Le concours qui va vous éblouir !

C’est bientôt la Saint Valentin et vous ne savez pas quoi offrir à votre moitié ? Ça tombe bien, car le 14 Février sortira en DVD, Blu-ray et UHD 4K Blade Runner 2049 chez Sony Pictures Home Entertainment vu par le réalisateur prodige canadien Denis Villeneuve.

Synopsis

En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies…

À l’occasion de cette sortie vidéo à couper le souffle, je vous propose un concours pour gagner :

1 DVD

1 Blu-Ray

Il vous suffit de répondre aux questions qui suivent en vous aidant de la bande-annonce. Vous avez jusqu’au 26 Février pour participer.

LES PARTICIPATIONS PAR COMMENTAIRE NE SERONT PAS ACCEPTÉES.

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Ce jeu concours est maintenant terminé.

Blade Runner 2049_Villeneuve

Blade Runner 2049S’il y a bien une sortie cette année qui émoustillait les cinéphiles et qui n’est pas Star Wars VIII, c’est bien Blade Runner 2049. D’autant qu’aux manettes, ce n’est que le petit génie canadien, Denis Villeneuve. On aime ou on n’aime pas ce garçon, personnellement, j’Adore avec un grand A. Histoire de suivre correctement cette suite, j’ai donné une seconde chance à Blade Runner premier du nom en espérant ne pas m’endormir à la moitié encore une fois. Je passe mon avis sur le sujet, on n’est pas là pour en parler.

La question qui vous brûle les lèvres : que vaut ce Blade Runner 2049 revu et corrigé par Villeneuve ? On prend à peu de choses près les mêmes et on recommence, enfin on continue. Tous les codes qui ont marqué les bien heureux cinéphiles sont là : la lenteur, l’atmosphère étouffante de ce Los Angeles japonisé, on y évoque la vie et non plus la mort, et puis cette question d’intelligence artificielle, presque humaine, censée être non-émotive, l’humain plus qu’humain, la place des répliquants en tant qu’être.

Là où j’espérais que le réalisateur allait apporter un peu de dynamisme à ce scénario qui cueillera les plus naïfs (coucou !) et n’entubera pas les peu crédules, Villeneuve a fait le choix de conserver cette lenteur latente. D’un côté, la réalisation s’envole vers de tels sommets de beauté que le spectateur ne peut qu’apprécier cette lenteur. En effet, tout le monde s’accordera à dire que ce Blade Runner 2049 est époustouflant : la photographie est tellement travaillée que pléthore de plans peuvent être isolés pour n’en garder que la quintessence photographique. Un pur travail d’orfèvre mêlant l’art, la sculpture avec le porno chic, les jeux vidéo, le tout surmonté par une société littéralement écrasée par les publicités. On se retrouve avec un univers dépourvu d’âme, claustrophobique, étouffant, et à la fois un monde ouvert, vestige de l’ancien monde, où l’excès d’antan est devenu presque historique.

De l’autre côté, cette lenteur pourra faire souffrir, par un film trop long, mettant en lumière des scènes inutiles et surtout, des personnages terriblement creux, sans consistance émotive. Malgré un joli casting, les personnages de Blade Runner 2049 sont fades, peu profonds au point qu’il est difficile de leur accorder un quelconque intérêt. On notera également le personnage de Jared Leto, complètement anecdotique dont on ne comprend ni les propos, ni le but ou l’intérêt.

Cette suite de Blade Runner n’est pas à la hauteur des espérances, néanmoins, elle marquera surtout les mémoires pour sa prouesse visuelle et sa continuité avec le précédent. On oubliera que le scénario est parfois un peu facile, voire timide, que Villeneuve a poussé peut-être un peu trop la métaphysique au point de traiter de beaucoup de sujets, et que les personnages sont superficiels. Toutefois, à voir définitivement sur grand écran pour l’émerveillement esthétique.

Sortie en salles le 04 Octobre 2017.

by missbobby
La La Land_film

La La Land_filmTout le monde y est déjà passé, arrive enfin mon tour où je dois effectuer l’exercice périlleux de parler de La La Land. Quoi dire quand tout a déjà été dit, quand les critiques dithyrambiques ont fusé dans tous les sens ?

La La Land c’est une brise fraîche et fleurie qui vient virevolter dans le paysage cinématographique hollywoodien. C’est frais, original et en plus, ça libère les tensions lombaires. En somme, ça donne un coup de fouet tout en étant relaxant.

J’allais dire, on ne présente plus Damien Chazelle, pourtant, si, on présente encore ce jeune réalisateur prodigieux, qui avait déjà scotché tout le monde avec son Whiplash. Profitons-en, bientôt, on ne le présentera plus. Une petite trentaine d’années à son compteur et un talent fou, le timide réalisateur canadien revient avec un second long-métrage, audacieux, passionné et passionnant répondant au doux nom de La La Land. Un titre qui chante comme une comptine pour un film vibrant et éclatant.

Chazelle a le culot de mettre en scène une comédie musicale, un exercice qui ne se fait plus, du moins avec talent, depuis l’époque où le charismatique Gene Kelly faisait chanter ses claquettes. On ne parle bien évidemment pas des High School musical et autres Sexy Dance, très pâles figures dans le genre. C’est donc sous forme d’un pari osé que le metteur en scène revient, d’autant plus que son nom reste encore à être gravé sur le marbre hollywoodien. Un nom que tout le monde commence à connaître après les 7 Golden Globes que le film vient de recevoir.

Parlons peu, parlons bien, qu’est-ce qu’il a ce film pour retourner autant les esprits ? Mis à part l’audace d’être une comédie musicale originale à l’heure des blockbusters et des remakes, La La Land est avant tout une comédie romantique comme on n’en fait plus et comme l’âge d’or savait si bien les faire. Des personnages charismatiques, interprétés avec élégance par Ryan Gosling et Emma Stone, dans un Los Angeles magnifié, proche du décor de cinéma. Les deux acteurs exposent leur talent avec brio, où le moindre regard joué laisse s’échapper une floppée d’émotions, valant tout autant que des lignes de dialogue.

