DVD_La loi du marché film Vincent Lindon

DVD_La loi du marché film Vincent LindonJ’avais envie de voir le film qui a valu une Palme d’or à Vincent Lindon lors du dernier festival de Cannes. Si elle était tant méritée que ça.

Bon…

Je ne vais pas m’arrêter sur des lignes et des lignes d’analyse, pour aller à l’essentiel sur pourquoi j’ai trouvé La Loi du marché particulièrement ennuyeux. Que l’on fasse des films engagés, avec un propos sociétal fort et incrusté à notre époque, c’est louable, autant le faire correctement. L’exemple qui me vient et qui m’avait touchée, était Discount de Louis-Julien Petit. Un réel propos qui ne tombe jamais dans la pathos, rythmé, servi par une belle brochette d’acteurs. Le film de Stéphane Brizé a lui aussi un sujet qui peut nous toucher : le chômage et le monde des demandeurs d’emploi. Pourquoi ça ne prend pas ?

Une réalisation qui m’a parue fainéante par de longs et lents plans fixes où le quotidien y est jeté froid, brut sans émotions. Suffit-il de reproduire la réalité pour s’en approcher et faire passer un message ? Clairement non. Brizé a pris le risque d’employer peu d’acteurs pour ne montrer à la caméra que des personnes authentiques, comme la banquière, qui est vraiment banquière. Cela dit, je comprends la démarche, faire du réel avec du réel pour montrer cette cruelle société qu’est la nôtre, c’est finalement bien pensé. L’administration n’est pas tendre, on ne vous accueille pas à bras ouverts, avec un sourire et des blagues. On se mange les obstacles en pleine face : manque d’argent, dettes à n’en plus finir, crédits à rembourser. Les personnes qui vous annoncent ce genre de bonnes nouvelles font leur travail, sans compassion. Alors pourquoi ça n’a pas pris ? Vincent Lindon ? Je n’ai pas réussi à avoir de l’empathie, je n’ai pas été touchée par sa détresse, peut-être parce qu’on ne la voyait pas, on voit un homme fatigué et impassible qui tente de s’en sortir, qui se trouve un travail pour subvenir aux besoins de sa famille, tel un automatisme. J’aurais voulu plus d’émotions, soit un personnage qui a la rage, soit dépressif, mais quelque chose de plus consistant qu’une personne qui semble accepter une certaine fatalité.

La loi du marché m’a dépassée : j’ai compris le propos et cette volonté d’exposition, néanmoins, il manquait quelque chose de concret pour qu’il soit percutant. Le film s’enfonce trop dans la réalité, exposant un quotidien qui n’est pas inconnu aux Français, mais dont la finalité n’est pas clair. Un film tableau en somme, représentant une réalité bien vécue.

La loi du marché_Vincent Lindon

Bonus :

  • Le film commenté par Stéphane Brizé
  • Entretien avec Stéphane Brizé (16 minutes)
  • Le discours de Vincent Lindon à Cannes (9 minutes)
  • Entretien avec Claude Halmos, psychanalyste  (16 minutes) : Complément d’analyse intéressant permettant de comprendre que le personnage est face à un rouleau compresseur qui est la société. La psychanalyste explique que l’homme se construit de manière privée, puis il s’ouvre au social, celui-ci fini d’ailleurs par atteindre la sphère du privé. Aussi, développe-t-elle que l’on ne pense pas à la destruction psychologique du chômeur. C’est également un segment où Claude Halmos fait passer une publicité pour son bouquin (je l’ai ressenti comme ça).
  • Bande-annonce

Sortie en vidéo le 07 octobre 2015.

by missbobby
Miss Bobby_Cannes2015

Miss Bobby_Cannes2015

C’était un après-midi en semaine, Manureva m’appelle et me dit : « tu voudrais vivre une aventure un peu folle avec moi ? ». J’aime bien le mot aventure, il éveille l’excitation chez moi. Elle me demandait si je souhaitais partir avec elle le 24 mai, pour participer à la cérémonie de clôture du 68è Festival de Cannes (tout compris). Waouh ! Elle a l’art de gagner les concours.

C’est ainsi, que nous avons embarqué le 24 dans le TGV de 7h19, notre tenue spéciale « montée des marches » dans nos valises, direction la croisette. Ce ne fut pas une mince affaire de trouver une tenue adéquate : parce qu’on n’a pas forcément le budget pour aller avec (non Dior n’est pas accessible à tous) et puis surtout, il faut voir grand, glamour, chic. « Trop » ne fait pas partie du vocabulaire cannois.

Miss Bobby_Cannes2015

Je partais avec deux idées en tête : 1. Qui dit beau concours, dit star et qui dit star, dit lunettes de soleil et rien que les lunettes de soleil (pas toute nue non plus !). 2. Voir Jake Gyllenhaal de très très près. Je peux déjà vous spoiler la fin, nous n’avons pas vu mon mari. Au moins, j’étais au même endroit, en même moment et pas très loin, ce qui est toujours mieux que des kilomètres de séparation.

Miss Bobby_Cannes2015

Arrivées à 12h30 à Cannes, nous avons rejoint l’hôtel Gray D’Albion (excusez du peu), afin d’y déposer nos valises et rencontrer les autres gagnants ainsi que l’équipe de choc et de charme d’OCS (c’est eux qui offrait ce grand bonheur). Programme : accréditation temporaire et nominative pour la journée, donnant accès aux « coulisses », à l’arrière du palais et à notre déjeuner au bord de la mer à la plage des Palmes. La plus grande difficulté a été d’éviter les coups de soleil en soulevant la coupe de champagne durant l’apéro. Dur. Un déjeuner délicieux, autour de la bonne humeur. Vent de panique (non, je n’en fais pas de trop. Je vous l’ai dit, on en fait jamais de trop durant le festival) avec l’arrivée d’un énorme nuage gris et de la fraîcheur. Ce n’est pas un nuage qui va gâcher notre montée ! Ensuite, notre duo a fait un détour pour voir le palais vide, l’effervescence des passants, les fameux escabeaux, l’organisation (ça parait simple comme ça devant sa télé) et nous en avons profité pour faire une bise au jeune V., qui a vécu son premier festival comme blogueur et qui allait tenter de dénicher une invitation pour la cérémonie (tout le monde n’a pas notre chance). Il a réussi, pour ceux que ça intéresse, il est tellement débrouillard ce garçon ! Passage à la boutique officielle pour Manureva, faut dire que les cartables bleus distribués à la presse étaient très chouette. Fin de cette petite promenade avec le retour à l’hôtel et la découverte de notre chambre 4 étoiles. Petite frayeur : nos valises ont mis du temps à arriver dans notre chambre, nous faisant perdre de précieuses minutes qui auraient été utiles à nos coiffures. Ah oui, j’ai oublié de préciser, vous ne montez pas les marches quand bon vous semble. Vous avez un créneau horaire. Forcément, 15h30 à la chambre, nous devions être prêtes et présentes dans le lobby à 17h35. Nous avons pu seulement démarrer que vers 16h. Douche + lavage de cheveux + maquillage sophistiqué + tentative de coiffure sophistiquée + tenue + donner des coups de main à l’une et à l’autre, eh bien mine de rien, moins de 2h, c’est court pour se préparer.

Atteindre le tapis rouge

Vous allez sortir dehors, en tenue de soirée/gala/festival/de star, c’est votre première fois, vous êtes magnifique (si si, vous êtes beau quand même, plus qu’en temps normal). Le chemin jusqu’au palais est balisé, la police fait la circulation, il y a des voitures officielles qui arrivent en masse et l’entrée démarre au milieu de la rue (bien plus haut), c’est là qu’il faut montrer pour la première votre sésame, l’invitation. Juste avant ce passage, vous avez un paquet de personnes, essentiellement des femmes en tenue de soirée (de ce que j’ai vu, car vous ne pouvez pas vraiment vous attarder), avec des pancartes, vous demandant si vous n’avez pas une invitation en plus. Avec un peu de chance, on vous râlera dessus (mais j’y reviendrai dans un lance-flammes dédié). Des photographes (le genre de ceux qu’on croise en boite de nuit) nous ont arrêté pour nous prendre en photos. Cette impression d’être connu est exaltante, même si complètement erronée. Une fois le premier passage passé, nous avons marché jusqu’au second, plus près du palais, des gens accoudés aux barrières de sécurité vous regardent, là, on se dit qu’avoir une jolie démarche est un plus, même si on est personne. Deuxième passage. Nous approchons du palais qui est maintenant blindé de photographes, de monde et de gens. Nous n’entrons pas par le bout du tapis (il faut un billet orchestre), mais par l’entrée corbeille (c’est moins bien que l’orchestre, mais mieux que le balcon).

