Le grand bain

Grand plongeon réussi !

Le grand bainGilles Lellouche a sorti son plus beau maillot pour faire un très beau plongeon dans Le Grand Bain. Et quel plongeon ! 9/10 ! Très belle performance, très belle réalisation, une entrée dans l’eau fine et sans éclaboussures. Du sport de haut niveau.

L’acteur n’est pas à son premier coup d’essai puisqu’il avait co-réalisé Narco avec Tristan Aurouet et avait participé à la réalisation d’un sketch des Infidèles. Mais là, c’est tout seul comme un grand qu’il s’est jeté à l’eau.  Je ne sais pas s’il faut lui dire merci ou chapeau, je propose les deux, pas de jaloux.

Le Grand Bain est l’histoire d’un groupe d’hommes qui font de la natation synchronisée et qui décide un jour de participer au championnat. Dit comme ça, cela peut paraître ridicule. Sauf que pas du tout. On suit ces hommes lambda, ces hommes cassés, fêlés, fatigués, dépressifs, voire un peu ratés, ces hommes qui sont passés à côté de leurs rêves et qui se sont perdus. Ces hommes qui vont trouver un refuge dans la natation synchronisée, en laissant de côté les préjugés sur la connotation très féminine de ce sport. On les a tous croisés ces hommes : ceux profondément blessés, terriblement sensibles, qui sous leur caractère bien trempé imprégné dans leur carapace se cache des hommes tous doux. Et Lellouche expose une très belle palette : Benoit Poelvoorde et son argent, Philippe Katerine grandiloquent d’excentricité et de douceur, Guillaume Canet chef d’entreprise, Jean-Hugues Anglade qui aurait voulu être un grand artiste, Mathieu Almaric bourré aux cocktails médicamenteux. Petit reproche : ne pas avoir plus développé les histoires de Felix Moati ainsi que d’Alban Ivanov et avoir relégué l’acteur Thamilchelvan Balasingham à un simple gag redondant pas utile.

Le reste, c’est du pur bonheur. Le Grand Bain n’est pas qu’une ode à l’homme éraflé, c’est aussi une belle exposition de femmes toutes aussi blessées par la vie, magistralement interprétées par Virginie Efira (j’aime toujours ce qu’elle dégage à l’écran) et Leïla Bekhti qui joue un rôle complètement à contre-emploi particulièrement drôle.

Gille Lellouche donne à son Grand Bain une piscine d’humour qui cache en sa profondeur beaucoup de sensibilité, sorte de petite chose fragile et forte à la fois. C’est aussi une réalisation travaillée et une très belle photographie. Il y a une vraie recherche de plans, pas prétentieux pour un sou.

Un grand oui, un grand film, une grande réussite.

Sortie en salles le 24 Octobre 2018.

by Miss Bobby
Le sens de la fête_film

Le sens de la fêteToujours avides d’originalité, le duo de réalisateurs Olivier Nakache et Eric Toledano reviennent avec leur nouveau film, Le Sens de la Fête qui, pour une fois, vous montrera l’envers/l’enfer du décor d’un mariage, par les yeux du traiteur et de son équipe. Le duo a réussi à se faire une place de choix dans le panorama des comédies françaises avec des films sensibles, toujours bien écrits et jouant sur la finesse.

Entrez dans le monde mystérieux des traiteurs, vous savez, ceux que l’on attend avec beaucoup d’impatience lors des événements, qui vont embellir votre soirée/fête en remplissant comme il se doit votre estomac et par conséquent, marquera en grosse partir la réussite – ou non – de ce moment festif. Parce qu’en vrai, on est tous venus pour manger et boire à l’œil, non ?! Nous suivons le chef Bacri entouré de sa belle brigade pendant une journée, du matin jusqu’au le lendemain dans les préparatifs d’un mariage en passant par l’exécution. Un beau portrait d’un métier de l’événementiel qui pourrait presque refroidir le premier novice/naïf venu voulant se lancer dans l’aventure. Parce que bon, quand on est invité, généralement tout se passe bien : les serveurs sont à disposition, on ne manque de rien pour remplir notre gosier, tout va pour le mieux. Mais derrière, cela ne se fait pas tout seul en un claquement doigt ! Le Sens de la fête nous fait une sorte de fiche métier très détaillée :

  1. Le client est roi : toujours l’écouter, lui faire plaisir, répondre à ses demandes, même les plus extravagantes ou celles de dernière minute et surtout, essayer de ne pas l’étrangler. Calme.
  2. Gérer son équipe : les retardataires, les absents qu’il faut remplacer au pied levé, les incompétents, les lents, les têtes en l’air, les égocentriques, les mésententes, et toujours essayer de ne pas en prendre un pour taper sur l’autre. Zen.
  3.  Faire face aux imprévus : un plat raté, un aliment avarié, un problème technique et tout fout le camp ma bonne dame ! Il faut donc être réactif, inventif et sortir le plan de secours. On garde son sang froid.
  4. Avoir de l’humour, beaucoup d’humour, quitte à ce que ça vire au cynisme comme Max (Jean-Pierre Bacri), ce n’est pas grave, c’est une manière subtile de se défouler.
  5. En cas d’extrême urgence : jetez l’éponge si vous êtes entouré d’incompétents finis !

Le rôle de « chef d’orchestre » va comme un gant à Bacri qui vous fera mourir de rire par ses répliques blasées. Vous rirez encore plus avec l’ignorance inouïe de Samy (Alban Ivanov) – les professionnels ayant déjà rencontré ce genre de spécimen rigoleront peut-être moins, vaut mieux l’avoir dans un film que dans sa brigade. Attendez, ça ne s’arrête pas là avec le kéké de service, joué par Gilles Lellouche, Mister DJ comme disait Madonna. Et plein d’autres encore (le casse-pied Benjamin Laverhne, Vincent Macaigne qui sort un peu de son registre d’homme « passible », Jean-Paul Rouve qui collabore pour la troisième fois avec les réalisateurs) !

Le Sens de la Fête est une très bonne comédie, sur un sujet original, jonglant entre un humour subtil et un peu pataud (mais ça fonctionne très bien) avec une belle équipe de bras cassés.

Sortie en salles le 04 Octobre 2017.

by Miss Bobby
rock n roll_film

rock n roll_film Si je vous dis Rock N’Roll attitude, ça vous fait penser à qui ? A notre bon vieux Johnny Hallyday national ! Eh bien là, pas du tout, quoi que, il a un petit rôle dans le film. Donc on n’est pas si loin. Pour ceux qui ont vu Rock N Roll ou qui vont le voir, il y a deux catégories de personnes : ceux qui vont le trouver pompeux et nombriliste, et les autres. C’est vrai qu’à première vue, un acteur-réalisateur qui fait un film sur lui-même, qui fait aussi jouer sa partenaire, ça peut paraître un poil égocentrique, pour ne pas dire beaucoup. Et pourtant !

Je ne porte pas Guillaume Canet dans mon cœur, ce n’est ni un réalisateur, ni un acteur de génie qui déchaîne les passions et les émotions. Et pour une fois, je trouve qu’avec Rock N Roll il s’octroie un certain culot que peu aurait osé. Là où certains voit du narcissisme et un ego surdimensionné, je vois dans le nouveau film de Canet un portrait sincère du personnage/de l’homme, pas très flatteur. L’acteur n’hésite pas à utiliser le second degré et l’autodérision sur sa personne, peignant un tableau réaliste sur sa condition de quarantenaire au cinéma et dans sa vie. Il l’admet difficilement, il est moins séduisant qu’avant (bon, moi je ne l’ai jamais trouvé mignon), il est casé à une actrice ultra connue ayant le vent en poupe, père de famille, un brin pantouflard sur les bords. Il n’envoie pas du rêve le père Canet, il n’émoustille plus la midinette, en fait, il n’est pas très rock n’roll. Voilà tout le propos du film.