L’oeuvre de Chazelle explose à l’écran par ses couleurs flamboyantes montrant Los Angeles et ses habitants sous leur meilleur jour. Le cinéaste propose un hommage aux vieilles comédies musicales des années 50 avec tout ce que cela implique, claquettes, chorégraphies, chansons, décors de studio, costumes et photographie technicolor. Mais La La Land, c’est aussi et surtout une comédie romantique qui parle d’une rencontre, qui parle de passion(s), qui parle de rêves tellement grands qu’ils en sont presque insaisissables. Une comédie romantique sur les destins croisés de deux âmes en peine qui se cherchent, qui se trouvent, et qui vont finir par s’aimer, pour le bonheur et pour le pire.

La La Land est un film qui touche, qui marque, qui fait taper des pieds par sa sublime bande originale, qui met des étoiles dans les yeux, qui fait rêver, qui laisse le cœur léger. Un vrai bijou d’interprétation et de réalisation.

Sortie en salles le 25 Janvier 2017.

http://www.imdb.com/title/tt3783958/?ref_=nv_sr_1

by missbobby
My life directed by Nicolas Winding Refn_film

Liv Corfixen accompagnée de son mari, le réalisateur Nicolas Winding Refn, nous ont accordé un peu de temps pour répondre à nos questions lors de la projection de son documentaire : My Life Directed by Nicolas Winding Refn (retrouvez ma critique du film de Corfixen). Compte rendu de cette rencontre :

Pourriez-vous nous parler un peu de votre parcours ?

Liv Corfixen : J’ai grandi dans l’industrie du cinéma. Ma mère était monteuse et avait travaillé avec le père de Nicolas. Nos parents se connaissaient avant nos naissances. On a dû se croiser enfants, peut-être quand on avait genre huit ans, quelque-chose comme ça. J’ai été actrice pendant une dizaine d’années, j’avais même tourné dans le deuxième film de Nicolas, aux côtés de Mads Mikkelsen. Après, on a eu des enfants, j’ai arrêté de jouer. J’ai fait une formation en psycho, je suis assez intéressée par tout ce qui touche à l’occulte, un peu comme Alejandro Jodorowsky, que l’on voit dans le film.

Nicolas Winding Refn : En plus sexy que lui !

Liv Corfixen : J’ai également fait beaucoup de photographie. Mon père était photographe. J’ai travaillé pour des magazines. Et sinon, c’est mon premier film en tant que réalisatrice.

My life directed by Nicolas Winding Refn_film

Votre film n’est pas vraiment un making-of de Only God Forgives mais plutôt un film qui, progressivement, devient un documentaire sur le couple en allant vers la question « Est-ce que Liv Corfixen doit divorcer de Nicolas Winding Refn ?« …

L. C. : J’ai rejoint Nicolas à Bangkok le temps du tournage de Only God Forgives mais je ne savais pas du tout ce que j’allais faire de mon temps, une fois sur place. J’ai décidé de faire un making-of et au fur et à mesure, je me suis rendu compte que faire un simple making-of, ce serait un peu ennuyeux. C’est devenu un film sur nous, puis finalement un film sur moi.

C’est une décision que vous avez prise consciemment ou c’est quelque chose qui est apparu sur la table de montage ?

L. C. : Très vite, je me suis dit que je n’allais pas faire un portrait avec des interviews de gens qui allaient chanter les louanges de Nicolas en disant que c’est un génie etc… Ce que tu es bien sûr sans vouloir te vexer (rires), mais que j’allais faire quelque chose de beaucoup plus personnel parce que je suis sa femme et que j’avais une position assez privilégiée sur ce tournage. Par contre, j’ai fait des interviews de moi-même, que je n’ai pas gardé au montage, mais le fait que ce soit un film qui au fur et à mesure parle de moi, c’est quelque chose qui est apparu en salle de montage.

Pourquoi avoir sorti le documentaire aussi longtemps après Only God Forgives ?

L. C. : Déjà, il a fallu à peu près un an après notre retour au Danemark, pour trouver l’argent nécessaire pour financer la fin de ce documentaire, notamment le montage. Ensuite, il est sorti l’an passé aux États-Unis. Pourquoi est-ce qu’il sort si tard chez vous, je ne sais pas.

Pourriez-vous nous parler du choix de ce titre ?

L. C. : Le titre a été difficile à choisir. On m’a fait plein de suggestions mais il n’y avait rien qui me plaisait. Au bout d’un moment, je m’en suis remis au ciel et j’ai proposé celui-ci. Et tout le monde l’a détesté unanimement, même la mère de Nicolas. Je le trouvais très bon, un peu direct mais bon. J’aurai pu faire pire, j’aurai pu faire « Ma Vie Dictée par Nicolas Winding Refn« .

Vous n’êtes pas la première femme de réalisateur à faire un film sur le film que fait son mari. On pense forcément à Heart of Darkness (sur le tournage de Apocalypse Now et qui intègre des images filmées par Eleanor Coppola – ndlr). Vous en aviez entendu parler ?

L. C. : Je n’y ai pas pensé au début et beaucoup de gens m’ont dit de le regarder. Je l’ai vu pendant mon tournage et c’est un film très différent. C’est plus un making-of sur les coulisses du tournage, moins sur leur couple. Je l’aime bien mais je voulais faire autre chose.

Comment avez-vous ressenti le tournage pendant que vous le faisiez ? Parce qu’ironiquement, plus Nicolas doute, plus il est angoissé, et plus cela sert votre propos et cela rend votre documentaire passionnant.

L. C. : A chaque tournage de Nicolas, c’est la même chose. Il passe par des périodes d’angoisse, des peurs, des doutes. C’est toujours la même chanson. La seule différence, c’est que cette fois-ci, je l’ai filmé. C’est vraiment difficile de le supporter pendant un de ses tournages. Mais je savais aussi que plus il y avait de drames, mieux c’était pour moi. J’avais des sentiments un peu contradictoires.

My life directed by Nicolas Winding Refn_film

Le générique dit « écrit et réalisé par Liv Corfixen« . Quelle a été la part d’écriture du film ?

L. C. : Le film s’est vraiment fait au fur et à mesure, sans écriture. C’est pourquoi j’avais autant de matière et c’est aussi pourquoi le montage fut si long. Il a fallu trois mois rien que pour dérusher, avant de commencer à monter.

Vous êtes-vous censurée sur certaines choses ? Est-ce que certaines personnes ont mis leur véto sur des séquences, voire Nicolas lui-même ?

N. W. R. : Je n’ai pas eu mon mot à dire !

L. C. : Nicolas a vu le film terminé et il fallait son accord, cela va de soi.

N. W. R. : Ouais enfin, elle m’a dit « Voilà le film, fais avec !« 

L. C. : Il fallait aussi l’accord de Kristin Scott-Thomas et Ryan Gosling mais il sont été adorables et m’ont laissée faire.

