’actrice à se triturer tout le temps les cheveux.

Pas de date de sortie pour le moment.

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Miss Bobby_La femme au tableau

Miss Bobby_La femme au tableauLa Femme au tableau est tiré d’une histoire vraie de Maria Altmann qui s’est battue contre le musée Le Belvédère en Autriche pour récupérer le portrait de sa tante Adele Boch-Bauer, peint par Klimt, volé par les nazis et exposé illégalement dans le musée.

C’est Helen Mirren qui incarne madame Altmann, accent en bouche et dame distinguée dans ses manières et sa prestance. Ryan Reynolds est à ses côtés pour représenter les traits de Randol Schoenberg (petit fils du compositeur autrichien Arnold Schoenberg), tout propret sur lui, affublé de son costume démodé. La Femme au tableau aurait pu être qu’un banal film sur l’héritage, mais  il a eu l’intelligence de s’intéresser à l’Holocauste, à la persécution des nazis, au vol d’œuvres d’art instauré par Hitler. Le film en devient donc émouvant, Maria Altmann, plongée dans ses souvenirs familiaux, dans l’enfer de la guerre, ne se bat pas que pour un « simple » tableau de Klimt, mais pour une Histoire, celle de sa famille, de son pays dans un contexte particulièrement difficile, pour une morale, des valeurs, pour que justice soit faite envers sa famille, donnant un exemple aux autres victimes. Il y a des lois pour la restitution d’œuvres aux familles, il faut le savoir.

La Femme au tableau souffre de quelques anachronismes dans la reconstitution, un souci de calculs sur les années a été repéré, et on ressent parfois un ralentissement du rythme. Néanmoins, le film est beaucoup plus intéressant que ne laisse présager la bande-annonce, il est d’autant plus touchant qu’il est tiré d’une histoire vraie. On ne peut qu’imaginer la difficulté de ces familles à récupérer leurs œuvres, qui sont obligées de se replonger dans la guerre afin de restituer des faits ainsi qu’une chronologie.

Sortie en salles le 15 juillet.

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Miss Bobby_Applesauce

Miss Bobby_ApplesauceUn titre qui donne faim, un peu comme la cranberry sauce. Qu’est-ce que l’applesauce ? De la compote de pommes et un mot argotique qui désigne « merde ». Ça démarre bien !

Si Woody Allen avait eu un fils, ç’aurait été Onur Tukel, réalisateur d’Applesauce, en un peu plus trashouille et plus funky certainement. Dans la tambouille d’Onur, on suit deux couples proche quarantaine, qui sont amis de longue date, plutôt épanouis. Un soir, ce qui va n’être qu’une simple anecdote qui s’est déroulée des années auparavant et racontée autour d’un dîner, va se transformer en grain de sable qui va enrayer complètement cette machine bien huilée.

Applesauce dépeint les tromperies et autres problèmes de couple avec un humour particulièrement grinçant et corrosif, où les vérités fusent sur fond d’humour noir et de paranoïa, chacun y allant de sa petite révélation, à sa petite vengeance. Onur Tukel  s’est mis en scène dans la peau d’un homme marié new-yorkais dont la vie et le mariage basculent suite à une banale anecdote. Pour apporter autant de réalisme et de sincérité, le réalisateur a mis beaucoup de sa personnalité et des moments qui lui sont arrivés dans son second long-métrage. Il a également ajouté beaucoup d’autodérision à son personnage, voulant casser l’image arrogante qui pouvait ressortir en portant trois casquettes : réalisateur, scénariste et acteur.

Oscillant entre comédie noire, drame avec une légère pincée d’horreur (toute légère), s’immisçant dans ces vies tel un voyeuriste, Applesauce fait partie des rares bons films vus durant ce quatrième Champs Elysées Film Festival. On espère qu’il trouvera un distributeur français.

Pas de date de sortie pour le moment.