Le premier a en prendre relativement pour son grade, c’est bien sûr lui, mais pas que, il lance sa bien aimée oscarisée Marion Cotillard dans le mur de la dérision, faisant d’elle une actrice qui cherche des rôles à Oscar, la réduisant – sous le ton de l’humour – à une machine obsédée et prête à tout pour son travail. En exploitant l’image de sa femme comme tel, il la casse, la rendant humaine et accessible. C’est d’ailleurs un point très réussi du film, Guillaume Canet invite le public à rentrer dans l’intimité du couple, même si celui-ci est magnifié, il n’en reste pas moins que l’on y croit : loin du glamour, le couple Canet – Cotillard est un couple comme tous les autres, avec ses habitudes, ses disputes et son quotidien. Et puis, à côté de ça, Canet se met en scène, dans ce qu’il a de plus simple, l’homme de 40 ans qui vieillit, avec ses doutes sur sa carrière, mais surtout sur son image. Il le fait avec beaucoup d’humour, n’hésitant pas à se ridiculiser, à se mettre en danger en se donnant en spectacle.

Rock N Roll est une comédie sur l’autodérision, les doutes, qui parlera à tout le monde, qui fait entrer dans l’intimité des personnalités du cinéma en cassant cette barrière entre « mythe » et réalité. C’est fin, drôle, osé, le sujet est intéressant, et c’est un joli pied de nez à tous les tabloïds qui cherchent de l’exclusivité en s’immisçant dans la vie des stars et titillant notre côté voyeuriste. Le réalisateur nous offre sa vie en pâture et nous nous en régalons sans la moindre culpabilité !

Sortie en salles le 15 Février 2017.

http://www.imdb.com/title/tt5351818/?ref_=fn_al_tt_8

by Miss Bobby
Miss Bobby_Vice Versa

Miss Bobby_Vice Versa J’avais un peu peur à la lecture du pitch de Vice Versa, comment faire un film d’animation centré sur les émotions présentes dans le cerveau d’une jeune adolescente pubère ? Pari gonflé. Néanmoins, tout le monde s’accordera à dire que c’est une réussite.

Une vraie prouesse que de vous faire réfléchir durant le film en vous faisant poser des questions sur vos propres émotions et vos réactions cérébrales. Il vous arrivera sans doute de décrocher quelques secondes pour faire la corrélation entre ce qui se passe à l’écran et votre cerveau. C’est là que je me suis dit que l’imagination des créateurs était débordante pour réussir à imager des sensations et des réactions non palpables, comme la création de souvenirs, l’abstraction, le déjà-vu, etc.

Vice Versa, pour ne pas perdre le spectateur, crée des ponts entre les émotions cognitives (?) et le résultat externe sur la jeune fille. Sinon, nous aurions été vite perdus. Mais le film ne s’arrête pas là : si le sujet aurait pu être ennuyeux ou tourner très vite en rond, Vice Versa a su faire ressortir beaucoup d’émotions et de franches rigolades.

Je sais que je manque d’arguments sur ce film, alors que je l’ai beaucoup aimé, comme tout le monde. Encore une facétie de mon cerveau. Qu’est-ce qui se passe quand l’inspiration manque à l’appel ? Les cinq émotions sont en panique et se creusent les méninges (ou les miennes) pour trouver une idée ?

Les créateurs de Là-Haut nous sortent avec Vice Versa un petit bijou d’originalité et de créativité.

Sortie en salles le 17 juin.

by Miss Bobby
Miss Bobby_La French_Blu-Ray

Miss Bobby_La French_Blu-Ray Ce qui est bien avec le cinéma, c’est que si vous n’êtes pas au fait de l’actualité (qu’elle soit actuelle ou passée), elle peut vous rafraîchir la mémoire ou vous en apprendre un bon paquet sur ce que vous auriez loupé à l’époque. Pour ma part, c’est ce qui s’est passé avec le film La French. Je ne connaissais rien sur la French Connection, ni sur le juge Pierre Michel. Eh bien merci !

Ça se passe dans les années 70 et la French Connection fait rage à Marseille : les corps tombent comme des mouches, les rivalités explosent et la poudreuse envahit le monde entier. Vous n’avez pas le choix, vous faites partie du business ou vous vous retrouvez dans le vieux port de Marseille à nourrir les poissons.

Gaumont a eu l’idée de nous plonger directement à cette époque en ressortant leur vieux logo des cartons. Le ton est donné, bienvenue en 1975 ! Tout y est : voitures, décoration d’intérieur, costumes, musique, cigarettes à n’en plus finir, on s’y croirait tellement c’est bien fait.

Cédric Jimenez a choisi deux icones actuelles du cinéma, deux potes : Jean Dujardin et Gilles Lellouche. Le premier incarne le juge, sans être brillant, laissant parfois ressortir des mimiques à la Dujardin, cassant son jeu qui aurait pu être bien meilleur. Le deuxième revêt l’habit du malfrat Zampa avec brio : la froideur, la colère interne, le côté énigmatique rendent le personnage stressant, vraie cocotte minute prête à exploser à tout moment, laissant le spectateur sur le qui-vive à l’affût du moindre geste annonciateur du pire. Lellouche vieillit, Lellouche mûrit, Lellouche devient de plus en plus talentueux. Il en crève l’écran dans un face à face avec Dujardin de toute beauté, laissant presque l’acteur oscarisé au second plan.

La French souffre parfois de quelques longueurs, mais rien de bien méchant. Je regrette encore le choix du comédien Cyril Lecomte, qui décidément, n’arrive jamais à me convaincre par son jeu d’acteur. Petite fausse note également avec Benoît Magimel, pas spécialement concluant.

Même si vous connaissez déjà l’histoire du juge Michel et de la French, ce film vaut le coup de se déplacer en salles pour le remarquable travail effectué et pour un duo d’acteurs qui sait aussi jouer autre chose que de la comédie lorsqu’ils sont ensemble.

Miss Bobby_La French_Blu-Ray

Bonus :

– Le making of (53 minutes) : Making of très complet qui retrace aussi bien le gros travail de reconstitution sur les années 70, que le casting, la direction des acteurs, les décors, les méthodes employées pour la réalisation (notamment les choix artistiques), interventions des acteurs sur leur personnage. Très intéressant.

– Scènes coupées (7 minutes) : 7 scènes

– Bande-annonce

Sortie en vidéo le 03 avril.

by Miss Bobby
Miss Bobby_La_French

Miss Bobby_La_French Ce qui est bien avec le cinéma, c’est que si vous n’êtes pas au fait de l’actualité (qu’elle soit actuelle ou passée), elle peut vous rafraîchir la mémoire ou vous en apprendre un bon paquet sur ce que vous auriez loupé à l’époque. Pour ma part, c’est ce qui s’est passé avec le film La French. Je ne connaissais rien sur la French Connection, ni sur le juge Pierre Michel. Eh bien merci !

Ça se passe dans les années 70 et la French Connection fait rage à Marseille : les corps tombent comme des mouches, les rivalités explosent et la poudreuse envahit le monde entier. Vous n’avez pas le choix, vous faites partie du business ou vous vous retrouvez dans le vieux port de Marseille à nourrir les poissons.

Gaumont a eu l’idée de nous plonger directement à cette époque en ressortant leur vieux logo des cartons. Le ton est donné, bienvenue en 1975 ! Tout y est : voitures, décoration d’intérieur, costumes, musique, cigarettes à n’en plus finir, on s’y croirait tellement c’est bien fait.

Cédric Jimenez a choisi deux icones actuelles du cinéma, deux potes : Jean Dujardin et Gilles Lellouche. Le premier incarne le juge, sans être brillant, laissant parfois ressortir des mimiques à la Dujardin, cassant son jeu qui aurait pu être bien meilleur. Le deuxième revêt l’habit du malfrat Zampa avec brio : la froideur, la colère interne, le côté énigmatique rendent le personnage stressant, vraie cocotte minute prête à exploser à tout moment, laissant le spectateur sur le qui-vive à l’affût du moindre geste annonciateur du pire. Lellouche vieillit, Lellouche mûrit, Lellouche devient de plus en plus talentueux. Il en crève l’écran dans un face à face avec Dujardin de toute beauté, laissant presque l’acteur oscarisé au second plan.