Avec du recul, est-ce que vous regrettez de ne pas avoir mis certaines choses ?

L. C. : J’avais beaucoup de scènes drôles entre Nicolas et Ryan Gosling, surtout des scènes où Ryan imitait Nicolas. Mais ça aurait déséquilibré le film. On verra dans les suppléments DVD.

On voit des moments où c’est Nicolas qui vous filme. C’était des improvisations ou des choses prévues ?

L. C. : C’est de l’improvisation totale. Je ne voulais d’ailleurs pas mettre ces images mais ma monteuse a insisté.

N. W. R. : C’est une manière de réagir car j’en avais tellement marre d’avoir sa caméra braquée sur ma gueule chaque putain de matin en me disant : « Bonjour, comment ça va aujourd’hui ?« 

Au tout début, on voit Nicolas qui vous donne des conseils sur comment filmer, quel angle choisir. Cela a été comme ça tout le temps ?

N. W. R. : Je vais répondre à celle-ci. Le premier jour, je lui ai donné un conseil sur où se mettre pour me filmer. Elle m’a répondu : « Tu vas fermer ta gueule !« 

L. C. : C’était tellement typique de lui de me dire comment filmer, de me diriger ! (rires) Après, ça a été terminé.

Finalement, quels sont vos meilleurs souvenirs ensemble à Bangkok ?

N. W. R. : Ryan Gosling t’a vu nue.

L. C. : Je n’ai pas vraiment aimé mon séjour à Bangkok. Je n’ai pas de très bons souvenirs là-bas.

My life directed by Nicolas Winding Refn_film

Au début du film, on voit votre ami Alejandro Jodorowsky qui conseille à Liv de divorcer, puis qui conseille à Nicolas Winding Refn de faire abstraction de la réussite commerciale de ses films. Liv, vous n’avez manifestement pas suivi ses conseils. Nicolas, y êtes-vous parvenu de votre côté ? Car on sent dans tout le documentaire, que vous êtes obnubilé par l’accueil de vos films…

N. W. R. : Ce qui est intéressant avec Jodorowsky, c’est que dans notre monde actuel où « succès » veut dire « succès financier », dès que je commence à penser au succès car il faut qu’un film rapporte de l’argent pour pouvoir en faire un autre derrière, il est toujours là pour me rappeler de me concentrer sur ce que je veux vraiment faire car c’est ça l’essentiel. C’est typique de lui. Pendant le tournage de Neon Demon, que je viens de terminer, il m’a lu l’avenir dans les cartes de tarot tous les weekends. Il me considère comme son fils spirituel, nous avons une relation très proche. Mais je suis content que ma femme ne l’ait pas écouté et qu’elle n’ait pas divorcé !

L. C. : Nous avions juste besoin d’une thérapie de couple pour régler tout ça !

Justement, au début du film lors de la séance de tarots avec Jodorowsky, il vous demande ce que vous attendez de Nicolas. Vous avez réussi à trouver la réponse à cette question ?

L. C. : Il fallait qu’il réalise qu’il a besoin de moi, qu’il s’appuie beaucoup sur moi. Depuis Bangkok et depuis la thérapie de couple qui a suivi, beaucoup de choses ont changé. On fonctionne plus en équipe maintenant. Avant, il n’avait pas beaucoup d’argent donc il partait souvent pendant des mois pour ses tournages, on n’avait pas le choix. Maintenant, on a un peu plus le choix sur comment et où l’on vit… Ça fait bizarre, pour une fois, Nicolas est le beau mec à côté de moi, pas le sujet principal de la conversation. Ça change !

Nicolas, êtes-vous tout aussi angoissé par le succès de votre prochain film, Neon Demon ?

N. W. R. : C’est toujours pareil. Mais la créativité se nourrit de la peur. C’est un moteur naturel. A mes débuts, c’était la peur de ne pas pouvoir manger, payer le loyer… L’argent était un moteur de peur et de créativité. Moins maintenant. Il faut toujours se mettre dans la position d’avoir peur de perdre quelque chose. Mais quand on a réalisé ce qu’on souhaitait vraiment faire à 100%, on a gagné quoi qu’il arrive. Aujourd’hui par contre, le succès se mesure avec des chiffres. C’est l’opposé de la créativité. Pour répondre à votre question, oui, l’angoisse est toujours là, mais la peur est très motrice.

Vous évoquiez l’idée qu’à vos débuts, vous travailliez pour l’argent. On vous voit dans une scène du documentaire, aller à une avant-première avec Ryan Gosling en étant payés. Compte tenu de votre notoriété respective aujourd’hui, est-ce toujours aussi difficile d’avoir de l’argent pour faire des films ?

N. W. R. : Vous avez toujours besoin d’argent et c’est toujours difficile d’en avoir autant que vous le voudriez. Mais je suis quelqu’un de très autonome et je ne tourne jamais les scripts que j’ai écrits. Les producteurs ne savent jamais à quoi s’attendre au final avec moi. Le problème avec l’argent, c’est que pour chaque dollar investi, on a une responsabilité derrière. Pour un budget de 100 millions de dollars, vous devez faire tant d’entrées au minimum derrière, pour que le film soit rentable et pour avoir de quoi faire le film suivant. Si on fait un film à 4 millions, on a plus de flexibilité et le budget influe moins sur la créativité. L’argent ne doit jamais être un obstacle à la créativité. Parfois, il faut être un peu rusé avec l’argent. Comme vous l’avez vu dans le documentaire. Il y a eu cette fois où on m’a proposé de l’argent pour venir présenter Drive dans un festival à deux heures au Nord de Bangkok. Au début, on m’avait proposé 20.000 dollars. J’en ai parlé à Ryan et on a obtenu 40.000 dollars chacun si on venait ensemble. On avait besoin de cet argent car en Thaïlande, il faut sans arrêt soudoyer la police locale. Ça implique du cash. J’ai « vendu Ryan Gosling » en fait ! On a fait le tapis rouge et une femme est venue nous donner tout cet argent en liquide dans une valise. Je n’avais jamais eu autant de liquide entre les mains, il a fallu que je compte billet après billet, pour voir ce que ça faisait ! Mais quel que ce soit la taille du film, il faut de l’argent de toute manière. On est toujours prêt à se vendre pour avoir de l’argent au final !