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Miss Bobby_Sebastián Silva

Miss Bobby_Sebastián SilvaNasty Baby…

En cinq minutes d’intro, Nasty Baby démarre sur un mec gay en couple qui reçoit un galeriste pour lui présenter son projet qui va s’appeler Nasty Baby et qui le mettra en scène mimant le bébé, gestuel et bruits compris. Puis dans sa démonstration, le générique de quelques secondes vous saute dessus en mode clip de rap, NASTY BABY qui clignote et répété avec une grosse voix grave. Euh… qu’est-ce que c’est que ça ?? Là, déjà, l’inquiétude s’est lue sur nos visages de blogueurs : ça ne sent pas bon. En gros, Sebastián Silva, le réalisateur, a sorti sa caméra, a choisi quelques acteurs et a reconstitué sa vie à peu de choses près, à savoir : je suis en couple avec mon mec, je vis à Brooklyn, on essaie d’avoir un enfant grâce à ma meilleure amie Polly, et j’ai un voisin de quartier ultra chiant qui me réveille tous les matins à 7h. Dur, d’autant que mes journées sont difficiles, j’essaie de monter mon projet Nasty Baby. Voilà voilà.

Il faut vraiment aimer le genre « chronique quotidienne » destinée essentiellement à l’entourage du réalisateur et à ceux qui arriveront à entrer dans le film (ce qui ne fut pas mon cas). Parce que bon, sorti de la vie de hipster à Brooklyn, homo, en couple et désireux d’avoir un enfant avec sa meilleure amie, avec un voisin qu’on a envie d’égorger, il est difficile en tant que spectateur de se raccrocher à quelque chose. Le seul « meuble » à sauver, c’est Kristen Wiig qui sort son épingle du jeu (ou son jeu de l’épingle), qui apporte sensibilité, sympathie et empathie, là où les autres acteurs n’apportent aucune émotion. Se voulant indépendant, Nasty Baby se la joue pseudo cool en apportant un projet artistique fumeux sur la représentation du Moi adulte apposée sur la figure du Moi bébé, dans le but de… de je ne sais pas en fait. Freddy (Sebastián Silva) s’est engagé dans ce projet qu’il modifie continuellement, sans vraiment comprendre ce qu’il souhaite en ressortir (nous non plus). Personnellement, j’y ai vu quelqu’un qui cherche une sorte de but et un prétexte pour dire « je travaille, si si, je t’assure » alors que pas du tout !

Bref, Nasty Baby, c’est bien, si vous-même vous vivez le trip « je filme ma vie, mes potes et mes emmerdes pour en pondre un long-métrage », sinon, on passe son chemin. Merci.

Pas de date de sortie pour le moment.

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Miss Bobby_Stinking heaven

Miss Bobby_Stinking heavenLe paradis n’est certainement pas dans Stinking Heaven, l’enfer à la limite, je dirais même les tréfonds de l’enfer. Lors du dernier festival de Deauville, Nathan Silver nous avait gratifié de son premier film Uncertain Terms d’un ennui total, il réitère l’exercice deux crans au-dessus, enfin au-dessous. L’échelle de la médiocrité à donc un nom, plutôt un seuil : Stinking Heaven.

Dès les premières secondes, le film s’octroie un format 4:3 à la définition plus que mauvaise (délibérée) qui laissent les vidéos tournées dans mon enfance pour de vrais chefs d’œuvre. Un grain tellement gros que si les Nokia 3310 avaient été dotés de caméra, on aurait eu ce résultat. Voyez un peu le niveau.

Le choix de la qualité 80’s passablement digéré, passons au « contenu »… Alors là, autant si l’esthétisme laisse l’œil abattu, autant le scénario vous laissera pour mort sur votre siège. Encéphalogramme plat.

Lisez un peu le synopsis pour voir :

Un couple de jeunes mariés, Jim et Lucy (Keith Poulson, Derag Campbell), sont les pionniers d’une communauté qui prône les bienfaits d’une vie ascétique dans une banlieue du New Jersey. Les membres du groupe se nourrissent, se lavent et travaillent tous ensemble, tout en préparant du ‘thé sain fait maison’ qu’ils vendent dans leur van. Malgré les disputes et les problèmes individuels, Jim et Lucy ont réussi à créer un véritable havre de paix pour ce groupe de marginaux. Une harmonie qui va être perturbée par l’arrivée inattendue d’Ann (Hannah Gross), ancienne droguée et ex-petite amie d’un des membres de la communauté. Sa présence provoquera chez les membres des crises de paranoïa, des rechutes, et parfois même, la mort.

Définition de l’ascétisme (selon Larousse) : Vie rude et austère, où l’on se prive des plaisirs matériels. Effort visant à la perfection spirituelle par une discipline constante de vie. Manière de vivre de quelqu’un qui s’impose certaines privations.