Miss Bobby_Cannes2015

Moment fatidique

Une fois le troisième passage, nous sommes arrivées doucement sur les marches, hésitantes, puis tout s’est enchaîné à une vitesse folle, au point qu’il est impossible de comprendre ce qu’il s’est passé : on a envie de profiter du moment, mais en même temps de prendre des tonnes de photos. Choses très compliquées pour deux raisons : les photographes, d’une rare gentillesse, qui nous somment de nous pousser (n’oublions pas, nous ne sommes rien du tout) et les pousseurs, ces mecs qui vous disent d’avancer, de ne pas rester dans le passage, de ne pas prendre de photos, de vous pousser, d’avancer, d’avancer, d’avancer. Hey ! Mais laissez-moi le temps d’en profiter bon sang ! Je ne le fais pas tous les jours ! C’est stressant (je ne vous dis pas ma tronche sur les photos). Nous avançons lentement, regardant la tonne de photographes criant et flashant, nous tentons de nous photographier en prenant quelques poses sympathiques et nous essayons d’atteindre le moins vite possible les fameuses 24 marches. Une fois l’escalier atteint, rebelote : pousseurs, tentatives de photos. Et en ce qui m’a parue durer 2 minutes et qui en a durer 10 (enfin je crois), nous étions en haut. Quoi ?! Déjà ?? Une fois dans le palais des festivals, j’ai constaté que le personnel était très poli. Le groupe nous attendait à l’entrée de la salle, nos premières réactions nous sont demandées : « je n’ai pas compris ce qui s’est passé tant c’était rapide. Nous avons essayé de prendre notre temps, mais les pousseurs sont stressants ». Voilà comment j’ai ressenti cette expérience hors normes. Une fois installées dans la salle, nous nous sommes rendues à l’évidence que nous ne verrons que Jake Gyllenhaal (et les autres) seulement de notre place, heureusement, nous étions du côté du jury.

La cérémonie de clôture

Autre moment fort : le début de la cérémonie, cette musique distinctive, le discours de Lambert Wilson, l’arrivée du jury et comprendre que cette année, nous ne la regarderons pas devant notre télévision. Émotions. Nous y sommes ! Nous avons pu remarquer que le jury s’ennuie, qu’en vrai, c’est beaucoup plus émouvant, j’ai failli pleurer avec le très beau discours de Vincent Lindon. Une fois la cérémonie terminée, chacun se félicite et s’embrasse, tout le monde part, les techniciens enlèvent le décor, le film de clôture, La Glace et le ciel est annoncé. À la fin de la projection, l’équipe du film est applaudit.

68è Festival de Cannes – Cérémonie de clôture

En attendant mon article, la cérémonie de clôture du 68è Festival de Cannes vue de l'intérieur. Mieux qu'à la télévision.

Posted by Miss Bobby on mercredi 27 mai 2015

Notre folle journée cannoise s’est terminée au Majestic, au restaurant La petite maison de Nicole, où certaines personnalités sont passées (Maïwenn, Michel Denisot, Leïla Bekhti, Emmanuelle Bercot) pendant que nous nous régalions de notre repas. C’est ici que le rêve s’est terminé, que le groupe s’est divisé et que nous avons remercié OCS pour cette formidable aventure. Nous avons rejoint quelques blogueurs fatigués par leur festival, nous avons tenté d’entrer à LA soirée sur le toit du Marriott, à défaut d’y avoir accédé, nous avons croisé Frances McDormand et Ariane Labed, nous avons pris l’ascenseur avec « l’adorable » Maïwenn aka la malpolie et Emmanuelle Bercot ou l’art d’être une personnalité connue et de te regarder de haut (elles ont certainement oublié qu’un jour, elles n’étaient rien. Elles sont encore loin d’atteindre George Clooney). Nous avons terminé en apothéose en soulageant nos pieds dans un bain chaud (merci les talons). Je vous passe la journée du lendemain, la « farandole de corn flakes » du petit déjeuner, la balade sur la plage, la bonne grosse glace, le cocktail sur une plage privé et le retour.

Un immense merci à Manureva de m’avoir choisie pour cette journée unique ainsi qu’à OCS pour ce très beau cadeau, l’organisation aux petits oignons, les autres participants ultra sympa et à Thierry et Géraldine, deux amours. Grâce à vous, je me suis senti star le temps d’une soirée !

by missbobby
Miss Bobby_Deauville 2014

Parce qu’avec les moyens du bord je n’avais pas pu tout vous partager comme il se doit.

Retour en photos sur les quelques personnalités croisées lors de ce 40ème Festival du film américain de Deauville.

À l’année prochaine peut-être !

Miss Bobby_Ray_Liotta_Deauville 2014

Comme diraient les anglo-saxons : « What a day ! » (quelle journée !). Ce jour du 09 septembre 2014 restera gravé dans ma mémoire et pour très longtemps. D’ailleurs, je pense le fêter chaque année, il aura son propre anniversaire. Que sait-il passé pour que ce jour soit autant marquant (si vous n’avez pas jeté un oeil à la page Facebook ou à Twitter) ?

Reprenons depuis le début : ça s’est passé en 1984… pas non plus depuis le commencement. Ma journée a démarré tardivement, préférant sauter la projection de The Better Angels (à raison, quand on voit les retours) pour débuter par la conférence de presse de monsieur Ray Liotta. Et c’est là que cette journée a pris un tournant important dans mon catalogue de souvenirs. Ray Liotta est quelqu’un de très cool et en plus de très drôle. Lors de la conférence il n’a d’ailleurs pas hésité de mentionner à la traductrice sa capacité de mémorisation en plaignant son mari. Liotta a été très touchant en précisant que le moment qui a été le plus difficile pour lui fut durant le tournage du film Les Affranchis, il a perdu sa mère et le film lui a permis de tenir le coup. Il a également précisé que la plupart des rôles qu’il a joué sont des hommes durs, de poigne, complètement à l’opposé de son caractère doux et pas du tout bagarreur. Et clou du spectacle – et c’est là que j’entre en jeu malgré moi – en train de répondre tranquillement à une question, monsieur Ray Liotta n’a pas hésité à se tourner vers moi pour me préciser à quel point il adorait mon tatouage. J’aime autant vous dire que lorsque vous recevez un tel compliment d’un acteur de son envergure, vous ne savez plus quoi dire à part merci et vous virez rouge pivoine. J’en suis restée pantoise et tous mes petits camarades aussi. Le genre de chose qui ne s’oublie pas. Ray Liotta aura rendu mon festival définitivement inoubliable. A moins que Pierce Brosnan ne me fasse un compliment à son tour lors de la table ronde de vendredi matin. Je me rends compte que j’ai peut-être oublié de vous mentionner ce détail. J’en reparlerai.

Miss Bobby_Ray_Liotta_Deauville 2014

La journée s’est poursuivie avec la projection de The Good Lie, d’une heureuse pause gourmande pour partager du cidre rosé ainsi qu’une gaufre. Petit arrêt plage pour enfoncer ses pieds dans le sable et retour au Centre International de Deauville (plus communément appelé le CID) pour l’hommage à Ray Liotta évidemment, suivi du film Alex of Venice. Nous étions très bien placés pour apprécier l’incroyable discours d’introduction de Vincent Lindon déclarant son amour à Henry Hill sans concession, avec beaucoup d’humour et de tendresse. De loin, le meilleur discours du festival.

Retour sur The Good Lie :

En voilà une découverte qui fait du bien. Un film tiré d’une histoire vraie dont les acteurs ont eux-mêmes vécu l’histoire. Comment des enfants soudanais réussissent à survivre à la guerre, puis à s’envoler aux Etats-Unis à l’âge adulte pour atteindre un meilleur niveau de vie. C’est incroyablement touchant, sincère, humble, sans chichis, exposant des valeurs fortes comme la famille, l’honnêteté, le partage et le sacrifice. On voit ces enfants essayant d’échapper aux balles, à la maladie, au deuil, puis vient ce contraste formidable entre la vie américaine et les difficultés à s’adapter à des choses très simples, comme téléphoner, dormir, allumer la lumière. Le spectateur se prend de plein fouet les « valeurs » modernes face à celles ancrées dans les racines et qu’il nous arrive de perdre de vue.