My life directed by Nicolas Winding Refn_film

Beaucoup de grands cinéastes ont eu évoqué l’influence de leur conjointe dans leurs choix. George Lucas par exemple, Paul Verhoeven aussi, qui avait dit un jour qu’il ne voulait pas faire Robocop car il trouvait le script stupide, avant que sa femme ne le convainque. Quelle est l’influence de Liv dans votre travail ?

N. W. R. : Par exemple, c’est Liv qui m’a persuadé d’engager Carey Mulligan sur Drive. Je l’avais vu dans un film mais c’est elle qui m’a convaincu. Je m’appuie beaucoup sur elle car elle a des opinions très tranchées. Il y a toujours une partie de moi qui recherche son approbation. Sur mon nouveau film que je viens de terminer (Neon Demon), au début, j’avais prévu un acteur et Liv m’a dit « Mais pourquoi tu veux un acteur aussi chiant dans ton film, il ressemble à une poupée. Ça n’a aucun sens. » J’ai changé de comédien du coup.

Dans votre documentaire, on voit Nicolas un coup déprimé, un coup euphorique, selon les humeurs du tournage. Est-ce qu’il est arrivé que son état vous contamine, que parfois vous doutiez à votre tour de ce que vous faisiez ?

L. C. : Non, je n’ai pas vu cela comme ça. Je ne suis pas très ambitieuse, je suis très différente de lui à ce sujet. Pour moi, j’ai entamé ce travail en me disant que je verrai bien où ça me mène. Si ça marchait, tant mieux, sinon, tant pis, poubelle. Ça n’a pas eu une grande influence sur moi. En revanche, sur notre famille, oui.

Nicolas, on voit dans le film que pendant la post-production de Only God Forgives, vous n’étiez pas satisfait de votre travail effectué à Bangkok. Avec le recul, le pensez-vous toujours ou est-ce une étape par laquelle vous passez à chaque fois, en vous disant systématiquement que vous auriez pu faire encore mieux ?

N. W. R. : Non, je suis très fier du film. Je pense que c’est un chef-d’œuvre. (rires) Dans le processus de création, il y a toujours ce moment où vous détestez ce que vous avez fait. C’est important aussi de regarder ce que vous êtes en train de faire de ce point de vue là. C’est bien de ne pas regarder votre film que dans une seule direction. Mais au final, j’en suis très content. Quelque-part, détester ce que vous faites est un moyen de réapprendre à l’aimer. Comme je tourne mes films de manière chronologique, tous les jours sont différents. Je suis parfois satisfait, parfois non. Et même les jours où je le suis, je trouve le moyen de ne pas l’être. C’est un moyen de toujours voir les choses différemment pour que le processus avance et que le film évolue. C’est comme un mariage. Il y a des jours où ça fonctionne, des jours où ça ne fonctionne pas. Mais ça permet d’avancer.

My life directed by Nicolas Winding Refn_film

Il paraît qu’à Bangkok, vous avez fait venir un Shaman pour faire exorciser la chambre d’une de vos filles mais on ne voit pas cela dans le documentaire…

L. C. : C’est vrai qu’un Shaman est venu.

N. W. R. : Une de nos filles disait voir des fantômes dans une chambre précise, toutes les nuits. Elle hurlait et tout. En Thaïlande, c’est courant apparemment donc on nous a envoyé un Shaman. Ça n’a pas marché donc au bout de trois mois, on a déménagé. Et elle a dormi sans problème dès la première nuit.

Liv, il paraît que vous aimez beaucoup la musique. Curieusement, on a l’impression que votre utilisation de celle-ci dans votre documentaire, est assez proche de la manière dont Nicolas l’utilise dans ses films, dans Drive par exemple.

L. C. : J’ai eu de la chance que Cliff Martinez accepte de faire la musique. Pendant le montage, j’ai utilisé comme musiques temporaires, certaines de ses compositions pour Spring Breakers ou Drive. Quand il est venu, je lui ai dit que je voulais ça mais c’était compliqué pour lui de refaire la même chose mais différemment, alors elles sont restées.

Nicolas, dans le film, vous dites que vous ne voulez pas que Only God Forgives soit un film commercial. Est-ce que le film est une réaction provocatrice après Drive ?

N. W. R. : On ne va pas être hypocrite, on veut tous que nos films marchent et soient des succès commerciaux. En fait, je devais faire Only God Forgives avant Drive mais les choses se sont faites d’une manière que j’ai tourné Drive d’abord. J’aurai pu répéter Drive pour rechercher un succès similaire mais j’avais en tête le projet que je viens de terminer qui est Neon Demon. Sauf que pour pouvoir le faire, il fallait que je détruise ce que j’avais fait auparavant. Il fallait que je fasse autre chose. Le grand risque après un succès tel que Drive, c’est de vouloir courir après le succès et de se répéter. Je venais de faire trois films très forts sur la masculinité et l’idée était de d’émasculer le personnage masculin cette fois. Ryan Gosling a accepté de jouer un personnage à l’opposé de celui de Drive. Il est impuissant, faible, sous la coupe de sa mère. L’idée était de faire un film qui soit comme une installation pour repartir sur des bases radicalement différentes. Il y avait un tout petit budget, le film a d’ailleurs généré beaucoup de profits au final. Il ne faut pas oublier que pour pouvoir faire un autre film, le précédent doit avoir rapporté de l’argent. C’est essentiel. Voilà l’histoire de Only God Forgives.

Pensez-vous au final que le documentaire a fait office de thérapie et a fonctionné de ce côté là ?

L. C. : Oui, je le pense d’une certaine façon.

N. W. R. : On est ensemble depuis 20 ans, c’est la seule petite-amie que j’ai eu. Quelque-part, on peut dire que je suis sorti de ma mère pour rentrer dans Liv. (rires) Je dépends beaucoup d’elle et j’ai mis du temps à m’en rendre compte. Je crois que je ne pourrais pas fonctionner sans elle et on a étudié en thérapie comment survivre les 30 prochaines années… Enfin, c’est prévu non ?

L. C. : Oui, oui…

N. W. R. : Nos deux vies sont entrées en collision et j’ai compris que ce n’était pas que ma vie, mais aussi la sienne.

Quels sont vos projets Liv ? Avez-vous reproduit cette expérience sur le tournage de The Neon Demon ?