La French souffre parfois de quelques longueurs, mais rien de bien méchant. Je regrette encore le choix du comédien Cyril Lecomte, qui décidément, n’arrive jamais à me convaincre par son jeu d’acteur. Petite fausse note également avec Benoît Magimel, pas spécialement concluant.

Même si vous connaissez déjà l’histoire du juge Michel et de la French, ce film vaut le coup de se déplacer en salles pour le remarquable travail effectué et pour un duo d’acteurs qui sait aussi jouer autre chose que de la comédie lorsqu’ils sont ensemble.

Sortie en salles le 03 décembre.

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Miss Bobby_La_French

Miss Bobby_La_French_concours Pour la sortie le 03 décembre de La French (en rapport avec la French Connection, à ne pas confondre avec la French Touch, qui est le mouvement électro français à l’international), je vous propose un nouveau concours pour gagner 5×2 places.

Synopsis

Marseille. 1975. Pierre Michel, jeune magistrat venu de Metz avec femme et enfants, est nommé juge du grand banditisme. Il décide de s’attaquer à la French Connection, organisation mafieuse qui exporte l’héroïne dans le monde entier. N’écoutant aucune mise en garde, le juge Michel part seul en croisade contre Gaëtan Zampa, figure emblématique du milieu et parrain intouchable. Mais il va rapidement comprendre que, pour obtenir des résultats, il doit changer ses méthodes.

Afin de gagner l’une de ces invitations, il vous suffit de répondre aux questions qui suivent en vous aidant de la bande-annonce. Vous avez jusqu’au 1er décembre pour tenter votre chance.

LES PARTICIPATIONS PAR COMMENTAIRE NE SERONT PAS ACCEPTÉES.

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by Miss Bobby
Miss Bobby_Lellouche-Lindon

J’ai eu la chance parmi quelques blogueurs de rencontrer les deux acteurs principaux de Mea Culpa, Gilles Lellouche et Vincent Lindon qui se sont prêtés au jeu des questions avec beaucoup de sensibilité et de passion.

Par rapport à votre scène d’introduction, comment se prépare-t-on à tourner une telle scène sachant que c’est dans un espace ultra restreint ? Est-ce qu’il y a de la place pour la comédie au détriment de l’action ?

Gilles Lellouche : Dans l’ordre, pour se préparer à ce genre de scène, c’est ni plus, ni moins comme quand on prépare j’imagine un ballet, une danse, c’est une chorégraphie. On a un coach, des cascadeurs avec lesquels on réfléchit à la meilleure manière de faire la scène, à  la faisabilité. Eux ils ont une espèce de scène idéale dans la tête qu’ils ont mise au point avec Fred (Cavayé) et après on répète dans une voiture, on découpe en segments la séquence. On voit ce qui est jouable, ce qui n’est pas jouable, ce qui est visuel, ce qui ne l’est pas. Il y a vraiment un rapport esthétique aux choses dans le film de Fred, on regardait selon les angles, les axes ce qui était le plus payant. Ensuite c’est des répétitions encore, encore et encore. En fait, c’est l’art de tricher, on se frôle, on passe à un centimètre, on essaie de parer les choses. Et c’est assez grisant, car c’est assez rare en France d’avoir ce genre de scène, moi personnellement, j’en avais jamais eu. C’est grisant, parce que ça file un peu la trouille, faut être honnête, parce qu’on sait qu’un geste raté, c’est un coup porté. C’est de la répétition, de la répétition, de la répétition. En ce qui concerne la comédie, il n’y a pas de comédie, il n’y a que du physique. En ce qui concerne la comédie dans ce genre de scène, la comédie est itinérante au physique, c’est un mélange des deux, on joue avec son corps et pas avec sa tête.

Avant de tourner ensemble dans ce film, vous connaissiez-vous ?

Vincent Lindon : Je savais que Gilles Lellouche existait déjà ! Oui, on se connaissait un petit peu, on s’était croisé à quelques reprises et on s’était bien apprécié. En fait, on s’est anormalement pas rencontré dans la vie pour deux personnes qui ont été amenées souvent à être dans des endroits similaires. On s’est croisé au cour Florent pour la première fois où j’étais venu faire une masterclass et où Gilles était élève. Lui connaissait mon existence et moi pas encore. Il était un élève. Il y en a un sur 100 000 qui perce, à peu près, c’était lui, mais moi je ne le savais pas encore, parce qu’il n’avait pas encore percé. Et après on s’est repéré comme des gens se repèrent et qui se voient 10-15 secondes. Je me souviens d’un jour qui m’a beaucoup marqué. Il était en scooter au coin de la rue Jacob et moi je traversais la rue Bonaparte, et lui venait d’être papa. On a eu une discussion le temps que le rouge passe au vert et le vert passe au rouge, c’était extrêmement bien veillant. C’était un très beau moment qui a duré rien du tout et puis les scooters sont partis. Puis on s’est recroisé une ou deux fois, puis après on a pris un verre dans un café pour un projet qu’on avait ensemble et qu’on n’a pas fait. Puis après on s’est croisé 2-3 fois dans des cafés ou dans des restaurants, et on s’est vraiment vu pour la première fois à la préparation du film. Mais on se cherchait, on s’admirait, on était intrigué l’un par l’autre. Je crois qu’on reconnait les gens, sans les reconnaître, qui ont une démarche assez semblable de la vôtre, une énergie par exemple. Moi très vite je cherche des choses chez les gens. Il y a ceux qui sont énergiques et ceux qui ne le sont pas, je vais très souvent vers les gens énergiques, et j’aime bien aller vers les décideurs, ceux qui prennent leur destin en mains, ce qui est le cas de Gilles. J’aime bien aller vers des hommes, des carrures, pas des demies portions, ce qui est le cas de Gilles aussi. Et j’aime bien aller vers les grandes gueules, ce qui disent ce qu’ils pensent, qui n’envoient pas faire dire ce qu’ils ont à dire, ce qui est le cas de Gilles aussi. J’aime bien les gens qui se démarquent, qui ont des idées, qui peuvent de temps en temps assumer de croire qu’ils vont avoir raison contre tous, même si ce n’est pas toujours le cas, ce qui est le cas de Gilles aussi. C’est une sorte de deuxième bel emmerdeur magnifique. L’air de rien.

G.L. : Plus discret, plus planqué.

V.L. : Oui, parce que j’étais là, mais sur le prochain film, tu vas être Vincent et t’auras un Gilles. C’est notre métier de repérer les choses, de très vite faire des scanners des situations, des métiers, de choper très vites les gestes des gens. On a une sorte de machine cérébrale qui ingurgite et qui enregistre les mouvements, les façons dont les gens se meuvent dans la vie, on aura peut-être à les réutiliser pour jouer un barman, un taxi, un boucher, donc on voit aussi les gens qu’on croise, on chope des choses, un peu comme les gens qui font des imitations. Les 3-4 petites choses qui font qu’on sait si on a des atomes crochus avec quelqu’un. Voilà pourquoi les acteurs se connaissent si vite un tout petit peu, mais savent s’ils sont attirés ou pas. Hein, c’est ça ?

G.L. : Oui, absolument.

Miss Bobby_Mea_Culpa

Aviez-vous déjà l’envie de travailler ensemble avant ce film ?