Retour sur Alex of Venice :

Ca partait bien pourtant : il y avait ce je ne sais quoi de rétro dans la couleur qui fleurait bon le petit film indépendant sympathique, plein d’émotions… Eh bah non ! Gros plantage ! Ca fleurait surtout la grosse sieste et l’ennui. Hormis Don Johnson finalement peu présent à l’écran, le reste… Ouais, voyez comme je suis inspirée ! C’est un tout petit morceau de vie dans l’existence débordante d’Alex. Tout petit morceau où l’on ne ressent aucune empathie (j’aurais bien voulu pourtant), aucune tristesse, rien. En fait, on dirait un mauvais film de vacances. Très utile pour vous préparer à aller dormir cela dit.

Miss Bobby_Lellouche-Lindon

J’ai eu la chance parmi quelques blogueurs de rencontrer les deux acteurs principaux de Mea Culpa, Gilles Lellouche et Vincent Lindon qui se sont prêtés au jeu des questions avec beaucoup de sensibilité et de passion.

Par rapport à votre scène d’introduction, comment se prépare-t-on à tourner une telle scène sachant que c’est dans un espace ultra restreint ? Est-ce qu’il y a de la place pour la comédie au détriment de l’action ?

Gilles Lellouche : Dans l’ordre, pour se préparer à ce genre de scène, c’est ni plus, ni moins comme quand on prépare j’imagine un ballet, une danse, c’est une chorégraphie. On a un coach, des cascadeurs avec lesquels on réfléchit à la meilleure manière de faire la scène, à  la faisabilité. Eux ils ont une espèce de scène idéale dans la tête qu’ils ont mise au point avec Fred (Cavayé) et après on répète dans une voiture, on découpe en segments la séquence. On voit ce qui est jouable, ce qui n’est pas jouable, ce qui est visuel, ce qui ne l’est pas. Il y a vraiment un rapport esthétique aux choses dans le film de Fred, on regardait selon les angles, les axes ce qui était le plus payant. Ensuite c’est des répétitions encore, encore et encore. En fait, c’est l’art de tricher, on se frôle, on passe à un centimètre, on essaie de parer les choses. Et c’est assez grisant, car c’est assez rare en France d’avoir ce genre de scène, moi personnellement, j’en avais jamais eu. C’est grisant, parce que ça file un peu la trouille, faut être honnête, parce qu’on sait qu’un geste raté, c’est un coup porté. C’est de la répétition, de la répétition, de la répétition. En ce qui concerne la comédie, il n’y a pas de comédie, il n’y a que du physique. En ce qui concerne la comédie dans ce genre de scène, la comédie est itinérante au physique, c’est un mélange des deux, on joue avec son corps et pas avec sa tête.

Avant de tourner ensemble dans ce film, vous connaissiez-vous ?

Vincent Lindon : Je savais que Gilles Lellouche existait déjà ! Oui, on se connaissait un petit peu, on s’était croisé à quelques reprises et on s’était bien apprécié. En fait, on s’est anormalement pas rencontré dans la vie pour deux personnes qui ont été amenées souvent à être dans des endroits similaires. On s’est croisé au cour Florent pour la première fois où j’étais venu faire une masterclass et où Gilles était élève. Lui connaissait mon existence et moi pas encore. Il était un élève. Il y en a un sur 100 000 qui perce, à peu près, c’était lui, mais moi je ne le savais pas encore, parce qu’il n’avait pas encore percé. Et après on s’est repéré comme des gens se repèrent et qui se voient 10-15 secondes. Je me souviens d’un jour qui m’a beaucoup marqué. Il était en scooter au coin de la rue Jacob et moi je traversais la rue Bonaparte, et lui venait d’être papa. On a eu une discussion le temps que le rouge passe au vert et le vert passe au rouge, c’était extrêmement bien veillant. C’était un très beau moment qui a duré rien du tout et puis les scooters sont partis. Puis on s’est recroisé une ou deux fois, puis après on a pris un verre dans un café pour un projet qu’on avait ensemble et qu’on n’a pas fait. Puis après on s’est croisé 2-3 fois dans des cafés ou dans des restaurants, et on s’est vraiment vu pour la première fois à la préparation du film. Mais on se cherchait, on s’admirait, on était intrigué l’un par l’autre. Je crois qu’on reconnait les gens, sans les reconnaître, qui ont une démarche assez semblable de la vôtre, une énergie par exemple. Moi très vite je cherche des choses chez les gens. Il y a ceux qui sont énergiques et ceux qui ne le sont pas, je vais très souvent vers les gens énergiques, et j’aime bien aller vers les décideurs, ceux qui prennent leur destin en mains, ce qui est le cas de Gilles. J’aime bien aller vers des hommes, des carrures, pas des demies portions, ce qui est le cas de Gilles aussi. Et j’aime bien aller vers les grandes gueules, ce qui disent ce qu’ils pensent, qui n’envoient pas faire dire ce qu’ils ont à dire, ce qui est le cas de Gilles aussi. J’aime bien les gens qui se démarquent, qui ont des idées, qui peuvent de temps en temps assumer de croire qu’ils vont avoir raison contre tous, même si ce n’est pas toujours le cas, ce qui est le cas de Gilles aussi. C’est une sorte de deuxième bel emmerdeur magnifique. L’air de rien.

G.L. : Plus discret, plus planqué.

V.L. : Oui, parce que j’étais là, mais sur le prochain film, tu vas être Vincent et t’auras un Gilles. C’est notre métier de repérer les choses, de très vite faire des scanners des situations, des métiers, de choper très vites les gestes des gens. On a une sorte de machine cérébrale qui ingurgite et qui enregistre les mouvements, les façons dont les gens se meuvent dans la vie, on aura peut-être à les réutiliser pour jouer un barman, un taxi, un boucher, donc on voit aussi les gens qu’on croise, on chope des choses, un peu comme les gens qui font des imitations. Les 3-4 petites choses qui font qu’on sait si on a des atomes crochus avec quelqu’un. Voilà pourquoi les acteurs se connaissent si vite un tout petit peu, mais savent s’ils sont attirés ou pas. Hein, c’est ça ?

G.L. : Oui, absolument.

Miss Bobby_Mea_Culpa

Aviez-vous déjà l’envie de travailler ensemble avant ce film ?

G.L. : En ce qui me concerne, beaucoup. J’avais très envie de travailler avec Vincent. Je vais pouvoir raccorder les wagons sur ce qu’il a dit tout à l’heure. Moi, quand j’étais au cours Florent, on avait beaucoup de masterclass et pour être très honnête, je m’en foutais complètement, et je m’en foutais complètement de ceux qui venaient les faire avec cette présomption, cette prétention idiote qu’on a à 20 ans. Le seul que je ne voulais pas rater, c’était Vincent, parce que j’aimais l’acteur et parce que j’aimais son discours. Vraiment je buvais ses paroles. Il m’avait faire rire, il avait dit : « toute façon je suis en train de vous donner des conseils et il y en a 1 sur 100 qui se dit : « donne-moi tes conseils, j’en ai rien à foutre de tes conseils moi ! Dans deux ans je serai au top ! »». Il y en avait un qui n’en avait rien à foutre, c’était moi ! (rires) Et ça m’a parlé, ça m’a fait rire. Et je me suis dit que certainement lui avait pensé la mêmes chose, 5 ou 6 ans auparavant. Donc j’ai toujours une forme d’admiration pour son discours que je trouve très honnête, très intègre et très différent de la langue de bois habituelle et usuelle de tous les artistes qui ont peur de se couper d’une certaine partie de leur public. Lui s’en fout et je pense que quand tu t’en fous, finalement c’est là que t’es plus fort. Non seulement il y a un discours, mais il y a aussi un choix, une direction dans la carrière. J’ai toujours observé Vincent, c’est pour ça que j’ai toujours eu envie de tourner avec lui, j’ai vu à quel point il a sacrifié même à un moment donné. Par exemple, il y a Patrick Bruel et Etienne Daho, eh bien lui a choisi le camp d’Etienne Daho, c’est-à-dire qu’au sacrifice d’un cinéma très populaire, et populaire il l’est, il s’est servi de sa popularité pour aller vers des choses belles, élégantes, pointues et nobles. Ce qui est très rare et ce qui est pour moi un exemple à suivre. Et donc quand j’ai eu l’opportunité de pouvoir tourner avec Vincent, j’étais comme un fou.