L. C. : Je ne sais pas du tout ce que je veux faire. Je n’ai pas de projets. Je voudrais faire un autre film, mais pas sur Nicolas…

Retranscription Mondociné.

Merci à The Jokers et Wild Side.

by missbobby
DVD_My life directed by nicolas winding refn_film

DVD_My life directed by nicolas winding refn_filmJe ne sais pas vous, mais vous ne vous êtes jamais demandé ce que ça fait d’être la compagne ou le compagnon d’une star ? Surtout quand vous n’êtes pas connu. C’est tout le sujet du documentaire de Liv Corfixen, femme du réalisateur Nicolas Winding Refn, dont la notoriété a emmergé après le succès de Drive. Et pour compliquer la chose, le film nous embarque au moment du tournage d’Only God Forgives. Une immersion en pleine tempête.

Il n’y a pas besoin d’être un grand cinéaste, d’avoir un scénario en béton (voir pas du tout) pour faire un film, bon en plus. Liv Corfixen et son My life directed by Nicolas Winding Refn en est la preuve. Un sujet particulièrement intéressant, même passionnant, filmé simplement avec une caméra, sans prétention, sans filtre, au cœur de l’intimité du couple. La réalisatrice réussit à exposer, avec une certaine tendresse et inquiétude, son mari dans la tourmente de son tournage. Elle accompagne le panel d’émotions, plutôt instable de Refn, qui accepte la création de sa femme malgré l’image qu’il reflète. La combinaison de l’art et l’amour. Beaucoup de compagnes ou compagnons de personnalités célèbres devraient faire ça, en jouant le jeu à fond. Il est vrai que le public a, la plupart du temps, une image erronée du cinéma et de ses acteurs (dans le sens large). Souvent idéalisée, il n’imagine pas que le processus créatif est semé d’embuches, compliqué et qu’il déploie un nombre incalculable de doutes. Corfixen ne nous montre qu’un homme avec des projets ambitieux. Nicolas Winding Refn n’est pas Dieu, il ne lui suffit pas de claquer des doigts pour pondre un film et plus que tout, elle l’a pris à une période charnière de sa vie : en plein succès après Drive et attendu au tournant sur sa prochaine œuvre.

Le résultat serait aussi intéressant avec un réalisateur comme Steven Spielberg ? Pas sûr, mais mes idées reçues me font penser que le réalisateur n’a peut-être plus les craintes que ressent Refn… En tout cas, si la curiosité vous titille de découvrir qui se cache derrière Nicolas Winding Refn à travers les yeux de sa femme, je vous encourage à regarder My Directed By Nicolas Winding Refn : pour le sujet et pour ce qu’il s’en dégage.

Retrouvez le compte rendu de la rencontre avec Liv Corfixen et Nicolas Winding Refn.

Sortie en vidéo et VOD le 27 Avril 2016.

by missbobby
LOST RIVER DVD BR_Ryan Gosling

J’avais beaucoup aimé le premier film de Ryan Gosling en tant que réalisateur. Si vous ne vous souvenez pas de ce que j’avais dit, retour sur ma critique de Lost River. Vous Laisserez-vous bercer par la poésie mélancolique du Lost River de Gosling ?

Synopsis

Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.

À l’occasion de sa sortie aujourd’hui en vidéo, je vous fais gagner en collaboration avec Wild Side :

1 DVD et 1 Blu-Ray

LOST RIVER DVD BR_Ryan Gosling

Il vous suffit de répondre aux questions qui suivent en vous aidant de la bande-annonce. Vous avez jusqu’au 11 novembre pour participer.

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Ce jeu concours est maintenant terminé.

by missbobby
Miss Bobby_Lost River_Ryan Gosling_Reda Kateb

Plus jeune, je me rappelle que je regardais à la télévision le jeune Hercule, qui s’appelait Hercule contre Arès et j’avais un petit faible pour son acteur principal. C’était en 1998, j’avais 14 ans. Si on m’avait dit que ce fameux acteur allait devenir une super star et que j’allais le rencontrer 17 ans après, jamais je n’y aurais cru ! Un rêve, que dis-je, un fantasme ! 17 ans après, le jeune Hercule est devenu Ryan « fucking » Gosling, méga beau gosse en surpuissance et acteur très talentueux. Et moi, je suis devenue une blogueuse qui a eu la chance de l’écouter parler de son premier film en tant que réalisateur, Lost River. Il était accompagné d’un de ses acteurs, qui plus est Français, la star montante du cinéma : Reda Kateb. Vous pouvez retrouvez ma critique de Lost River en lien. Retour sur la rencontre :

Apparemment, Ryan, vous avez réalisé, écrit, co-produit Lost River, quelles étaient vos influences durant le processus de création ?

Ryan Gosling : Je viens du Canada, j’espère que ça vous va ?! Quand j’ai grandi au Canada, il y a cette idée très romantique de l’Amérique, surtout à Detroit, une ville très proche d’où j’ai grandi. C’est quand même le berceau de Motown, l’architecture, de l’american dream bien sûr et je dois dire que quand j’ai découvert Detroit plus tard, j’ai été très surpris, car l’image que j’en avais ne correspondait pas à la réalité. Parfois, on parcourait 70 kilomètres sur des terres où il y avait très peu de familles, qui s’accrochaient à leur maison, qui souvent étaient détruites, brûlées. Donc j’avais la sensation que le rêve américain était devenu surtout un cauchemar pour ces familles-là. J’ai aussi voulu montrer ce qu’est Detroit en ce moment, donc un an avant de tourner le film, j’ai acheté une caméra et je m’y suis rendu assez souvent en repérages, et en fait les visuels que j’ai fait à ce moment-là ont nourris l’écriture et le style du film plus tard. Ce processus créatif a été graduel et organique.

Les personnages ont des noms comme dans les contes des Frères Grimm (Rat, Bully, etc), c’est typique du conte de fées. Il y a même à un moment où Johnny Jewel chante le grand méchant loup, la ville de Détroit sur laquelle il y a une malédiction, comme la demoiselle en détresse. Pourquoi, Ryan Gosling, avez-vous choisi la structure d’un conte de fées, pour parler justement de ces rêves détruis ?

