Vous vous souvenez tous de cette affreuse erreur judiciaire, une des plus grosses en France : l’affaire d’Outreau?
Deux couples avaient accusé quatorze personnes de pédophilie. Tout le monde est allé en prison, sans preuves et sans moyen de prouver son innocence. Toutes ces vies brisées.

Présumé Coupable reprend l’histoire d’Alain Marécaux, l’huissier accusé à tort dans cette affaire. En prison, il a écrit un livre « Chronique de mon erreur judiciaire« .
Suite à la lecture de cet ouvrage, Vincent Garenq s’est lancé dans la réalisation de ce film retraçant la descente en enfer de cet innocent.

Je n’ai pas envie de faire de chichis concernant mon appréciation. Je veux vous livrer mon ressenti brut.

Présumé Coupable est bouleversant, émouvant, brillant. Ce film est une pure réussite. Il n’y a aucune faute de goût, aucune lenteur, longueur. Le réalisme est tel que nous oublions totalement l’aspect filmique et que ce sont bel et bien des acteurs qui jouent. On frôle le documentaire sans jamais y tomber.

D’un point de vue scénaristique, le réalisateur n’a rien enjolivé ou imaginé. Il a travaillé en étroite collaboration avec Alain Marécaux pour avoir une retranscription réelle et fidèle des faits en évitant de partir dans le fictif.

L’histoire est troublante. Dès le début, nous avons envie de pleurer (pour ma part. Je me suis retenue pendant tout le film, avec plus ou moins de succès) et nous sommes mis au parfum en nous annonçant « ne vous y méprenez pas. Vous allez découvrir une partie de la vie de cet homme. Accrochez-vous. Vous n’en ressortirez pas indemnes ». Et effectivement, il faut du temps pour s’en remettre une fois la fin passée. Nous avons tellement d’empathie, nous souffrons pour lui, nous voulons l’aider, le soutenir et nous ne pouvons pas, car nous nous rendons compte de notre statut, à savoir de simples spectateurs. Nous nous mettons à la place de sa famille, impuissante face à une justice qui n’en est plus une. C’est révoltant. On pleure, on est en colère et on se dit « comment une telle chose a pu arriver? ».

Le jeu des acteurs est sublime. Nous retrouvons un Philippe Torreton jouant une partition magistrale. La ressemblance physique est frappante. Il ne verse jamais dans le surjeu ou dans la caricature. Raphaël Ferret qui interprête le juge Burgaud joue tellement bien qu’il en est haïssable au plus haut point.

On ne ressort pas indifférent de ce film. Il fait réfléchir sur notre condition, celle de cet homme qui essaie de se reconstruire à l’heure actuelle. On espère qu’une telle erreur ne se reproduira pas. Que non seulement, la justice n’a pas fait son travail, mais les journalistes non plus. On ne peut malheureusement rien faire et nous ne pouvons espérer qu’Alain Marécaux finisse un jour par être en paix (s’il est toutefois possible d’atteindre cette paix, après avoir eu sa vie brisée).

Présumé Coupable est un film plus que recommandable ou conseillable. C’est une nécessité.

 

PS : la suite très vite avec la rencontre de l’équipe qui aura lieu mardi.

 

11 juin 2011