G.L. : En ce qui me concerne, beaucoup. J’avais très envie de travailler avec Vincent. Je vais pouvoir raccorder les wagons sur ce qu’il a dit tout à l’heure. Moi, quand j’étais au cours Florent, on avait beaucoup de masterclass et pour être très honnête, je m’en foutais complètement, et je m’en foutais complètement de ceux qui venaient les faire avec cette présomption, cette prétention idiote qu’on a à 20 ans. Le seul que je ne voulais pas rater, c’était Vincent, parce que j’aimais l’acteur et parce que j’aimais son discours. Vraiment je buvais ses paroles. Il m’avait faire rire, il avait dit : « toute façon je suis en train de vous donner des conseils et il y en a 1 sur 100 qui se dit : « donne-moi tes conseils, j’en ai rien à foutre de tes conseils moi ! Dans deux ans je serai au top ! »». Il y en avait un qui n’en avait rien à foutre, c’était moi ! (rires) Et ça m’a parlé, ça m’a fait rire. Et je me suis dit que certainement lui avait pensé la mêmes chose, 5 ou 6 ans auparavant. Donc j’ai toujours une forme d’admiration pour son discours que je trouve très honnête, très intègre et très différent de la langue de bois habituelle et usuelle de tous les artistes qui ont peur de se couper d’une certaine partie de leur public. Lui s’en fout et je pense que quand tu t’en fous, finalement c’est là que t’es plus fort. Non seulement il y a un discours, mais il y a aussi un choix, une direction dans la carrière. J’ai toujours observé Vincent, c’est pour ça que j’ai toujours eu envie de tourner avec lui, j’ai vu à quel point il a sacrifié même à un moment donné. Par exemple, il y a Patrick Bruel et Etienne Daho, eh bien lui a choisi le camp d’Etienne Daho, c’est-à-dire qu’au sacrifice d’un cinéma très populaire, et populaire il l’est, il s’est servi de sa popularité pour aller vers des choses belles, élégantes, pointues et nobles. Ce qui est très rare et ce qui est pour moi un exemple à suivre. Et donc quand j’ai eu l’opportunité de pouvoir tourner avec Vincent, j’étais comme un fou.

V.L. : Moi j’avais aussi très envie de tourner avec Gilles et j’ai très envie de retourner avec Gilles, ah mais oui c’est le plus important, ce n’est pas tout de tourner encore faut-il après laisser une trace qui donne envie de se retrouver. Dans la vie, il n’y a pas de problème, mais au cinéma, c’est ça qui est aussi très important. Aujourd’hui, c’est qu’il faut trouver le terrain pour faire ça et c’est ce qu’il vient d’expliquer. Il ne faudrait pas qu’on tombe là-dedans et on ne tombera pas là-dedans, parce qu’avant j’aurais été garant tout seul, mais maintenant il est aussi fort que moi pour ça. Il faut savoir refuser quelques fois, peut-être qu’on va nous envoyer 5-6-7-10-15 projets sur les 5 années qui vont suivre, il faudra absolument résister contre l’agrément de la retrouvaille qui sera peut-être inférieur aux désagréments du résultat de quelque chose dont on se sera auto persuadé que c’est bien juste pour se retrouver, alors que ce n’est pas le cas. Il faut une base, il faut un bon scénario, parce que c’est avec de beaux projets qu’on fait de beaux mariages et que les gens s’entendent bien. Si la base n’est pas juste et que c’est juste une excuse pour se retrouver, on croit qu’on est content et quelques fois on s’en veut même. Comme on ne peut pas s’en vouloir à soi-même, c’est à l’autre qu’on en veut. Et inversement. C’est comme ça qu’arrive des disputes dans les couples ou dans l’amitié ou dans des fâcheries. C’est quand deux personnes qui s’aiment partent sur un mauvais coup. Les gens que j’admire, qui me plaisent dans le métier – dont tu fais partie – je ne veux pas être un mauvais souvenir pour eux. Je ne veux pas que dans leur biographie, quand ils sont là tout seul, quand l’envie leur prend ou quand ils sont en vacances, qu’ils se baladent, on a des heures tout d’un coup, qu’on retrace ce qu’on a fait, on se dit : « je sers à quoi ? Où je suis ? D’où je pars ? Où je vais ? Où je suis en ce moment ? D’où je viens ? », je n’aime pas dans le cerveau de la personne qu’elle pense : « ah oui, il y a juste l’anicroche, un petit écart de parcours » et là, hop, il y a ma tête ou mon nom qui arrive. Je veux être un bon souvenir. Pas forcément par un succès, car je ne suis pas intéressé par les entrées. Si on me les donne, je suis ravi, mais ce n’est pas ça. Je préférerais toujours me coucher le soir avec un film qui a été un échec et au moins je peux dire tout simplement : « mais ce n’est pas grave, moi je l’ai fait et je vous emmerde », parce que moi je continue à l’aimer. Plutôt que d’avoir fait un succès qu’on m’aurait soufflé, auquel je n’aurais pas pensé tout seul et après je me couche le soir et je me fais : « mais si vous me l’aviez pas dit, je ne l’aurais pas su ». Et le pire étant éventuellement le choix qu’on ne voulait pas faire et en plus ça ne marche pas. C’est des choses on met très longtemps à s’en remettre et quand je dis longtemps, c’est très très longtemps, ça peut prendre des années. Ce n’est pas toute la journée, mais c’est en filigrane. Ça revient et on est son propre attaquant. Les artistes sont très très durs avec eux-mêmes, ceux qui ont une conscience. Très violents, très durs. On ne se fait jamais de cadeaux. C’est pour ça qu’on souffre autant. Pour ça qu’on a des plaies aussi grandes, c’est parce qu’on s’occupe bien de notre cas ou l’inconscient s’occupe bien de nous-mêmes. Une mauvaise décision n’a pas beaucoup de différences avec une bonne décision. Mais trente mauvaises décisions, ça fait une carrière pas terrible et trente bonnes décisions, même si elles sont entachées, ça fait une belle carrière. Et c’est pareil dans la moralité des hommes : trente petites lâchetés, on devient un gros lâche et trente petits actes de courage et on devient quelqu’un qui a été courageux. Il faut voir plus loin. Gilles le sait, et moi aussi, on a fait des erreurs et on les revendique surtout, c’est formidable. En soi, c’est rien, mais si on en fait une, immédiatement on ouvre une valve qui donne encore plus de possibilités de la refaire. En fait, il ne faut jamais céder. Si tu trahis une fois, tu peux trahir vingt fois. Il faut essayer de ne pas le faire du tout, mais c’est très compliqué, car il y a de moins en moins de films, donc il y a de moins en moins de beaux films, il y a de plus en plus d’acteurs, il y a de plus en plus d’affiches, il y a de plus en plus de bandes-annonces, il y a de plus en plus de cinémas, il y a de plus en plus de complexes, de cinémas qui ouvrent. Il y a l’angoisse toujours de gâcher la proie pour l’ombre, mais la proie n’est pas si belle des fois et l’ombre n’est pas sûre d’arriver et si elle arrive et qu’elle est belle, c’est formidable, on se dit : « j’ai eu raison de laisser passer le coup d’avant ». C’est dans tous les métiers pareil. Il y a des erreurs très excusables, mais faut qu’elles soient revendiquées. Un acteur qui me dirait : « écoute Vincent, j’ai fait ce film un jour, je ne l’aimais pas, je ne voulais pas le faire, mais je l’ai fait, car je dois donner manger à mes enfants ». Tout d’un coup il devient encore plus courageux qu’un mec qui ne fait que des bons choix. Chapeau ! Il a accepté la possibilité d’être éventuellement ridicule dans un truc qui n’est pas bien, mais il sait pourquoi au départ et il le dit. C’est beau.

G.L. : Rien à ajouter.

Miss Bobby_Lellouche-Lindon

Donc pour le coup l’élément déclencheur pour faire Mea culpa ? C’était quoi ? Le script ? Les retrouvailles avec Fred Cavayé ? Le fait de tourner ensemble ? Tout cela à la fois ?