R.G. : Quand vous vous promenez dans ces quartiers, il y a quelque chose de très surréaliste, parce que les dernières familles qui y habitent sont presque les derniers habitants sur cette Terre et il y a cette impression que moi j’ai ressenti comme dans La Quatrième Dimension où l’on est aussi dans le conte de fées sombre. On a du mal à se dire que ce qu’on voit existe réellement. Je ne voulais pas faire un film qui soit sur Detroit, je voulais que le public du monde entier comprenne l’émotion que j’ai ressentie et que j’ai vue là-bas. Il ne s’agit pas tant d’une connotation économique de Detroit, c’est vraiment le point de vue de deux adolescents qui grandissent là et qui ont besoin, pour grandir, de cette idée romantique, que s’il y a un mauvais sort, il peut être levé, cela donne de l’espoir et c’est en ça que le film est le regard de deux adolescents qui croient qu’ils sont dans un conte de fées.

Reda Kateb : Et je voudrais ajouter quelque chose à ce que Ryan vient de dire, c’est la manière dont le film s’est tourné à Detroit, c’est-à-dire il y a une manière d’arriver avec un plateau de tournage comme si on achetait l’endroit, comme si on venait superposer une réalité – fiction à un endroit et là, l’échange s’est vraiment fait avec les gens de la ville qui étaient touchés qu’on vienne faire un film dans leur ville, de la manière dont ça se passait. Des fois, on tournait une scène, à une station-service et puis, quelqu’un passait par-là et était invité à rejoindre l’action, à rentrer dans le champ. Je pense que ça doit se voir dans le film, même si on ne fait pas bien la distinction des moments volés ou des moments qui ont été organisés. Mais je trouve que c’est comme ça qu’on fait du cinéma, dans ce type d’endroit.

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D’ailleurs, on parlait de conte de fées, et vous Reda, vous êtes le prince charmant, sauf qu’au lieu d’un carrosse ou d’un cheval blanc, vous avez un taxi. Comment avez-vous appréhendé ce rôle si subtil, si silencieux et si essentiel puisque vous êtes le sauveur, le prince ?

R.K. : On n’a pas parlé de prince, ni de sauveur avant de tourner, mais on s’est rencontré avec Ryan juste avant le tournage et on a plus parlé de ce personnage qui fait corps avec son taxi comme une espèce de lieu protecteur, dans un endroit dans lequel c’est le chaos. Et quand Christina Hendricks est dans le taxi, il y a une espèce de bulle comme ça, chaleureuse, intime, avec un homme qui n’est pas là pour la dévorer, comme les autres hommes dans le film, pour prendre quelque chose d’elle, ni même pour tenter de la séduire, mais une espèce d’homme désintéressé, sorte de chevalier servant on va dire. Et ça, quand on lit le scénario, il y a ce qui est écrit, il y a juste l’histoire que raconte le metteur en scène avant de tourner et c’est cette matière-là qui nous sert à raconter un personnage.

J’ai une question sur le lieu où travail Christina Hendricks, il me rappelle le théâtre du Grand Guignol (The bloody theater show) à Paris, pourquoi avez-vous choisi cette intrigue, comment en êtes-vous arrivé là ?

R.G. : C’est vrai, vous avez raison, je me suis évidemment influencé du théâtre du Grand Guignol et d’autres lieux qui existaient ici à l’époque le Hell Café et le Death Tavern et l’auvent du club vient réellement du Hell Café (café de l’enfer). À l’époque, quand j’ai hésité de tourner à Detroit, j’ai aussi pensé à ces lieux qui suivent la tempête, l’ouragan, ce sont des lieux dévastés et souvent dans ces lieux-là, on se rend compte qu’il y a des personnages qui aiment graviter, en donnant libre court à leur part plus sombre, et souvent on trouve dans ces endroits de tels lieux où l’on peut s’adonner à ses instincts les plus bas ou les plus sombres, parce que justement personne ne regarde. Et j’ai voulu intégrer cette dimension, cette noirceur, la faire aussi remonter à la surface, l’intégrer à la structure du conte de fées et j’ai donc fait une recherche sur le théâtre du Grand Guignol à Paris et j’ai donc voulu montrer ce lieu où la nature sombre de l’Homme pouvait exister.

Ryan, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la réalisation après votre carrière d’acteur ? Et Reda, qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer dans le film de Ryan ?

R.K. : J’ai aimé le scénario, tout simplement. J’ai aimé le script, j’ai été étonné de recevoir le scénario de la part de Ryan Gosling, j’étais même étonné qu’il sache qui j’étais [rires]. À ce moment-là, j’avais beaucoup d’admiration et de respect pour lui en tant qu’acteur et je sentais que c’était quelqu’un qui avait un milieu artistique qui dépassait l’image qu’on pouvait en faire, un acteur qui joue dans des films, j’avais entendu sa musique et dans ces cas-là, on espère que le scénario va être bien, parce que si c’est pas bien, c’est encombrant… J’ai adoré le scénario, j’ai adoré l’idée d’un conte noir qui s’inscrit dans le réel et je savais qu’il n’y avait pas beaucoup de lignes de dialogues, mais je savais qu’il donnerait sa chance à chaque personnage. Après le plus long, ça été de faire le visa ! [rires]

R.G. : En plaisantant, je suis sûr de toujours travailler, car si je ne suis pas engagé en tant qu’acteur, je peux m’engager moi-même dans mes propres films. Evidemment je plaisante. Mais je n’ai pas vraiment choisi d’être réalisateur sur ce film, c’est tout simplement quand j’ai vu Detroit, quand j’ai vu ces familles, il y avait une forme d’urgence et d’obligation pour moi de montrer ça, d’en témoigner. Et vous savez, quand on voit des immeubles historiques qui ont été détruits, lorsqu’on se promène dans ces quartiers, eh bien il y a un sentiment étrange de se perdre dans une réalité singulière, et plus je passais du temps à filmer dans les rues de Detroit, et plus j’avais mal au cœur, j’avais une peine infinie, je trouvais qu’il y avait là quelque chose d’universel comme thème et il y avait aussi quelque chose que je trouvais très beau dans ces familles ou dans ces personnes qui, au lieu de partir, décidaient sciemment de rester.

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Il y a une phrase très juste que votre personnage prononce dans le film. Il dit qu’il avait le rêve américain en venant de chez lui (on ne sait pas d’où il vient d’ailleurs), que l’on disait dans son pays qu’aux Etats-Unis, « tout le monde roule sur l’or » au sens littéral. Est-ce que vous aviez ce sentiment là vous-même sur le rêve américain, d’autant que l’on vous a déjà vu dans des films américains (Zero Dark Thirty de K. Bigelow – ndlr) ?