V.L. : Moi j’avais aussi très envie de tourner avec Gilles et j’ai très envie de retourner avec Gilles, ah mais oui c’est le plus important, ce n’est pas tout de tourner encore faut-il après laisser une trace qui donne envie de se retrouver. Dans la vie, il n’y a pas de problème, mais au cinéma, c’est ça qui est aussi très important. Aujourd’hui, c’est qu’il faut trouver le terrain pour faire ça et c’est ce qu’il vient d’expliquer. Il ne faudrait pas qu’on tombe là-dedans et on ne tombera pas là-dedans, parce qu’avant j’aurais été garant tout seul, mais maintenant il est aussi fort que moi pour ça. Il faut savoir refuser quelques fois, peut-être qu’on va nous envoyer 5-6-7-10-15 projets sur les 5 années qui vont suivre, il faudra absolument résister contre l’agrément de la retrouvaille qui sera peut-être inférieur aux désagréments du résultat de quelque chose dont on se sera auto persuadé que c’est bien juste pour se retrouver, alors que ce n’est pas le cas. Il faut une base, il faut un bon scénario, parce que c’est avec de beaux projets qu’on fait de beaux mariages et que les gens s’entendent bien. Si la base n’est pas juste et que c’est juste une excuse pour se retrouver, on croit qu’on est content et quelques fois on s’en veut même. Comme on ne peut pas s’en vouloir à soi-même, c’est à l’autre qu’on en veut. Et inversement. C’est comme ça qu’arrive des disputes dans les couples ou dans l’amitié ou dans des fâcheries. C’est quand deux personnes qui s’aiment partent sur un mauvais coup. Les gens que j’admire, qui me plaisent dans le métier – dont tu fais partie – je ne veux pas être un mauvais souvenir pour eux. Je ne veux pas que dans leur biographie, quand ils sont là tout seul, quand l’envie leur prend ou quand ils sont en vacances, qu’ils se baladent, on a des heures tout d’un coup, qu’on retrace ce qu’on a fait, on se dit : « je sers à quoi ? Où je suis ? D’où je pars ? Où je vais ? Où je suis en ce moment ? D’où je viens ? », je n’aime pas dans le cerveau de la personne qu’elle pense : « ah oui, il y a juste l’anicroche, un petit écart de parcours » et là, hop, il y a ma tête ou mon nom qui arrive. Je veux être un bon souvenir. Pas forcément par un succès, car je ne suis pas intéressé par les entrées. Si on me les donne, je suis ravi, mais ce n’est pas ça. Je préférerais toujours me coucher le soir avec un film qui a été un échec et au moins je peux dire tout simplement : « mais ce n’est pas grave, moi je l’ai fait et je vous emmerde », parce que moi je continue à l’aimer. Plutôt que d’avoir fait un succès qu’on m’aurait soufflé, auquel je n’aurais pas pensé tout seul et après je me couche le soir et je me fais : « mais si vous me l’aviez pas dit, je ne l’aurais pas su ». Et le pire étant éventuellement le choix qu’on ne voulait pas faire et en plus ça ne marche pas. C’est des choses on met très longtemps à s’en remettre et quand je dis longtemps, c’est très très longtemps, ça peut prendre des années. Ce n’est pas toute la journée, mais c’est en filigrane. Ça revient et on est son propre attaquant. Les artistes sont très très durs avec eux-mêmes, ceux qui ont une conscience. Très violents, très durs. On ne se fait jamais de cadeaux. C’est pour ça qu’on souffre autant. Pour ça qu’on a des plaies aussi grandes, c’est parce qu’on s’occupe bien de notre cas ou l’inconscient s’occupe bien de nous-mêmes. Une mauvaise décision n’a pas beaucoup de différences avec une bonne décision. Mais trente mauvaises décisions, ça fait une carrière pas terrible et trente bonnes décisions, même si elles sont entachées, ça fait une belle carrière. Et c’est pareil dans la moralité des hommes : trente petites lâchetés, on devient un gros lâche et trente petits actes de courage et on devient quelqu’un qui a été courageux. Il faut voir plus loin. Gilles le sait, et moi aussi, on a fait des erreurs et on les revendique surtout, c’est formidable. En soi, c’est rien, mais si on en fait une, immédiatement on ouvre une valve qui donne encore plus de possibilités de la refaire. En fait, il ne faut jamais céder. Si tu trahis une fois, tu peux trahir vingt fois. Il faut essayer de ne pas le faire du tout, mais c’est très compliqué, car il y a de moins en moins de films, donc il y a de moins en moins de beaux films, il y a de plus en plus d’acteurs, il y a de plus en plus d’affiches, il y a de plus en plus de bandes-annonces, il y a de plus en plus de cinémas, il y a de plus en plus de complexes, de cinémas qui ouvrent. Il y a l’angoisse toujours de gâcher la proie pour l’ombre, mais la proie n’est pas si belle des fois et l’ombre n’est pas sûre d’arriver et si elle arrive et qu’elle est belle, c’est formidable, on se dit : « j’ai eu raison de laisser passer le coup d’avant ». C’est dans tous les métiers pareil. Il y a des erreurs très excusables, mais faut qu’elles soient revendiquées. Un acteur qui me dirait : « écoute Vincent, j’ai fait ce film un jour, je ne l’aimais pas, je ne voulais pas le faire, mais je l’ai fait, car je dois donner manger à mes enfants ». Tout d’un coup il devient encore plus courageux qu’un mec qui ne fait que des bons choix. Chapeau ! Il a accepté la possibilité d’être éventuellement ridicule dans un truc qui n’est pas bien, mais il sait pourquoi au départ et il le dit. C’est beau.

G.L. : Rien à ajouter.

Miss Bobby_Lellouche-Lindon

Donc pour le coup l’élément déclencheur pour faire Mea culpa ? C’était quoi ? Le script ? Les retrouvailles avec Fred Cavayé ? Le fait de tourner ensemble ? Tout cela à la fois ?

G.L. : Exactement. En premier lieu, c’est toujours évidemment le script, ce script en particulier, parce que c’est Fred qui le réalise. Réalisé par un autre, je ne suis pas sûre d’y aller franchement. Au même titre que quand j’avais accepté A bout portant, je l’ai accepté, parce que j’ai lu le script et je me suis dit : « où il va ce scénario ? Qu’est-ce qu’il me raconte ? Comment on peut prendre d’assaut 36 quai des Orfèvres à deux ? Il est complètement zinzin, il a complètement perdu le sens des réalités ! ». Et donc j’ai vu Pour Elle, que je n’avais pas vu. Je vois l’articulation du scénar et tout d’un coup, quand le film part, c’est-à-dire à la dernière demi-heure, quand il y a cette espèce de dernière demi-heure d’action hallucinante, je reste assis sur mon fauteuil, scotché. Je me dis d’accord, évidemment, parce qu’il a ce sens-là. Donc j’ai fait A bout portant et j’ai eu raison. Au même moment, je me souviens, on m’avait proposé La Proie, et j’ai choisi A bout portant au lieu de La Proie, parce que j’avais vu Pour Elle et ça m’a rassuré. Vraiment. Après avoir vu Pour Elle, après avoir fait A bout portant, ça m’a donné le courage, l’audace et l’envie de faire celui-là, qui aussi est un scénario, réalisé par un autre, peut être complètement ridicule. Il faut un technicien hors pair, il faut quelqu’un qui maîtrise son outil sur le bout des ongles, ce qui est son cas et de plus en plus, il a pris une espèce de maturité et surtout, il s’est décomplexé, il s’est décomplexé dans un cinéma français qui souvent a peur de son ombre, qui souvent n’ose pas, manque d’audace, qui préfère être dans des cases rassurantes par peur de déplaire. Lui, au contraire, s’émancipe dans un genre très particulier puisque rare. Evidemment que ça me donne envie et ensuite, il y a la cerise sur le gâteau, la grosse cerise sur le petit gâteau, c’est de tourner avec Vincent. Quelque chose dont j’avais évidemment envie. Je vais le répéter encore, dans les acteurs français, il y en a peut-être trois avec qui j’avais vraiment envie de travailler et lui en premier.

V.L. : Je reviens sur ce qu’a dit Gilles, c’est tout à son honneur, mais ce n’est pas totalement vrai. Le début, parce que sans t’en rendre compte, tu dessers le scénario. Je suis sûr que si on t’avait donné le scénario de Mea Culpa et qu’on t’avait dit que c’est Fred Cavayé qui va le réaliser, mais qu’untel l’a lu, moi par exemple, et Vincent a dit non, ça t’aurait interpellé. Je pense que c’est formidable que Fred le fasse, mais si le scénario ne t’avait pas convaincu à mort, même faisable par quelqu’un d’autre, tu ne l’aurais pas fait. Il se trouve que c’est un scénario qui toute façon t’aurait plu et faisable par quelqu’un d’autre, moins bien que par Fred et du coup quand c’est Fred, c’est la cerise sur le gâteau.