G.L. : Exactement. En premier lieu, c’est toujours évidemment le script, ce script en particulier, parce que c’est Fred qui le réalise. Réalisé par un autre, je ne suis pas sûre d’y aller franchement. Au même titre que quand j’avais accepté A bout portant, je l’ai accepté, parce que j’ai lu le script et je me suis dit : « où il va ce scénario ? Qu’est-ce qu’il me raconte ? Comment on peut prendre d’assaut 36 quai des Orfèvres à deux ? Il est complètement zinzin, il a complètement perdu le sens des réalités ! ». Et donc j’ai vu Pour Elle, que je n’avais pas vu. Je vois l’articulation du scénar et tout d’un coup, quand le film part, c’est-à-dire à la dernière demi-heure, quand il y a cette espèce de dernière demi-heure d’action hallucinante, je reste assis sur mon fauteuil, scotché. Je me dis d’accord, évidemment, parce qu’il a ce sens-là. Donc j’ai fait A bout portant et j’ai eu raison. Au même moment, je me souviens, on m’avait proposé La Proie, et j’ai choisi A bout portant au lieu de La Proie, parce que j’avais vu Pour Elle et ça m’a rassuré. Vraiment. Après avoir vu Pour Elle, après avoir fait A bout portant, ça m’a donné le courage, l’audace et l’envie de faire celui-là, qui aussi est un scénario, réalisé par un autre, peut être complètement ridicule. Il faut un technicien hors pair, il faut quelqu’un qui maîtrise son outil sur le bout des ongles, ce qui est son cas et de plus en plus, il a pris une espèce de maturité et surtout, il s’est décomplexé, il s’est décomplexé dans un cinéma français qui souvent a peur de son ombre, qui souvent n’ose pas, manque d’audace, qui préfère être dans des cases rassurantes par peur de déplaire. Lui, au contraire, s’émancipe dans un genre très particulier puisque rare. Evidemment que ça me donne envie et ensuite, il y a la cerise sur le gâteau, la grosse cerise sur le petit gâteau, c’est de tourner avec Vincent. Quelque chose dont j’avais évidemment envie. Je vais le répéter encore, dans les acteurs français, il y en a peut-être trois avec qui j’avais vraiment envie de travailler et lui en premier.

V.L. : Je reviens sur ce qu’a dit Gilles, c’est tout à son honneur, mais ce n’est pas totalement vrai. Le début, parce que sans t’en rendre compte, tu dessers le scénario. Je suis sûr que si on t’avait donné le scénario de Mea Culpa et qu’on t’avait dit que c’est Fred Cavayé qui va le réaliser, mais qu’untel l’a lu, moi par exemple, et Vincent a dit non, ça t’aurait interpellé. Je pense que c’est formidable que Fred le fasse, mais si le scénario ne t’avait pas convaincu à mort, même faisable par quelqu’un d’autre, tu ne l’aurais pas fait. Il se trouve que c’est un scénario qui toute façon t’aurait plu et faisable par quelqu’un d’autre, moins bien que par Fred et du coup quand c’est Fred, c’est la cerise sur le gâteau.

G. L. : Oui, tu as raison.

V. L. : Je me souviens, des coups de téléphone qu’on a eu et où tu as été extrêmement précis, tu m’as dit : « qu’est-ce que tu en penses ? », tu as attendu d’avoir ma réponse, toi, tu avais déjà la tienne dans ta tête, tu savais exactement ce que tu voulais. Je t’ai dit ce que j’en pensais, tu m’as dit ce que t’en pensais, la somme c’est : on meurt d’envie de le faire et il n’est pas question qu’il soit fait par quelqu’un d’autre que par nous, mais tu m’as donné un ou deux arguments, c’est vrai, j’avais pas vu ça, tu as raison, moi en revanche j’ai noté un petit truc, tu m’as dit : « ah oui, c’est vrai ». On est arrivé avec notre petit chapeau, on avait cinq-six trucs qui nous titillaient, pas très important, des détails, mais les détails c’est parfois très important dans un film. Fred a accepté les six ou cinq des six, un, il a été contre, mais il nous l’a très bien expliqué et il nous a prouvé par A + B qu’il était contre et qu’on allait faire comme lui l’a décidé, rien que ça c’est encore plus agréable que s’il avait cédé, parce que ça veut dire qu’il savait exactement ce qu’il voulait.

G. L. : Tu as totalement raison, mais ce que je voulais dire, c’est comme si François Ozon proposait le scénario de Star Trek. Non. C’est-à-dire, à un moment donné le scénario de Star Trek peut être extraordinaire, François Ozon est extraordinaire, le problème n’est pas là. C’est est-ce que les deux vont donner une somme extraordinaire ? C’est pour ça que je me dis, la somme de ce scénario-là, réalisé par Fred Cavayé, il y a une cohérence qui fait que oui, évidemment. C’est ça que je voulais dire.

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Comme vous avez très peu de dialogues, l’émotion passe par l’action, est-ce que cela a été difficile à aborder pour vous en tant que comédien ?

G. L. : Je suis content que vous le disiez.

V. L. : Il y a plein de choses en interview qui nous revienne, j’ai toujours envie de dire « on », mais je vais dire « je », car il n’y a pas de raison que je dise « on » ou « nous », il y a beaucoup de choses qui reviennent en interview auxquelles je n’avais pas pensé en faisant les choses. Jamais je me suis exprimé à moi-même, jamais je me suis précisé le fait de « tiens, je suis en train de faire un personnage qui ne parle pas beaucoup et qui parle avec son corps ou avec son regard ». Jamais je me suis dit « tiens, je suis en train de faire un ou le plus grand, pour moi c’est LE plus grand film d’action qu’on ait jamais vu en France en langue française. Jamais je me suis dit c’est un film qui va vite et qui est violent. Jamais toutes ces choses-là me sont apparues aussi clairement. J’ai senti de très très loin que ce n’était pas un personnage très bavard, mais pas assez pour le dire : « qu’est-ce qu’il est taiseux » et pareil pour le personnage de Gilles. C’est beaucoup plus charnel, beaucoup plus organique l’acceptation d’un film pour moi. J’ai lu, j’aime et je ne me pose pas de questions. Aujourd’hui j’apprends beaucoup de choses sur le film dans lequel je suis par les questions des journalistes, de vous, j’apprends énormément de choses, je fais l’intelligent en faisant : « oui, c’est une très bonne question, vous avez raison de souligner… », j’ai mon deuxième cerveau qui fait : « oh merde, j’avais pas pensé à ça ». Il me montre quelque chose à laquelle je n’avais pas réagi parce que c’était beaucoup plus organique, c’est le corps qui parle, c’est l’envie. Je suis arrivé page 103, quand j’ai vu le mot « Fin », j’ai quasiment, pendant que je lisais les trois dernières répliques, composé le numéro de Fred. Je l’ai appelé : « je le fais Fred, j’ai adoré » et s’il m’avait demandé ce que j’avais adoré, j’aurais été bien incapable de lui dire : « je ne sais pas, tout, j’adore tout – mais quoi ? Qu’est-ce que tu penses du personnage ? », là j’aurais trouvé une excuse : « là il y a mes enfants, je te rappelle ». Je ne sais pas, sur le moment, je ne sais pas. Et après le film va tellement vite sur le tournage, pendant trois mois, je ne sais toujours pas. Je sais juste que j’ai aimé ça. C’est très bizarre.

G. L. : Parce qu’on est dans du lâché prise absolu, c’est-à-dire que tout se fait sur le moment, sur l’instant, c’est tout ce que le caractère instinctif et impulsif du jeu peut représenter. On est vraiment là-dedans. Et c’est extrêmement agréable. C’est impossible d’être mécanique, il est impossible d’avoir réfléchi une attitude. Après, avec la mixité des prises, on est un peu rôdé à l’exercice, on peut ajouter 2-3 petits trucs, mais ce que je veux dire, c’est tellement le physique qui parle, qu’on est dans des choses que l’on découvrira qu’une fois le film fini. Je n’ai aucune conscience de ce que je jouais en fait. Et c’est tant mieux, enfin il faut se calmer, sur des scènes de dialogues, etc, bien sûr, mais sur les scènes physiques, sur le danger qu’il peut y avoir dans le regard, sur l’immédiateté d’une réponse, d’un geste, c’est notre corps qui parle, qui s’exprime, comme s’il était dans un caractère d’urgence de la vie. C’est extrêmement jouissif.