R.K. : Peut-être enfant ou adolescent, mais non, aujourd’hui, je n’ai pas ce rêve américain. Peut-être celui du cinéma, oui, car aux Etats-Unis, il y a mille formes de cinéma et beaucoup de films indépendants. Mais cette phrase dont vous parlez dans le film, c’est venu à travers l’improvisation. On a pris le temps de laisser venir les choses. C’est plus les immigrés d’Algérie qui m’ont raconté que certaines personnes qui sont arrivées il n’y a pas si longtemps, avaient cette image-là de la France. Ça peut se transposer. L’image de cet exilé pourrait être applicable à plein d’endroits. Il pourrait venir de plein d’endroits et être tombé dans plein d’endroits. C’est cet éternel grand malentendu qui est de penser que ça sera plus facile ailleurs. Je me souviens d’avoir pris un café… Un taxi, pardon. J’ai besoin d’un café, je crois. Je me souviens d’avoir pris un taxi avec un homme africain qui me racontait cette chose-là, que l’on voit dans le film. C’était ce qui était bien avec Ryan, il y avait la place pour ce genre de choses. C’était pas faire de l’impro juste pour faire du blabla, mais chercher des choses ensemble, inventer des choses, se sentir à la fois libre et guidé. Ça paraît simple comme ça, mais c’est très rare.

On remarque pas mal d’inspirations dans votre film, De Palma, David Lynch, Kubrick… (Ryan Gosling est très flatté par de tels noms) Quel est votre sentiment à propos de cela ?

R.G. : Non, je dirai plutôt Les Goonies. (rires) Non mais c’est vrai ! Quand j’ai envoyé le script à mon compositeur, il m’a renvoyé un texto en me disant « On dirait une version sombre des Goonies, cool ! ». Bien sûr, il y a des références, notamment aux films des années 80 avec lesquels j’ai grandi comme Brisby et le Secret de Nimh, Les Goonies ou les films produits par Amblin (les Spielberg de l’époque comme E.T., Retour vers le Futur, Gremlins, Fievel…). J’avais surtout envie de revisiter ce thème d’une famille menacée qui a la possibilité presque d’une issue mystique ou poétique. J’ai voulu en quelque sorte filmer ma version de cela, rendre hommage peut-être à certains réalisateurs, mais surtout montrer comment moi je vois le cinéma et les films que j’ai envie de faire.

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Le montage du film a changé depuis la version projetée au Festival de Cannes. Pourriez-vous nous parler de ces changements, quels sont-ils et comment les avez-vous pensés ?

R.G. : Dans le premier montage originel, j’avais des morceaux de musique que je pensais être tombé dans le domaine public… Et j’avais tort ! (rires) Et il y avait des scènes qui étaient entièrement basées sur ces morceaux, donc je ne pouvais pas me contenter de les changer. J’ai préféré retirer les scènes en question plutôt que de les dissocier de ces musiques.

Lost River baigne dans une dimension très onirique, à la lisière du fantastique. Etait-ce un choix dès le départ de partir sur ce type de cinéma pour renforcer le côté social et le rendre plus pesant, ou c’est venu au fur et à mesure de l’écriture ? Car on voit beaucoup de références au cinéma de genre, au cinéma fantastique, au giallo, ou avec la présence de Barbara Steele…

R.G. : Alors oui, c’était dès le départ. C’est vrai qu’il y a cette dimension. Je voulais surtout montrer que cette famille cherche à tout prix à s’accrocher à son rêve alors que dehors, c’est le chaos et le cauchemar. Et je voulais traduire ça en faisant en sorte à ce que tout ait l’apparence d’un rêve. Parce que c’était la façon dont ces adolescents vivaient. Ils sont sans arrêt sur cette ligne fine entre la réalité et le monde du fantastique et de la fantaisie. Et en même temps, je voulais ancrer ce rêve dans une réalité. Mais il y a eu aussi des moments très forts qui se sont dessinés sur le tournage, notamment quand nous avons intégré dans le film, des habitants de Detroit. Par exemple, il y a cette scène que j’aime beaucoup, de la station service… C’était d’ailleurs la seule station service à des kilomètres à la ronde, elle était là, au milieu de nulle part. Et dans cette scène, il y avait cette vieille dame qui arrive et Bully (le méchant du film, campé par Matt Smith – ndlr) danse avec elle. Il s’est passé quelque-chose, on a senti qu’une tension montait parce qu’on a compris que dans cette station essence, il se vendait probablement autre chose que de l’essence. Les gens venaient pour acheter autre chose et il y avait une tension étrange qui grandissait. Et j’ai dit alors « Mais qu’ils viennent, qu’ils soient intégrés dans le film ». Ça m’a permis d’une façon imaginée et imaginaire, de les amener du Detroit où ils étaient, vers ce Lost River que je filmais. Ils ont donné une dimension extraordinaire au film. Pour moi, ils étaient à la fois dangereux car je ne savais pas qui ils étaient, d’où ils venaient, ni quelles étaient leurs intentions. Mais en même temps, ils avaient un tel charisme, un tel pouvoir, que de les intégrer a conféré une identité particulière au film, ce lien si étroit entre réalité et fantaisie.

Je voulais revenir sur les références dans Lost River. On pense parfois aux films des années 20, mais aussi au cinéma du cinéaste canadien Guy Maddin, qui a notamment réalisé The Saddest Music in the World, et qui évoquait justement l’influence que peut avoir l’économie sur la vie des gens. Connaissez-vous son cinéma ?

R.G. : Oui, j’ai vu The Saddest Music in the World. C’est un très bon film. Et c’est canadien ! (Ryan Gosling est canadien – ndlr).

Lost River est à la fois un thriller, un film où les personnages ont une importance fondamentale, mais surtout la ville semble être le personnage principal qui draine tout vers elle… 

R.G. : Oui bien sûr. Au-delà d’une simple ville, c’est un monde à part. Et d’une certaine manière, Detroit, c’est un peu une demoiselle en détresse. Donc c’est effectivement un personnage à part entière.