G. L. : Oui, tu as raison.

V. L. : Je me souviens, des coups de téléphone qu’on a eu et où tu as été extrêmement précis, tu m’as dit : « qu’est-ce que tu en penses ? », tu as attendu d’avoir ma réponse, toi, tu avais déjà la tienne dans ta tête, tu savais exactement ce que tu voulais. Je t’ai dit ce que j’en pensais, tu m’as dit ce que t’en pensais, la somme c’est : on meurt d’envie de le faire et il n’est pas question qu’il soit fait par quelqu’un d’autre que par nous, mais tu m’as donné un ou deux arguments, c’est vrai, j’avais pas vu ça, tu as raison, moi en revanche j’ai noté un petit truc, tu m’as dit : « ah oui, c’est vrai ». On est arrivé avec notre petit chapeau, on avait cinq-six trucs qui nous titillaient, pas très important, des détails, mais les détails c’est parfois très important dans un film. Fred a accepté les six ou cinq des six, un, il a été contre, mais il nous l’a très bien expliqué et il nous a prouvé par A + B qu’il était contre et qu’on allait faire comme lui l’a décidé, rien que ça c’est encore plus agréable que s’il avait cédé, parce que ça veut dire qu’il savait exactement ce qu’il voulait.

G. L. : Tu as totalement raison, mais ce que je voulais dire, c’est comme si François Ozon proposait le scénario de Star Trek. Non. C’est-à-dire, à un moment donné le scénario de Star Trek peut être extraordinaire, François Ozon est extraordinaire, le problème n’est pas là. C’est est-ce que les deux vont donner une somme extraordinaire ? C’est pour ça que je me dis, la somme de ce scénario-là, réalisé par Fred Cavayé, il y a une cohérence qui fait que oui, évidemment. C’est ça que je voulais dire.

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Comme vous avez très peu de dialogues, l’émotion passe par l’action, est-ce que cela a été difficile à aborder pour vous en tant que comédien ?

G. L. : Je suis content que vous le disiez.

V. L. : Il y a plein de choses en interview qui nous revienne, j’ai toujours envie de dire « on », mais je vais dire « je », car il n’y a pas de raison que je dise « on » ou « nous », il y a beaucoup de choses qui reviennent en interview auxquelles je n’avais pas pensé en faisant les choses. Jamais je me suis exprimé à moi-même, jamais je me suis précisé le fait de « tiens, je suis en train de faire un personnage qui ne parle pas beaucoup et qui parle avec son corps ou avec son regard ». Jamais je me suis dit « tiens, je suis en train de faire un ou le plus grand, pour moi c’est LE plus grand film d’action qu’on ait jamais vu en France en langue française. Jamais je me suis dit c’est un film qui va vite et qui est violent. Jamais toutes ces choses-là me sont apparues aussi clairement. J’ai senti de très très loin que ce n’était pas un personnage très bavard, mais pas assez pour le dire : « qu’est-ce qu’il est taiseux » et pareil pour le personnage de Gilles. C’est beaucoup plus charnel, beaucoup plus organique l’acceptation d’un film pour moi. J’ai lu, j’aime et je ne me pose pas de questions. Aujourd’hui j’apprends beaucoup de choses sur le film dans lequel je suis par les questions des journalistes, de vous, j’apprends énormément de choses, je fais l’intelligent en faisant : « oui, c’est une très bonne question, vous avez raison de souligner… », j’ai mon deuxième cerveau qui fait : « oh merde, j’avais pas pensé à ça ». Il me montre quelque chose à laquelle je n’avais pas réagi parce que c’était beaucoup plus organique, c’est le corps qui parle, c’est l’envie. Je suis arrivé page 103, quand j’ai vu le mot « Fin », j’ai quasiment, pendant que je lisais les trois dernières répliques, composé le numéro de Fred. Je l’ai appelé : « je le fais Fred, j’ai adoré » et s’il m’avait demandé ce que j’avais adoré, j’aurais été bien incapable de lui dire : « je ne sais pas, tout, j’adore tout – mais quoi ? Qu’est-ce que tu penses du personnage ? », là j’aurais trouvé une excuse : « là il y a mes enfants, je te rappelle ». Je ne sais pas, sur le moment, je ne sais pas. Et après le film va tellement vite sur le tournage, pendant trois mois, je ne sais toujours pas. Je sais juste que j’ai aimé ça. C’est très bizarre.

G. L. : Parce qu’on est dans du lâché prise absolu, c’est-à-dire que tout se fait sur le moment, sur l’instant, c’est tout ce que le caractère instinctif et impulsif du jeu peut représenter. On est vraiment là-dedans. Et c’est extrêmement agréable. C’est impossible d’être mécanique, il est impossible d’avoir réfléchi une attitude. Après, avec la mixité des prises, on est un peu rôdé à l’exercice, on peut ajouter 2-3 petits trucs, mais ce que je veux dire, c’est tellement le physique qui parle, qu’on est dans des choses que l’on découvrira qu’une fois le film fini. Je n’ai aucune conscience de ce que je jouais en fait. Et c’est tant mieux, enfin il faut se calmer, sur des scènes de dialogues, etc, bien sûr, mais sur les scènes physiques, sur le danger qu’il peut y avoir dans le regard, sur l’immédiateté d’une réponse, d’un geste, c’est notre corps qui parle, qui s’exprime, comme s’il était dans un caractère d’urgence de la vie. C’est extrêmement jouissif.

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V. L. : Je me souviens de la scène à Toulon, devant le commissariat, quand d’un coup je suis dans le bus, que je sors, je me fais renverser par la voiture, on a tourné cette scène et après on était sur Gilles qui avait une scène de fusillade. Je me souviens, qu’avant la prise, il avait les jetons, c’est Gilles qui avait les jetons, mais ça, la caméra, elle s’en fout complètement. Sautet m’a dit un jour une phrase que je n’oublierai jamais de ma vie, jamais, jamais – c’est drôle, je t’en ai jamais parlé d’ailleurs – je ne l’oublierai jamais de ma vie. J’étais sur le tournage de Quelques jours avec moi, j’étais avec Sandrine Bonnaire, dans une cuisine et je devais être très angoissé. J’étais très jeune acteur et c’était un metteur en scène très colérique, le monstre de metteur en scène qu’on connait et aussi, il était très autoritaire, très très dur à travailler. J’avais une peur au ventre incroyable, une peur de mal faire, la peur de ne pas être à la hauteur de tous les grands acteurs qu’il avait filmés. Et peut-être dix minutes avant la prise, je suis allé le voir, et il déambulait comme ça sur le plateau avec une cigarette. Je suis arrivé et je lui ai dit : « Claude ? » – « Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a mon gros ? » « Là, il faut que je sois angoissé… » « Je comprends rien à ce que tu me dis ! » « Je dis il faudrait que je sois angoissé, comment je peux être angoissé ? » « Bon je m’en fous ! T’as qu’à penser à ta note de gaz ou à ton chat qui est mort. Ce que je veux voir c’est de l’angoisse, de l’angoisse ! Je m’en fous ! ». Et sur le moment, je n’ai pas compris ce que ça voulait dire. Et en fait la caméra, elle veut voir quand on joue une scène d’angoisse, de l’angoisse. Peu importe si vous pensez à un truc de votre vie. Ce qu’il voulait voir c’est de l’angoisse. Le jour où Gilles a tourné cette scène, ça m’est arrivé aussi dans le film, où le personnage a peur – parce que même un flic, quand il y a une grosse grosse attaque, on en a parlé avec beaucoup de flics, le cœur est à 8 000 – Gilles, il avait peur ce jour-là, peur de se servir de cette arme, de le faire bien, peur de faire recommencer la scène. Quand il y a cinq caméras qui se mettent en route, qu’il y a trois cascadeurs qui partent en scooter, qu’il y a un truc qui va s’écrouler, on se dit : « pourvu que je ne rate pas. J’ai huit secondes sur moi, pourvu que je ne les rate pas. Je vais tout foutre en l’air ». On a peur de gêner. On a peur de gêner 80 personnes qui font leur métier, on est comme ça (il tremble). Et cette peur quand la caméra arrive, comme ça, même si vous ne vouliez pas la montrer, c’est foutu. Elle passe. Et les acteurs que j’aime, c’est ceux qui ont une énorme maîtrise de ça et qui tout d’un coup – c’est la qualité des gens qui se servent de leurs défauts pour en faire des qualités – ce sont les acteurs qui sont conscients de ça et qui font : « bah puisque j’ai peur et puisque je sais que j’ai le trac, je vais m’en servir et je vais jouer dessus ». Entre guillemets, c’est « très pute » comme mécanisme, mais les plus grands acteurs sont ça à un moment.