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V. L. : Je me souviens de la scène à Toulon, devant le commissariat, quand d’un coup je suis dans le bus, que je sors, je me fais renverser par la voiture, on a tourné cette scène et après on était sur Gilles qui avait une scène de fusillade. Je me souviens, qu’avant la prise, il avait les jetons, c’est Gilles qui avait les jetons, mais ça, la caméra, elle s’en fout complètement. Sautet m’a dit un jour une phrase que je n’oublierai jamais de ma vie, jamais, jamais – c’est drôle, je t’en ai jamais parlé d’ailleurs – je ne l’oublierai jamais de ma vie. J’étais sur le tournage de Quelques jours avec moi, j’étais avec Sandrine Bonnaire, dans une cuisine et je devais être très angoissé. J’étais très jeune acteur et c’était un metteur en scène très colérique, le monstre de metteur en scène qu’on connait et aussi, il était très autoritaire, très très dur à travailler. J’avais une peur au ventre incroyable, une peur de mal faire, la peur de ne pas être à la hauteur de tous les grands acteurs qu’il avait filmés. Et peut-être dix minutes avant la prise, je suis allé le voir, et il déambulait comme ça sur le plateau avec une cigarette. Je suis arrivé et je lui ai dit : « Claude ? » – « Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a mon gros ? » « Là, il faut que je sois angoissé… » « Je comprends rien à ce que tu me dis ! » « Je dis il faudrait que je sois angoissé, comment je peux être angoissé ? » « Bon je m’en fous ! T’as qu’à penser à ta note de gaz ou à ton chat qui est mort. Ce que je veux voir c’est de l’angoisse, de l’angoisse ! Je m’en fous ! ». Et sur le moment, je n’ai pas compris ce que ça voulait dire. Et en fait la caméra, elle veut voir quand on joue une scène d’angoisse, de l’angoisse. Peu importe si vous pensez à un truc de votre vie. Ce qu’il voulait voir c’est de l’angoisse. Le jour où Gilles a tourné cette scène, ça m’est arrivé aussi dans le film, où le personnage a peur – parce que même un flic, quand il y a une grosse grosse attaque, on en a parlé avec beaucoup de flics, le cœur est à 8 000 – Gilles, il avait peur ce jour-là, peur de se servir de cette arme, de le faire bien, peur de faire recommencer la scène. Quand il y a cinq caméras qui se mettent en route, qu’il y a trois cascadeurs qui partent en scooter, qu’il y a un truc qui va s’écrouler, on se dit : « pourvu que je ne rate pas. J’ai huit secondes sur moi, pourvu que je ne les rate pas. Je vais tout foutre en l’air ». On a peur de gêner. On a peur de gêner 80 personnes qui font leur métier, on est comme ça (il tremble). Et cette peur quand la caméra arrive, comme ça, même si vous ne vouliez pas la montrer, c’est foutu. Elle passe. Et les acteurs que j’aime, c’est ceux qui ont une énorme maîtrise de ça et qui tout d’un coup – c’est la qualité des gens qui se servent de leurs défauts pour en faire des qualités – ce sont les acteurs qui sont conscients de ça et qui font : « bah puisque j’ai peur et puisque je sais que j’ai le trac, je vais m’en servir et je vais jouer dessus ». Entre guillemets, c’est « très pute » comme mécanisme, mais les plus grands acteurs sont ça à un moment.

G. L. : Des grosses putes ! (rires)

V. L. : Et c’est là où c’est formidablement jouissif, c’est quand l’incarnation du personnage se dédouble avec le personnage du film et on ne sait plus qui est qui. On ne sait plus s’il est Franck ou Gilles, on ne sait plus si je suis Simon ou Vincent dans certaines scènes, car les deux se confondent.

Merci à Cinefriends, Tétronine et Gaumont

N’oubliez pas de jeter un œil à ma critique du film.

Retrouvez le compte rendu de la rencontre avec le réalisateur Fred Cavayé.

by Miss Bobby
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J’ai eu la chance parmi quelques blogueurs de rencontrer le réalisateur de Mea Culpa, Fred Cavayé qui s’est prêté au jeu des questions avec beaucoup de simplicité et de sympathie. Je pense que les mots n’arriveront pas à retranscrire la décontraction qu’il a su instaurer autour de la table.

Concernant l’écriture de Mea Culpa, comment s’est déroulée votre cinquième collaboration avec Guillaume Lemans ?

Cinquième ? Attendez, je vais compter. Ah ouais, on compte les navets aussi. Pour Elle, Mea Culpa, A bout portant, la guerre des Miss et c’est quoi le cinquième ? Guillaume écrit aussi des films de son côté, faut bien qu’il paie les traites de la maison, parce que je ne fais pas des films tout le temps. Il travaille avec d’autres. Après, on a écrit un autre scénario qui ne s’est jamais fait, si vous dites cinq, c’est que vous êtes très bien informé.

Ça s’est passé comme à chaque fois. Olivier Marchal a travaillé avec Guillaume sur une idée et moi j’ai eu vent de cette idée. Ils ont arrêté assez vite ce projet comme je le fais souvent, comme font d’autres réalisateurs, c’est-à-dire vous développez plusieurs idées et vous allez vers celle qui vous excite le plus. Olivier et Guillaume ont abandonné très vite cette idée et moi quand je cherchais quoi faire après A bout portant, je me suis rappelé de son idée. J’ai donc demandé à Olivier d’en prendre la moitié, de faire le truc à ma sauce. Lui voulait faire un truc de vengeance, un peu à la Man on fire et moi je voulais plus faire un film d’amitié, de rédemption pour travailler avec mes deux camarades. Voilà, j’ai demandé l’autorisation à Olivier et comme Guillaume avait déjà travaillé sur cette idée, c’était bien que je me l’accapare et que lui arrive à reseter le truc, c’était compliqué pour lui je pense de tout de suite repartir sur la même idée en partant sur quelque chose de diamétralement opposé, il avait besoin de prendre un peu de distance, donc j’ai écrit la première version et Guillaume est de nouveau entré dans la boucle.

Avez-vous tout de suite écrit pour Vincent Lindon et Gilles Lellouche ?

Ouais ! Pour plusieurs raisons, je voulais, comment dire ? Mon producteur m’a dit juste après A bout portant : « avec A bout portant et Pour elle, A bout portant c’est vraiment la suite de Pour elle, maintenant il faudrait que tu fasses la synthèse des deux films ». En rigolant, comme ça. Et j’ai dit : « la synthèse, c’est un film avec Vincent et Gilles ». Et ça m’a trotté dans la tête et j’ai vraiment cherché l’idée pour les réunir et faire un vrai film de duo de cinéma, comme il y a eu Marchal avec 36, Les Spécialistes ou des films américains, dont j’ai oublié le titre, un grand film américain avec Paul Newman et Redford… qui font du vélo, sur de la musique – « Butch Cassidy et le kid » – voilà, donc faire un vrai beau film de duo et l’idée d’Olivier – en la tordant – me permettait ça.

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Vous parliez à la sortie d’A bout portant, d’un film qui se passe au Canada, avec un bûcheron, est-ce un projet que vous avez totalement abandonné ?

C’est un projet que j’ai. Là, c’est drôle, car je suis en train de travailler sur un film qui se passe au Canada, sans bûcheron, dont le personnage principal serait une femme, qui n’est pas bûcheron. Un film qui n’est pas urbain. Après, est-ce que, quand je fais un film, quand je m’investis pleinement sur un film comme Mea Culpa ou comme l’était A bout portant, j’ai peut-être besoin de me laver la tête en imaginant des choses qui sont diamétralement opposées ? Ça été le cas avec A bout portant, j’ai bossé sur ce film de bûcheron où il y a une version de scénario et je me suis très vite rendu compte que ce n’était pas vraiment de ça dont j’avais envie. Là je retourne vers le Canada avec une histoire un peu dans la veine de Pour elle, mais avec un personnage principal féminin, qui va être obligée de se surpasser, parce que là je n’ai travaillé qu’avec des garçons pour l’instant, qui sont les personnages principaux et j’ai très envie de travailler avec un personnage féminin et j’ai envie aussi de choses pas du tout urbaines, donc le Canada. Quand j’étais au Canada, j’ai bien aimé de faire de la moto-neige, des fois l’inspiration…

Vos scènes d’action sont très bien orchestrées, avec beaucoup de minutie, quels sont les films qui vous ont inspiré pour ces scènes d’action qui sont spectaculaires ?