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Quel regard en tant que réalisateur, portez-vous sur le cinéma indépendant américain ? C’est important pour vous de le défendre, j’imagine…

R.G. : Je l’aime parce que j’y ai toujours eu des expériences formidables. Je me souviens d’un de mes premiers films, Danny Balint, où je jouais un jeune néo-nazi. C’était un film totalement indépendant, avec un sujet difficile, étrange, qui était un vrai défi. On savait que ça ne serait pas un film grand public, mais on s’est battu, on a été dans des festivals, on est allé chercher le public. Après j’ai tourné dans des plus grosses machines, mais ça n’a jamais été aussi fort que cette expérience là. Peut-être parce qu’au final, on a toujours envie de revenir à ses fondamentaux. Ce n’est pas tant que je n’aime pas le cinéma grand public, mais disons que pour moi, le cinéma indépendant, c’est le lieu où l’on peut expérimenter, être vraiment dans cet esprit d’étudiant. Et ça, j’adore.

Et Reda, comment cela s’est passé pour vous cette incursion dans le cinéma indépendant américain, est-ce différent du cinéma indépendant français ? Et au passage, vous êtes formidable dans L’Astragale, qui sort mercredi.

R.K. : (Reda Kateb est flatté – rires dans la salle – Ryan Gosling ne comprend pas) Non, non, rassure toi Ryan, on a rien dit de mal sur toi. Je trouve qu’il y a plein de manières de faire du cinéma en France, aux Etats-Unis, et j’imagine dans plein d’autres pays. Et il y a plein de manières de faire du cinéma indépendant. Celle que je préfère, c’est celle là, bien sûr. De se glisser dans des lieux et de raconter nos histoires avec les gens de ces endroits où l’on tourne et que l’on traverse. Et j’ai vraiment trouvé ça sur Lost River. Mais je serai incapable de faire des généralités sur le cinéma indépendant, hormis le fait qu’il y a une liberté. Mais ici en France, aussi. En tout cas, il y a plein de manières de pratiquer « ce sport ».

Et comment avez-vous ressenti la direction artistique de Ryan Gosling ?

R.K. : La manière de travailler de Ryan est marrante. Une fois, je l’ai entendu dire que diriger, c’est être aussi acteur car c’est faire semblant que tout se passe bien alors qu’en fait, il y a toujours un problème à gérer. Et c’est vrai qu’il avait l’air toujours détendu, qu’il communiquait toujours une énergie incroyable, aux acteurs comme à l’équipe technique. Il y avait une sorte de cercle autour de la caméra, qui ne prenait pas que ce qu’il y avait dans le champ. Et en tant qu’acteur lui-même, il est sensible à ça, au fait qu’on joue mieux quand il y a une atmosphère propice. Plutôt que d’être un marionnettiste à distance de nous, il est dans ce cercle, il est actif physiquement, comme un acteur, il cherche avec vous les choses, et en même temps, il vous laisse les créer. Du coup, après, j’ai eu ma petite expérience aussi, de diriger un court-métrage que je viens de finir. Et j’ai essayé de retrouver ça, cette chose qui m’avait marqué dans sa façon de faire, de travailler avec les gens, de guider en donnant beaucoup de liberté, que les gens aient du plaisir à être là. Ça compte aussi.

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Avec Dead Man’s Bones, votre groupe de musique, vous évoquiez déjà une citée engloutie, au détour d’une chanson (Buried in Water). D’où viennent cette légende et cette fascination ?

R.G. : Lorsque j’étais enfant, j’ai un jour vu exactement le type de route qu’on voit dans le film. Une route qui allait dans l’eau. J’ai posé des questions à ma mère et j’ai découvert que le lac où je me baignais, avait en fait englouti plusieurs villages. Sans le savoir, je me baignais dans un lac où sous mes pieds, il y avait des ruines de villes englouties. Et ça m’avait énormément choqué à l’époque. Pendant un moment, je refusais de prendre des bains car je ne voulais plus me baigner dans de l’eau qui provenait de ce lac qui avait englouti ces villages. Lorsque j’ai commencé à filmer Detroit et cette Lost River, je crois qu’inconsciemment, cette image de mon enfance, de ce lac, est remontée à la surface. Et j’avais la sensation que quand je filmais ces immeubles, c’était un peu comme des images d’épaves, comme le Titanic, qui laissaient transparaître encore une forme de carcasse, mais dont la vie avait été engloutie. Finalement, puisqu’on parle d’inconscient, la ville de mon enfance et mon film se rejoignent.

Retranscription réalisée en partenariat avec Mondociné.

Merci à Cartel, The Jokers et au Public Système.

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En général, je ne parle pas des films que j’ai vu et qui sont à l’affiche depuis plus d’une semaine. Je fais une exception à la règle pour Drive, gros coup de cœur.

J’ai vu le film en tête à tête avec moi-même dimanche dernier à l’UGC de Bercy, pendant que les couples se léchaient la poire sous le soleil de Bercy Village. J’ai préféré déguster Ryan Gosling avec délectation (lui lécher la poire était plus difficile, d’autant que c’est Eva Mendes qui s’en charge. Grrrrr).

Par où commencer?

Cette lenteur tout au long du film qui ressort de la réalisation, des mouvements posés du Driver (Ryan Gosling), son attitude nonchalante.

Une bande originale extraordinaire dont tout le monde tombe amoureux, puissante et voluptueuse.

Irene (Carey Mulligan) tout en douceur, finesse, touchante, délicate.

Une ambiance lourde, calme, qui peut mettre mal à l’aise en opposition avec ce romantisme effleuré, comme un baiser volé. Et finalement, pour un rendu assez poétique.

Des mots parfois, des regards souvent et des sourires qui en disent long et qui se suffisent. Ni plus, ni moins.

Ryan Gosling toujours aussi brillant pour qui la monotonie faciale dérangera, mais pour laquelle j’ai senti une grande puissance, s’accordant parfaitement avec l’ambiance. Je tiens à préciser que je n’ai pas pu m’empêcher de sourire à ses rictus. Je sais, ça fait midinette, mais je suis sûre que je ne suis pas la seule (même certains mecs ont dû sourire).

J’ai tout de même deux points négatifs :

La violence rude, brute, non dissimulée, pas forcément nécessaire. Étant une âme sensible, je n’ai pas supporté.

Le manque de courses la nuit. L’histoire veut que le Driver soit cascadeur le jour et chauffeur la nuit pour les malfrats. Malheureusement, ce n’est pas assez exploité, malgré une belle scène de course poursuite.

Qu’on ne s’y m’éprenne pas, le film est aux antipodes de la franchise Fast & furious. Il y a très peu d’action.

Pour ma part, le film rejoindra ma maigre collection de DVDs.

by missbobby