G. L. : Des grosses putes ! (rires)

V. L. : Et c’est là où c’est formidablement jouissif, c’est quand l’incarnation du personnage se dédouble avec le personnage du film et on ne sait plus qui est qui. On ne sait plus s’il est Franck ou Gilles, on ne sait plus si je suis Simon ou Vincent dans certaines scènes, car les deux se confondent.

Merci à Cinefriends, Tétronine et Gaumont

N’oubliez pas de jeter un œil à ma critique du film.

Retrouvez le compte rendu de la rencontre avec le réalisateur Fred Cavayé.

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J’ai eu la chance parmi quelques blogueurs de rencontrer le réalisateur de Mea Culpa, Fred Cavayé qui s’est prêté au jeu des questions avec beaucoup de simplicité et de sympathie. Je pense que les mots n’arriveront pas à retranscrire la décontraction qu’il a su instaurer autour de la table.

Concernant l’écriture de Mea Culpa, comment s’est déroulée votre cinquième collaboration avec Guillaume Lemans ?

Cinquième ? Attendez, je vais compter. Ah ouais, on compte les navets aussi. Pour Elle, Mea Culpa, A bout portant, la guerre des Miss et c’est quoi le cinquième ? Guillaume écrit aussi des films de son côté, faut bien qu’il paie les traites de la maison, parce que je ne fais pas des films tout le temps. Il travaille avec d’autres. Après, on a écrit un autre scénario qui ne s’est jamais fait, si vous dites cinq, c’est que vous êtes très bien informé.

Ça s’est passé comme à chaque fois. Olivier Marchal a travaillé avec Guillaume sur une idée et moi j’ai eu vent de cette idée. Ils ont arrêté assez vite ce projet comme je le fais souvent, comme font d’autres réalisateurs, c’est-à-dire vous développez plusieurs idées et vous allez vers celle qui vous excite le plus. Olivier et Guillaume ont abandonné très vite cette idée et moi quand je cherchais quoi faire après A bout portant, je me suis rappelé de son idée. J’ai donc demandé à Olivier d’en prendre la moitié, de faire le truc à ma sauce. Lui voulait faire un truc de vengeance, un peu à la Man on fire et moi je voulais plus faire un film d’amitié, de rédemption pour travailler avec mes deux camarades. Voilà, j’ai demandé l’autorisation à Olivier et comme Guillaume avait déjà travaillé sur cette idée, c’était bien que je me l’accapare et que lui arrive à reseter le truc, c’était compliqué pour lui je pense de tout de suite repartir sur la même idée en partant sur quelque chose de diamétralement opposé, il avait besoin de prendre un peu de distance, donc j’ai écrit la première version et Guillaume est de nouveau entré dans la boucle.

Avez-vous tout de suite écrit pour Vincent Lindon et Gilles Lellouche ?

Ouais ! Pour plusieurs raisons, je voulais, comment dire ? Mon producteur m’a dit juste après A bout portant : « avec A bout portant et Pour elle, A bout portant c’est vraiment la suite de Pour elle, maintenant il faudrait que tu fasses la synthèse des deux films ». En rigolant, comme ça. Et j’ai dit : « la synthèse, c’est un film avec Vincent et Gilles ». Et ça m’a trotté dans la tête et j’ai vraiment cherché l’idée pour les réunir et faire un vrai film de duo de cinéma, comme il y a eu Marchal avec 36, Les Spécialistes ou des films américains, dont j’ai oublié le titre, un grand film américain avec Paul Newman et Redford… qui font du vélo, sur de la musique – « Butch Cassidy et le kid » – voilà, donc faire un vrai beau film de duo et l’idée d’Olivier – en la tordant – me permettait ça.

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Vous parliez à la sortie d’A bout portant, d’un film qui se passe au Canada, avec un bûcheron, est-ce un projet que vous avez totalement abandonné ?

C’est un projet que j’ai. Là, c’est drôle, car je suis en train de travailler sur un film qui se passe au Canada, sans bûcheron, dont le personnage principal serait une femme, qui n’est pas bûcheron. Un film qui n’est pas urbain. Après, est-ce que, quand je fais un film, quand je m’investis pleinement sur un film comme Mea Culpa ou comme l’était A bout portant, j’ai peut-être besoin de me laver la tête en imaginant des choses qui sont diamétralement opposées ? Ça été le cas avec A bout portant, j’ai bossé sur ce film de bûcheron où il y a une version de scénario et je me suis très vite rendu compte que ce n’était pas vraiment de ça dont j’avais envie. Là je retourne vers le Canada avec une histoire un peu dans la veine de Pour elle, mais avec un personnage principal féminin, qui va être obligée de se surpasser, parce que là je n’ai travaillé qu’avec des garçons pour l’instant, qui sont les personnages principaux et j’ai très envie de travailler avec un personnage féminin et j’ai envie aussi de choses pas du tout urbaines, donc le Canada. Quand j’étais au Canada, j’ai bien aimé de faire de la moto-neige, des fois l’inspiration…

Vos scènes d’action sont très bien orchestrées, avec beaucoup de minutie, quels sont les films qui vous ont inspiré pour ces scènes d’action qui sont spectaculaires ?

Je suis content que vous me disiez ça, car c’est vrai, j’ai essayé de faire du spectaculaire et ce n’est pas souvent le cas en France par faute de moyens, par faute souvent de complexes aussi. C’est-à-dire que c’est assez compliqué en France de s’attaquer à ce type de film, parce qu’on a un vrai complexe qui se situe à deux endroits : on a peut-être peur que ça ne soit pas assez littéraire, et on a aussi peur de la comparaison avec les Américains ou les Coréens. Moi j’ai peut-être moins de complexes ou une grande naïveté ou je suis totalement inconscient, j’ai un mélange des trois – « vous avez raison » – mais ce n’est pas évident, j’espère que Mea Culpa va décomplexer un petit peu mes camarades et des jeunes réalisateurs d’aller vers ce type de film. En tous les cas, mes références sont multiples : du cinéma Américain, comme du cinéma Coréen, même des films Français. C’est une espèce de mélange sur plein de films, après il y a une vraie influence quand même sur la nouvelle génération de films d’action, avec des choses beaucoup plus réalistes. Pour moi, il y a vraiment le film d’action avant Bourne, et après. Les Jason Bourne ont amené une nouvelle dimension. Batman, ce n’est plus pareil, Jason Bond ce n’est plus pareil, et puis il y a ce truc où vous vous dites que maintenant le héros peut mourir et avec une manière de filmer qui colle à cette réalité. Après je ne prends pas tout non plus de ce type de cinéma, parce que moi en tant que spectateur, il y a des choses des fois qui me gênent, c’est la lisibilité des séquences d’action. Moi j’aime bien tout voir. Je préfère un coup de poing mal donné où l’on voit l’impact, car on se met à la place du mec qui le prend et « oh, ça fait mal ! » que de la mise en scène avec des trucs partout. Je fais un mix de tout, comme un shaker.

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Pas de sur-découpage ?