Je suis content que vous me disiez ça, car c’est vrai, j’ai essayé de faire du spectaculaire et ce n’est pas souvent le cas en France par faute de moyens, par faute souvent de complexes aussi. C’est-à-dire que c’est assez compliqué en France de s’attaquer à ce type de film, parce qu’on a un vrai complexe qui se situe à deux endroits : on a peut-être peur que ça ne soit pas assez littéraire, et on a aussi peur de la comparaison avec les Américains ou les Coréens. Moi j’ai peut-être moins de complexes ou une grande naïveté ou je suis totalement inconscient, j’ai un mélange des trois – « vous avez raison » – mais ce n’est pas évident, j’espère que Mea Culpa va décomplexer un petit peu mes camarades et des jeunes réalisateurs d’aller vers ce type de film. En tous les cas, mes références sont multiples : du cinéma Américain, comme du cinéma Coréen, même des films Français. C’est une espèce de mélange sur plein de films, après il y a une vraie influence quand même sur la nouvelle génération de films d’action, avec des choses beaucoup plus réalistes. Pour moi, il y a vraiment le film d’action avant Bourne, et après. Les Jason Bourne ont amené une nouvelle dimension. Batman, ce n’est plus pareil, Jason Bond ce n’est plus pareil, et puis il y a ce truc où vous vous dites que maintenant le héros peut mourir et avec une manière de filmer qui colle à cette réalité. Après je ne prends pas tout non plus de ce type de cinéma, parce que moi en tant que spectateur, il y a des choses des fois qui me gênent, c’est la lisibilité des séquences d’action. Moi j’aime bien tout voir. Je préfère un coup de poing mal donné où l’on voit l’impact, car on se met à la place du mec qui le prend et « oh, ça fait mal ! » que de la mise en scène avec des trucs partout. Je fais un mix de tout, comme un shaker.

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Pas de sur-découpage ?

Il faut. Je sur-découpe pour avoir après le loisir au montage de ne pas forcément faire durer les plans. Après ce que j’aime bien, qui est un luxe absolu et c’est très difficile de faire ça en France, car il faut du temps et de l’argent, c’est quand vous faites une scène d’action sans que  votre caméra ne raconte jamais la même chose, de ne jamais réutiliser le même axe. Il y a plein de séquences dans Mea Culpa où j’ai réussi à faire ça, aussi grâce aux gens avec qui je travaille et à la production qui m’a laissé tourner beaucoup. Après, ça n’apporte pas forcément grand-chose, mais techniquement, j’ai tourné 1 500 plans, ce qui est énorme, j’en ai tourné 800 sur A bout portant et j’en ai monté via 1 800 cut, ce qui veut dire que ce n’est pas forcément sur-découper par rapport à la quantité de matière que j’avais, mais je les utilise tous, pas de manière schizophrénique. Je suis avant tout spectateur avant d’être metteur en scène. Sans prétention, je fais des films comme j’aimerai les voir – je commence cette phrase par « sans prétention » alors que c’est super prétentieux – c’est-à-dire que dans certains films d’action, ça me dérange les bagarres où d’un seul coup, vous ne savez plus qui se prend la pêche. Après, plus vous montrez, plus c’est violent. Cette violence, vous allez peut-être m’en parler, je l’assume complètement dans Mea Culpa, plus que dans Pour elle et A bout portant. Je parlais d’être décomplexé, décomplexer aussi par rapport à ça, par rapport à une certaine forme que je trouve vachement intéressante en voyant la réaction des gens. Vu que c’est Français, les gens ont l’impression que les coups sont donnés deux fois plus fort, que les gens tombent de deux fois plus haut, on m’a dit : « mais là, c’est pas possible, il tombe de 80 mètres, il se relève ». Le truc est décuplé ! J’ai même eu comme réflexion qui est super : je dis : « dans Taken, vous avez autant de violence et vous n’avez pas ce ressenti-là » – « bah ouais, mais Taken c’est du cinéma » (rires). Ce n’est pas un documentaire ! C’est génial ! Les gens sont comme ça et ils ont l’impression que « putain, Vincent Lindon va mourir ! », c’est-à-dire que ce n’est plus le personnage, c’est dans le train, dans la bagnole avec nos comédiens, que les gens prennent vraiment des coups de portière dans la tête. Ça amène plus de proximité, mais dans 10 ans, il y a aura beaucoup ce type de films, il n’y aura plus cette impression-là, parce que le filtre entre la réalité et le cinéma va être réinstauré, mais là, il est très très mince, beaucoup plus mince que par rapport à un film Américain où il y aurait même plus de violence.

Vous êtes intervenu dans les bonus du Blu-Ray du Clan des Siciliens…

Ça c’est la classe ! Le mec fait tout sans prétention ! Le Clan des Siciliens, quand je l’ai vu petit, la première fois, je le vois comme ça (il mime à travers les barreaux de l’escalier), parce que mes parents m’ont envoyé au lit et je ne vois que la moitié, même pas, je le vois en 1/22. C’est via Arnaud Bordas, un ami à lui fait les suppléments du Blu-Ray, et me dit : « ça t’intéresserait… » – j’ai l’impression d’un seul coup de faire partie du film. J’étais mort de peur. Je me chiais dessus comme on dit. J’ai reçu le Blu-Ray et j’étais super ému, parce que je mets le Blu-Ray et je fais partie du Blu-Ray. De manière très naïve, j’ai un peu l’impression de faire partie du film et là « waouh ». C’est drôle, j’ai rencontré pour la première fois de ma vie Alain Delon avant-hier. Je ne lui ai pas dit… « Bonjour, je m’appelle Fred Cavayé, c’est moi qui fait l’introduction du Clan des Siciliens », il aurait ri je pense. Même si effectivement ce qui inspire sur la forme des films comme Mea Culpa c’est plus des choses modernes que le Clan des Siciliens, mais c’est des bases. Quand même, quand je suis môme, pour moi c’est ça les films policiers, c’est Verneuil, c’est Le Samouraï. Comme vous dites, en France on faisait aussi des films de genre, les films de Clouzot, de Franju. On n’était pas complexé par rapport à ça, ça faisait entièrement partie de notre culture. Par exemple, Les yeux sans visage, maintenant vous faites ça, on va appeler ça du cinéma de genre, ça va être très anecdotique comme film, à cette époque-là, c’est le gros film de la semaine. Les Diaboliques par exemple, c’est avec les deux stars du moment, c’est avec le réalisateur, si vous faites ça maintenant… Mais ça va revenir j’espère. Après, j’allais dire ce sont les réalisateurs qui décident, mais non, c’est les spectateurs qui décident s’ils ont envie de voir ce type de film.

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Vous parliez de réalisme tout à l’heure, pourtant sur ce film, vous changez de chef opérateur, ça donne un aspect un petit moins réaliste, pourquoi ?

Comment dire ? Je voulais faire un film noir en couleurs et je voulais aller vers quelque chose d’un peu plus spectacle et un peu plus cinéma. C’est venu sur le fait que je ne voulais pas tourner à Paris, je voulais tourner dans le sud de la France. Après je ne savais pas à quelle période j’allais tourner, il y a les disponibilités des comédiens, ce qui fait que j’ai tourné en décembre. Toulon en décembre ça ressemble un peu au Havre en termes de météo. Je voulais qu’il y ait ce petit décalage. Cette scène où ils sont pourchassés par un 4×4 avec des bâches, ça même dans la conception des décors. Mon chef déco au départ, je lui dis : « je voudrais un entrepôt énorme et on va mettre des bâches en plastique ». Alors forcément, première question : « comment on justifie ? ». Puis on s’en fout ! C’est un entrepôt où il y a des bâches, ça va être chouette parce qu’on va voir les phares de la bagnole, tels deux yeux d’un monstre, c’est une démarche directe qui n’est pas très réaliste, et mon chef opérateur, Danny Elsen, avec qui je travaille pour la première fois, me dit : « va dans ce sens-là. Si tu ne veux pas un truc pas complètement cinéma, eh bah on va éclairer tout en rouge. » Euh quand même rouge, « oui, tout en rouge, tu vas voir ». Il me montre les premiers trucs, il me montre un rouge, je lui ai dit : « vas-y » et à l’étalonnage on a tout mis en rouge et d’un seul coup, ça devient presque de l’opéra. Sans prétention. (rires)

Votre chef opérateur, Danny Elsen, dit de votre film que c’est un film d’action avec du cœur, comment faites-vous pour vous approprier les codes du film d’action, les dynamiter et apposer votre vision ?