Cela peut vous paraître très flou comme concept, mais je peux au moins vous dire quelques rares choses sur ce qui se passe dans cette œuvre fabuleuse (je peux vous révéler des séquences, croyez-moi qu’il y a un gros pourcentage de chances pour que vous l’évitiez, sauf si vous ne jurez que par ce type de film qui dépasse l’expérimental pour aller s’écraser dans le vide abyssal du cinéma, là où certains films ne sont que des réalisations abstraites ultra fadasses). Comment expliquer le contenu sachant que je ne l’ai suivi que d’un œil ?! C’est une communauté qui vit sous le même toit où chacun, à tour de rôle, reconstitue le traumatisme qui l’a conduit au mal-être. Ces reconstitutions sont filmées, se passent au sein de la communauté et permettent d’exorciser les démons. Entre temps, il se passe des choses entre eux, des pseudos drames, des pétages de plomb. Absolument passionnant.

Avec Stinking Heaven, le principe de l’ascèse reste toujours aussi flou. On ne comprend pas vraiment l’intérêt d’un tel objet filmique, ni son but. On s’ennuie ferme, on subit et on se rend compte que 1h10 de film peut être très long. Si vous envisagez ce type de vie, si vous souhaitez vous documenter dessus, si l’analyse comportementale en communauté ascétique vous intéresse, si vous faites un mémoire sur pourquoi certains réalisateurs s’acharnent à créer ce type de film, voire, si vous avez besoin d’une sieste, alors courez voir Stinking Heaven. Sinon, pas la peine de vous faire du mal pour rien.

Pas de date de sortie pour le moment.

by missbobby
Miss Bobby_Franny

Miss Bobby_FrannyC’est l’histoire d’un philanthrope en mal d’amour. Richard Gere laisse de côté son charme légendaire pour incarner Franny, un homme brisé par un terrible accident, terriblement seul, et incroyablement altruiste.

Franny brille par son personnage et l’interprétation de son acteur principal, plus que par le contenu de son scénario bien trop planplan. En effet, le script de base devait comporter des drames afin de donner du caractère et du rythme à ce film, mais Gere a préféré proposer des changements au réalisateur allant dans un déroulement linéaire, et plat rendant le film inconsistant, parfois ennuyeux, sans grand intérêt.

Néanmoins, là où il m’a particulièrement touchée, c’est dans le caractère de Franny, ressentant un mal profond et une grande solitude dans sa forteresse, qui revêt son plus beau masque d’homme enthousiaste, optimiste, heureux de vivre, et généreux, alors qu’il n’en est rien. Il se sent bien qu’en étant entouré et en donnant, soit de sa personne, soit sa fortune.

D’aucuns penseront qu’il achète l’amour des gens en leur offrant cadeaux sur cadeaux, que son omniprésence est fatigante. Elle l’est, il ne faut cependant y voir qu’un moyen de lutter contre le vide interne. C’est en cela que Franny souffre, à chercher une perfection dans le regard des autres : celui qui aide, celui sur qui on peut compter, qui apporte beaucoup que ce soit physiquement, émotionnellement, voire matériellement parlant. Il donne sans compter, souhaitant se rendre indispensable, inoubliable. Il veut avoir un impact et ne pas être oublié. Dans sa quête d’irréprochabilité, en retenant ses propres émotions pour privilégier celles des autres, il lui arrive d’exploser : le perfectionnisme émotionnel à un coût, il ronge de l’intérieur. S’excusant mille fois juste après, par culpabilité et parce qu’il n’envisage pas une seule seconde de faire souffrir ceux qui croisent sa vie.

Franny n’est pas parfait, il manque de consistance, d’enjeux et de rebondissements, mais sa force réside dans son personnage et l’interprétation de Richard Gere (un défaut aussi puisque c’est à cause de lui si le film ne s’envole pas).

Pas de date de sortie pour le moment.

by missbobby
Miss Bobby_Hors de portée

Miss Bobby_Hors de portéeQuand t’es dans le désert, depuis trop longtemps, ton film devient un enfer et c’est vraiment embêtant. On a beau gratter, on ne peut pas gagner à tous les coups et clairement, avec Hors de portée, on perd son temps. Mince Michael, qu’est-ce que t’as été faire là-dedans ?