Il faut. Je sur-découpe pour avoir après le loisir au montage de ne pas forcément faire durer les plans. Après ce que j’aime bien, qui est un luxe absolu et c’est très difficile de faire ça en France, car il faut du temps et de l’argent, c’est quand vous faites une scène d’action sans que  votre caméra ne raconte jamais la même chose, de ne jamais réutiliser le même axe. Il y a plein de séquences dans Mea Culpa où j’ai réussi à faire ça, aussi grâce aux gens avec qui je travaille et à la production qui m’a laissé tourner beaucoup. Après, ça n’apporte pas forcément grand-chose, mais techniquement, j’ai tourné 1 500 plans, ce qui est énorme, j’en ai tourné 800 sur A bout portant et j’en ai monté via 1 800 cut, ce qui veut dire que ce n’est pas forcément sur-découper par rapport à la quantité de matière que j’avais, mais je les utilise tous, pas de manière schizophrénique. Je suis avant tout spectateur avant d’être metteur en scène. Sans prétention, je fais des films comme j’aimerai les voir – je commence cette phrase par « sans prétention » alors que c’est super prétentieux – c’est-à-dire que dans certains films d’action, ça me dérange les bagarres où d’un seul coup, vous ne savez plus qui se prend la pêche. Après, plus vous montrez, plus c’est violent. Cette violence, vous allez peut-être m’en parler, je l’assume complètement dans Mea Culpa, plus que dans Pour elle et A bout portant. Je parlais d’être décomplexé, décomplexer aussi par rapport à ça, par rapport à une certaine forme que je trouve vachement intéressante en voyant la réaction des gens. Vu que c’est Français, les gens ont l’impression que les coups sont donnés deux fois plus fort, que les gens tombent de deux fois plus haut, on m’a dit : « mais là, c’est pas possible, il tombe de 80 mètres, il se relève ». Le truc est décuplé ! J’ai même eu comme réflexion qui est super : je dis : « dans Taken, vous avez autant de violence et vous n’avez pas ce ressenti-là » – « bah ouais, mais Taken c’est du cinéma » (rires). Ce n’est pas un documentaire ! C’est génial ! Les gens sont comme ça et ils ont l’impression que « putain, Vincent Lindon va mourir ! », c’est-à-dire que ce n’est plus le personnage, c’est dans le train, dans la bagnole avec nos comédiens, que les gens prennent vraiment des coups de portière dans la tête. Ça amène plus de proximité, mais dans 10 ans, il y a aura beaucoup ce type de films, il n’y aura plus cette impression-là, parce que le filtre entre la réalité et le cinéma va être réinstauré, mais là, il est très très mince, beaucoup plus mince que par rapport à un film Américain où il y aurait même plus de violence.

Vous êtes intervenu dans les bonus du Blu-Ray du Clan des Siciliens…

Ça c’est la classe ! Le mec fait tout sans prétention ! Le Clan des Siciliens, quand je l’ai vu petit, la première fois, je le vois comme ça (il mime à travers les barreaux de l’escalier), parce que mes parents m’ont envoyé au lit et je ne vois que la moitié, même pas, je le vois en 1/22. C’est via Arnaud Bordas, un ami à lui fait les suppléments du Blu-Ray, et me dit : « ça t’intéresserait… » – j’ai l’impression d’un seul coup de faire partie du film. J’étais mort de peur. Je me chiais dessus comme on dit. J’ai reçu le Blu-Ray et j’étais super ému, parce que je mets le Blu-Ray et je fais partie du Blu-Ray. De manière très naïve, j’ai un peu l’impression de faire partie du film et là « waouh ». C’est drôle, j’ai rencontré pour la première fois de ma vie Alain Delon avant-hier. Je ne lui ai pas dit… « Bonjour, je m’appelle Fred Cavayé, c’est moi qui fait l’introduction du Clan des Siciliens », il aurait ri je pense. Même si effectivement ce qui inspire sur la forme des films comme Mea Culpa c’est plus des choses modernes que le Clan des Siciliens, mais c’est des bases. Quand même, quand je suis môme, pour moi c’est ça les films policiers, c’est Verneuil, c’est Le Samouraï. Comme vous dites, en France on faisait aussi des films de genre, les films de Clouzot, de Franju. On n’était pas complexé par rapport à ça, ça faisait entièrement partie de notre culture. Par exemple, Les yeux sans visage, maintenant vous faites ça, on va appeler ça du cinéma de genre, ça va être très anecdotique comme film, à cette époque-là, c’est le gros film de la semaine. Les Diaboliques par exemple, c’est avec les deux stars du moment, c’est avec le réalisateur, si vous faites ça maintenant… Mais ça va revenir j’espère. Après, j’allais dire ce sont les réalisateurs qui décident, mais non, c’est les spectateurs qui décident s’ils ont envie de voir ce type de film.

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Vous parliez de réalisme tout à l’heure, pourtant sur ce film, vous changez de chef opérateur, ça donne un aspect un petit moins réaliste, pourquoi ?

Comment dire ? Je voulais faire un film noir en couleurs et je voulais aller vers quelque chose d’un peu plus spectacle et un peu plus cinéma. C’est venu sur le fait que je ne voulais pas tourner à Paris, je voulais tourner dans le sud de la France. Après je ne savais pas à quelle période j’allais tourner, il y a les disponibilités des comédiens, ce qui fait que j’ai tourné en décembre. Toulon en décembre ça ressemble un peu au Havre en termes de météo. Je voulais qu’il y ait ce petit décalage. Cette scène où ils sont pourchassés par un 4×4 avec des bâches, ça même dans la conception des décors. Mon chef déco au départ, je lui dis : « je voudrais un entrepôt énorme et on va mettre des bâches en plastique ». Alors forcément, première question : « comment on justifie ? ». Puis on s’en fout ! C’est un entrepôt où il y a des bâches, ça va être chouette parce qu’on va voir les phares de la bagnole, tels deux yeux d’un monstre, c’est une démarche directe qui n’est pas très réaliste, et mon chef opérateur, Danny Elsen, avec qui je travaille pour la première fois, me dit : « va dans ce sens-là. Si tu ne veux pas un truc pas complètement cinéma, eh bah on va éclairer tout en rouge. » Euh quand même rouge, « oui, tout en rouge, tu vas voir ». Il me montre les premiers trucs, il me montre un rouge, je lui ai dit : « vas-y » et à l’étalonnage on a tout mis en rouge et d’un seul coup, ça devient presque de l’opéra. Sans prétention. (rires)

Votre chef opérateur, Danny Elsen, dit de votre film que c’est un film d’action avec du cœur, comment faites-vous pour vous approprier les codes du film d’action, les dynamiter et apposer votre vision ?

J’aime beaucoup votre question. Ça reprend ce que je disais tout à l’heure. Il y a une volonté de faire du cinéma, après faire du nouveau, ça serait dangereux si ma démarche serait « tiens, je veux faire du nouveau », là d’un seul coup, on ne fait pas le film pour les bonnes raisons et vous allez vers quelque chose d’artificiel. C’est plein de petites volontés : être un peu plus coloré, le fait d’aller vers des décors plus cinéma qui mis ensemble, et avec des références qui sont peut-être autres, font quelque chose de peut-être nouveau. Il y a aussi un nouveau compositeur avec qui je n’avais jamais travaillé, Cliff Martinez n’avait jamais fait de musiques d’action. Quand il fait Drive par exemple, toutes les parties de voiture, il n’y a pas de musique. Avant de lui proposer le film, le mec il a fait Drive et je revois le film, je me dis : « merde, il n’y a pas de musique d’action du tout dans Drive, il n’y a que des choses atmosphériques ». Je me dis c’est quand même une bonne idée, pour avoir quelque chose de plus moderne. Ce que j’avais fait avant c’était plus classique avec Klaus Badelt qui vient de l’école Hans Zimmer. C’était peut-être aller vers plus de modernité, mais me dire : « il y a beaucoup d’action, aller avec des percussions comme j’ai fait précédemment, là comme il y a une heure d’action sur 1h25, on va avoir les oreilles qui saignent ». La solution, c’est d’aller chercher Martinez et lui demander de faire de la musique d’action atmosphérique. Toutes ces petites choses et toutes ces petites volontés font qu’au final, j’espère, quelque chose d’un peu plus moderne que mes films précédents.

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La scène du TGV ou la fusillade dans la boîte de nuit sont des scènes vraiment très spectaculaires. Qu’est-ce que cela induit en terme de préparation et de budget ?