J’aime beaucoup votre question. Ça reprend ce que je disais tout à l’heure. Il y a une volonté de faire du cinéma, après faire du nouveau, ça serait dangereux si ma démarche serait « tiens, je veux faire du nouveau », là d’un seul coup, on ne fait pas le film pour les bonnes raisons et vous allez vers quelque chose d’artificiel. C’est plein de petites volontés : être un peu plus coloré, le fait d’aller vers des décors plus cinéma qui mis ensemble, et avec des références qui sont peut-être autres, font quelque chose de peut-être nouveau. Il y a aussi un nouveau compositeur avec qui je n’avais jamais travaillé, Cliff Martinez n’avait jamais fait de musiques d’action. Quand il fait Drive par exemple, toutes les parties de voiture, il n’y a pas de musique. Avant de lui proposer le film, le mec il a fait Drive et je revois le film, je me dis : « merde, il n’y a pas de musique d’action du tout dans Drive, il n’y a que des choses atmosphériques ». Je me dis c’est quand même une bonne idée, pour avoir quelque chose de plus moderne. Ce que j’avais fait avant c’était plus classique avec Klaus Badelt qui vient de l’école Hans Zimmer. C’était peut-être aller vers plus de modernité, mais me dire : « il y a beaucoup d’action, aller avec des percussions comme j’ai fait précédemment, là comme il y a une heure d’action sur 1h25, on va avoir les oreilles qui saignent ». La solution, c’est d’aller chercher Martinez et lui demander de faire de la musique d’action atmosphérique. Toutes ces petites choses et toutes ces petites volontés font qu’au final, j’espère, quelque chose d’un peu plus moderne que mes films précédents.

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La scène du TGV ou la fusillade dans la boîte de nuit sont des scènes vraiment très spectaculaires. Qu’est-ce que cela induit en terme de préparation et de budget ?

Des emmerdements ! (rires) Cela induit beaucoup de travail et il ne faut rien lâcher. Même sur le papier, on m’a dit : « revoit à la baisse ton cahier des charges, ça va être super compliqué. Est-ce que t’auras les moyens d’aller au bout de tes envies ? Donc peut-être, vois le truc un peu à la baisse. », et je ne voulais pas. Je n’ai vraiment rien lâché : sur cette poursuite de boîte de nuit, la volonté au départ, c’est que j’avais fait une course poursuite dans le métro dans A bout portant avec un seul décor et là, je vais faire une course poursuite avec sept décors. Un truc qui n’en finit pas, mais en même temps qui est ludique, on passe d’un endroit à un autre et quand c’est fini, ça repart. Après entre ce que j’écris chez moi tranquillement en mangeant des Pépito, en buvant du café et en téléphonant aux copains, après vous vous retrouvez à cinq heures du matin, dans le froid, dans les entrepôts à Evry, ce n’est pas la même chose. Et encore, moi je mange des Pépito, mais eux deux ils courent et il fait moins 7. C’est très compliqué, parce que c’est à remettre dans un contexte logistique par rapport au budget du film et par rapport à ce qu’on a les moyens de faire ici. Comparé à un film comme Taken, moi quand je fais une poursuite en voiture, j’ai une voiture, eux, ils ont cinq voitures, avec cinq emplacements de caméra. Moi il faut que j’ai les mêmes emplacements de caméra, car je ne peux pas dire aux spectateurs : « j’ai moins de pognon que Taken, soyez indulgents ». Moi je fais hop un aller, on démonte la caméra, on la remet là, on repart. A l’ancienne. Cela implique vachement plus de travail de ma part, de la part des comédiens, de l’équipe technique. Aussi plus d’argent que le film précédent, même si on n’a jamais assez d’argent pour ce type de film, j’ai eu quand même la chance d’avoir un peu plus d’argent que sur A bout portant. Ça implique beaucoup de trucs, mais le plaisir est décuplé. On ne rigole pas tout le temps, mais le cinéma que j’aime, c’est ça et où je suis content de Mea Culpa, c’est en terme de forme, d’action, de choses ludiques, de cinéma, c’est vers ça que je voulais aller. C’était impossible sur un premier et deuxième film, il a fallu que j’attende et que j’attende aussi le savoir le faire. Il y a un peu plus d’action qu’A bout portant que dans Pour elle. J’ai appris sur Pour elle et ce que j’ai appris sur Pour elle, je l’ai mis en place sur A bout portant et même chose. Ce que j’apprends sur A bout portant, j’ai upgradé en action, ça me permet techniquement d’être plus au point. C’est une hérésie de se dire : « le mec est réalisateur, il fait son premier film, bim il sait tout faire ». Eh bah pas moi. Il a fallu que j’apprenne et j’apprends à chaque fois.

Donc vous faites exploser un avion dans le prochain ?

Je ne sais pas, je me dis non, il faut peut-être que je fasse exploser un velib.

Miss Bobby_Mea_Culpa

Sur quels éléments avez-vous choisi le jeune acteur Max Baissette de Malglaive ?

Sur la qualité de son jeu. Il n’y a pas photo, quand j’ai vu ses essais, c’était sûr, c’était lui. Mais comme je suis un garçon inquiet, j’en ai vu deux cent pour revenir à lui. Pas deux cent, je plaisante, mais une centaine. Il est brillant. Les deux comédiens principaux sont brillants, il me fallait un petit garçon qui soit à leur hauteur, une comédienne qui le soit aussi. Que tous les seconds rôles soient du niveau de jeu des deux comédiens principaux. Donc j’ai fait de gros casting, j’ai vu beaucoup de comédiens et je suis vraiment content de tous les gens avec qui j’ai travaillé. Gilles Cohen, je trouve qu’il amène un truc qui est extrêmement gonflé, car il est sur le fil, à chaque fois, du réalisme justement. Dans ce qu’il propose dans son jeu, il est à la limite tout le temps de tomber dans un truc qui va peut-être être trop exubérant et non, ça marche. Je vois bien dans les salles où je présente le film, j’écoute les réactions par rapport à ce qu’il fait et ça apporte une respiration dans le film. Je le trouve formidable. Je le trouvais déjà formidable avant, c’est un grand comédien. Voilà, pour répondre brièvement, j’ai pris Max, car avoir ce niveau de jeu à 10 ans, c’est impressionnant.

Par rapport au sketch  que vous avez tourné pour Les Infidèles, est-ce que cela vous a donné envie de vous frotter à d’autres registres que le polar ?

Oui pourquoi pas. Après c’est un peu spécial Les Infidèles, je n’ai pas écrit le texte, mes camarades réalisateurs non plus, on est arrivé pour faire un film de potes, avec des moyens autres que les films de potes que je faisais avec les meubles de ma grand-mère. Là c’était un vrai exercice de style, si on peut dire vu le niveau de littérature de ce que j’ai eu à tourner. A faire, c’est extraordinaire, parce qu’on pense ce qu’on veut du film, un truc un peu Gaulois on va dire, mais à tourner avec ces deux filles, avec Jean Dujardin et Gilles Lellouche dans cette chambre d’hôtel, c’était fun. Les filles étaient plus à l’aise qu’eux, eux ils étaient morts de peur, ils étaient super gênés. Une fois la gêne passée, on s’est marré, c’est que de l’impro, vous êtes spectateur, les mecs sont des génies en comédie. Pourquoi pas faire une comédie. Il faudra qu’on se revoit une fois que j’aurais digéré Mea Culpa.

Merci à Cinefriends, Tétronine et Gaumont

N’oubliez pas de jeter un œil à ma critique du film.

Retrouvez le compte rendu de la rencontre avec les acteurs principaux, Gilles Lellouche et Vincent Lindon.

by Miss Bobby