Dès les premières minutes, ça sentait le roussi, un je-ne-sais-quoi de vide qui planait dans l’air sous-couvert de dialogues qui laissaient présager des répliques à faire passer un enfant de 5 ans pour un génie. Une virée dans le désert pour aller chasser l’ours, qui va se transformer en chasse à l’homme. Enfin, ça, c’est ce qu’on nous vend sur le papier. Catégorisé comme thriller, je m’attendais à un suspense haletant, où Michael Douglas, animé par le vice et le jeu, traquerait le pauvre Jeremy Irvine, dans un acharnement sans merci, lui faisant vivre un enfer sur terre. Eh bah c’est raté ! Madec (Douglas) quand il traque le gibier, il l’épuise tout en le suivant tranquillement en super 4×4/maison roulante/5 pièces tout compris avec hall d’entrée. Vas-y cours Forrest Ben, moi je te regarde et je me prends un petit cocktail en attendant. Attendez ! Laissez au spectateur le temps de reprendre son souffle, c’est trop haletant. Sinon, le soleil ça brûle la peau (c’est dommage, j’avais oublié ma crème solaire) et l’eau s’assèche, à défaut de mouiller. C’est ballot.

Peau brûlée : 100%

Cloques et lèvres séchées : 100%

Vives émotions : 0%

Jeu d’acteur : -50% (pour le coup, il a été soldé)

Et le moment aggravant du film, c’est quand une partie de la salle s’est mise à rire, pas parce que c’était drôle, juste car les dialogues et certaines séquences étaient affligeants. Entre facilité, absurdité et ridicule, Hors de portée est une traque au temps, soit on accroche sur le concept de l’usure, retranscrit par un flot d’émotions aussi vif qu’un squelette d’animal mort entre deux touffes d’herbes sèches, soit on prend son mal en patience, en espérant un sursaut qui pourrait rattraper le film. Irvine n’a pas compris comment il fallait interprété la peur et l’épuisement, et Douglas… là je ne sais pas ce qui lui a pris.

Vous l’aurez compris la chasse, c’est mieux en forêt et durant la nuit ! Dans le désert, en étant sur-équipé et sans vraiment avoir de quoi se cacher ou de s’amuser pour le suspense, on s’embête.

Pas de date de sortie pour le moment.

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Miss Bobby_The road within

Miss Bobby_The road withinAutant le film d’ouverture de ce Champs Élysées Film Festival était quand même pas terrible, autant ce premier film de la compétition est un petit bijou de film indépendant. Un sujet assez compliqué traité avec beaucoup de légèreté et d’humour.

The Road Within traite des handicaps psychologiques, trois en particulier : le syndrome Gilles de la Tourette, l’anorexie et les T.O.C., chez les adolescents. Un thème qui pourrait refroidir rien qu’à la lecture du synopsis ou qui peut vite tourner au drame, aux clichés. Et c’est là où Gren Wells accouche d’un long-métrage frais, divertissant, particulièrement drôle, un brin naïf, tendre et interprété avec brio par trois jeunes acteurs pas méconnus du grand écran : Dev Patel (Slumdog Millionaire, Indian Palace), Zoë Kravitz (Mad Max Fury Road, Divergente) et le rôle principal tenue par la gueule d’ange Robert Sheehan (Killing Bono).

Road trip physique et psychique, ne tombant pas dans la facilité, The road within ne cherche pas à résoudre, préférant montrer, appréhender, et faire sauter les préjugés qui s’accrochent telle une vilaine petite saleté à un maniaque de la propreté. On suit paisiblement, parfois gravement et souvent en riant ce chemin sinueux et tortueux de l’esprit qui fait rage chez ces personnages riches en défauts, mais terriblement attachants, laissant transparaître des failles, des troubles et des comportements difficiles à gérer, à analyser, à guérir. Des caractères joués avec beaucoup de justesse et de talent, auxquels on se prend très vite de compassion, ressentant une forte empathie, qu’elle soit comique ou plus grave,

The Road Within est sans prétention, il brille par l’interprétation de ses acteurs, Dev Patel est admirable, balançant entre une profonde sensibilité et ses troubles qui peuvent virer à l’extrême, le rendant souvent très drôle. J’ai été vraiment touchée par son regard, la souffrance qu’on pouvait y lire parfois. Idem pour Robert Sheehan, nous gratifiant de jurons plus originaux les uns que les autres, néanmoins très brut dans ses gestes, s’approchant au mieux de la réalité. Il n’y a que Zoë Kravitz qui m’a le moins touchée.

The Road Within est une jolie découverte, surprenante, sensible, grave et très drôle qui a réussi à m’accaparer.

Pas de date de sortie pour le moment, j’espère que vous aurez la chance de découvrir cette petite pépite en salles.

by missbobby