Des emmerdements ! (rires) Cela induit beaucoup de travail et il ne faut rien lâcher. Même sur le papier, on m’a dit : « revoit à la baisse ton cahier des charges, ça va être super compliqué. Est-ce que t’auras les moyens d’aller au bout de tes envies ? Donc peut-être, vois le truc un peu à la baisse. », et je ne voulais pas. Je n’ai vraiment rien lâché : sur cette poursuite de boîte de nuit, la volonté au départ, c’est que j’avais fait une course poursuite dans le métro dans A bout portant avec un seul décor et là, je vais faire une course poursuite avec sept décors. Un truc qui n’en finit pas, mais en même temps qui est ludique, on passe d’un endroit à un autre et quand c’est fini, ça repart. Après entre ce que j’écris chez moi tranquillement en mangeant des Pépito, en buvant du café et en téléphonant aux copains, après vous vous retrouvez à cinq heures du matin, dans le froid, dans les entrepôts à Evry, ce n’est pas la même chose. Et encore, moi je mange des Pépito, mais eux deux ils courent et il fait moins 7. C’est très compliqué, parce que c’est à remettre dans un contexte logistique par rapport au budget du film et par rapport à ce qu’on a les moyens de faire ici. Comparé à un film comme Taken, moi quand je fais une poursuite en voiture, j’ai une voiture, eux, ils ont cinq voitures, avec cinq emplacements de caméra. Moi il faut que j’ai les mêmes emplacements de caméra, car je ne peux pas dire aux spectateurs : « j’ai moins de pognon que Taken, soyez indulgents ». Moi je fais hop un aller, on démonte la caméra, on la remet là, on repart. A l’ancienne. Cela implique vachement plus de travail de ma part, de la part des comédiens, de l’équipe technique. Aussi plus d’argent que le film précédent, même si on n’a jamais assez d’argent pour ce type de film, j’ai eu quand même la chance d’avoir un peu plus d’argent que sur A bout portant. Ça implique beaucoup de trucs, mais le plaisir est décuplé. On ne rigole pas tout le temps, mais le cinéma que j’aime, c’est ça et où je suis content de Mea Culpa, c’est en terme de forme, d’action, de choses ludiques, de cinéma, c’est vers ça que je voulais aller. C’était impossible sur un premier et deuxième film, il a fallu que j’attende et que j’attende aussi le savoir le faire. Il y a un peu plus d’action qu’A bout portant que dans Pour elle. J’ai appris sur Pour elle et ce que j’ai appris sur Pour elle, je l’ai mis en place sur A bout portant et même chose. Ce que j’apprends sur A bout portant, j’ai upgradé en action, ça me permet techniquement d’être plus au point. C’est une hérésie de se dire : « le mec est réalisateur, il fait son premier film, bim il sait tout faire ». Eh bah pas moi. Il a fallu que j’apprenne et j’apprends à chaque fois.

Donc vous faites exploser un avion dans le prochain ?

Je ne sais pas, je me dis non, il faut peut-être que je fasse exploser un velib.

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Sur quels éléments avez-vous choisi le jeune acteur Max Baissette de Malglaive ?

Sur la qualité de son jeu. Il n’y a pas photo, quand j’ai vu ses essais, c’était sûr, c’était lui. Mais comme je suis un garçon inquiet, j’en ai vu deux cent pour revenir à lui. Pas deux cent, je plaisante, mais une centaine. Il est brillant. Les deux comédiens principaux sont brillants, il me fallait un petit garçon qui soit à leur hauteur, une comédienne qui le soit aussi. Que tous les seconds rôles soient du niveau de jeu des deux comédiens principaux. Donc j’ai fait de gros casting, j’ai vu beaucoup de comédiens et je suis vraiment content de tous les gens avec qui j’ai travaillé. Gilles Cohen, je trouve qu’il amène un truc qui est extrêmement gonflé, car il est sur le fil, à chaque fois, du réalisme justement. Dans ce qu’il propose dans son jeu, il est à la limite tout le temps de tomber dans un truc qui va peut-être être trop exubérant et non, ça marche. Je vois bien dans les salles où je présente le film, j’écoute les réactions par rapport à ce qu’il fait et ça apporte une respiration dans le film. Je le trouve formidable. Je le trouvais déjà formidable avant, c’est un grand comédien. Voilà, pour répondre brièvement, j’ai pris Max, car avoir ce niveau de jeu à 10 ans, c’est impressionnant.

Par rapport au sketch  que vous avez tourné pour Les Infidèles, est-ce que cela vous a donné envie de vous frotter à d’autres registres que le polar ?

Oui pourquoi pas. Après c’est un peu spécial Les Infidèles, je n’ai pas écrit le texte, mes camarades réalisateurs non plus, on est arrivé pour faire un film de potes, avec des moyens autres que les films de potes que je faisais avec les meubles de ma grand-mère. Là c’était un vrai exercice de style, si on peut dire vu le niveau de littérature de ce que j’ai eu à tourner. A faire, c’est extraordinaire, parce qu’on pense ce qu’on veut du film, un truc un peu Gaulois on va dire, mais à tourner avec ces deux filles, avec Jean Dujardin et Gilles Lellouche dans cette chambre d’hôtel, c’était fun. Les filles étaient plus à l’aise qu’eux, eux ils étaient morts de peur, ils étaient super gênés. Une fois la gêne passée, on s’est marré, c’est que de l’impro, vous êtes spectateur, les mecs sont des génies en comédie. Pourquoi pas faire une comédie. Il faudra qu’on se revoit une fois que j’aurais digéré Mea Culpa.

Merci à Cinefriends, Tétronine et Gaumont

N’oubliez pas de jeter un œil à ma critique du film.

Retrouvez le compte rendu de la rencontre avec les acteurs principaux, Gilles Lellouche et Vincent Lindon.

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Miss Bobby_Mea_CulpaOn ne va pas se mentir, les polars, à la base, ce n’est pas du tout mon truc. Quand je vais au cinéma, je ne me dirige pas naturellement vers ce genre. Là, on m’avait dit (et quand je dis « on », c’est toujours le même : le seul et l’eunuque l’unique, Cliff) : « il a de bons retours, essaie ». Bon, ok ! Eh bien j’ai eu raison de l’écouter pour une fois. C’était vachement bien. Il y a des réalisateurs français de polars qui n’hésitent pas à sortir de leur zone de confort et qui le font bien, Fred Cavayé en fait partie. Le scénario ne s’envole pas, mais il a le mérite d’évoluer. Le plus intéressant se trouve au niveau de la réalisation et surtout de l’action. Cavayé s’est fait plaisir en nous faisant plaisir (voilà un homme qui a tout compris) : les scènes d’action sont assumées jusqu’au bout, travaillées avec minutie, et surtout, elle durent. Quand il n’y en a plus, il y en a encore renforçant la tension et le suspense. Ça m’a coupé le souffle.

J’ai un regret qui a été compensé par une scène, j’ai manqué d’empathie pour les personnages, les émotions semblaient surjouées parfois. Néanmoins, Vincent Lindon qui fait passer tout un un tas d’émotions d’un simple regard (pour ne pas trop en dévoiler, la scène où ils sont tous les trois dans le train) m’a vraiment troublée. Quelle sensibilité transmise sans un mot ! Superbe.

Ma critique est plutôt courte, mais elle dit l’essentiel à savoir un film qui se donne les moyens de faire les choses, surtout lorsqu’on a cette mauvaise popularité d’être estampillé français, un film d’action qui n’a pas peur d’aller côtoyer le modèle américain et qui réussit haut la main. A quand d’autres réalisateurs français audacieux ?

Restez connecté, très rapidement, je vous posterai l’interview de Fred Cavayé, puis suivra celle de Vincent Lindon et Gilles Lellouche. J’ai préféré tout séparer, car les propos sont assez denses. 

Sortie en salles le 05 février

Je vous rappelle qu’un concours pour gagner 5×2 places est en ligne jusqu’au 13 février.

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Une fois n’est pas coutume, je vous propose de gagner des places pour un très bon polar français : Mea Culpa.

Je vais faire les choses un peu dans le désordre : d’abord le concours, puis viendra très rapidement la critique avec le compte rendu de la rencontre (histoire d’éveiller votre curiosité : c’était passionnant).

Synopsis

Flics sur Toulon, Simon et Franck fêtent la fin d’une mission. De retour vers chez eux, ils percutent une voiture. Bilan : deux victimes dont un enfant. Franck est indemne. Simon, qui était au volant et alcoolisé, sort grièvement blessé . Il va tout perdre. Sa vie de famille. Son job de flic. Six ans plus tard, divorcé de sa femme Alice, Simon est devenu convoyeur de fonds et peine à tenir son rôle de père auprès de son fils Théo qui a désormais 9 ans. Franck, toujours flic, veille à distance sur lui. Lors d’une corrida, le petit Théo va être malgré lui le témoin d’un règlement de compte mafieux. Très vite, il fera l’objet de menaces. Simon va tout faire pour protéger son fils et retrouver ses poursuivants. Le duo avec Franck va au même moment se recomposer. Mais ce sera aussi pour eux l’occasion de revenir sur les zones d’ombre de leur passé commun. 

Un film de Fred Cavayé, avec Vincent Lindon, Gilles Lellouche, Nadine Labaki et Max Baissette de Malglaive

Sortie en salles le 05 février.

Je vous propose de gagner 5×2 places pour Mea Culpa. Vous avez jusqu’au 13 février pour tenter votre chance.

LES PARTICIPATIONS PAR COMMENTAIRE NE SERONT PAS ACCEPTÉES.

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