Death stranding

DEATH STRANDING

Le bac philo en plus sympa

Vous voyez quand vous vous levez en pleine nuit pour aller boire/faire pipi/autre et que vous n’y voyez que dalle ? Vous avancez tant bien que mal en espérant ne pas vous faire mal et surtout atteindre votre but à tatons ? Bah c’est un peu ça Death Stranding en un peu plus angoissant parfois.

Sam aka Norman Reedus, est un porteur/livreur. Son truc, c’est parcourir des kilomètres à pieds pour livrer des grosses caisses, le genre de choses bien lourdes (on parle de centaines de kilos, pas du banal sac de patates). Jusque là, rien d’exceptionnel, Amazon le fait déjà avec ses camions. Sauf que Sam vit dans une Amérique post Death Stranding (tu ne sais pas ce que c’est ? Moi non plus, mais c’est moche). Et c’est quoi un monde après le Death Stranding ? Déjà, il n’y a plus beaucoup de population, il n’y a plus de villes, juste des étendues de paysages avec des infrastructures (avec des gens et des hologrammes dedans). Et dans ses immenses étendues, il y a des MULEs (je ne parle pas des adorables animaux), ces livreurs qui ont pété un plomb un jour et qui sont passés du côté obscur de la force. Et puis il y a des Echoués… Aaaahhh les Echoués, la partie la plus « sympa » du jeu, celle que quand Sam s’en trouve entouré, tu pries pour que ça aille vite sans que ça dégénère, en gardant un minimum de sang froid et sans trop transpirer. En gros, c’est LA partie angoissante du jeu. En tant que joueur aguerri, vous avez déjà eu affaire à des Echoués, vous savez comment ça fonctionne (à peu près), vous savez à quelle sauce vous pouvez être mangé (enfin mangé…), il n’empêche, ça fait quand même flipper ! Surtout que chez Kojima, ils ont su te déballer une ambiance bien sombre, avec de la pluie (ah oui ! La pluie ! Vous verrez.), un bébé qui s’affole (un B.B. ? Oui !), tout pour vous faire angoisser. Alors cette petite promenade champêtre dans la verdure ?! T’aurais préféré Amazon, hein ?! Et je ne vous parle pas du reste, parce que c’est complexe…

DEATH STRANDING
Toujours avoir une peau sans imperfections !

Death Stranding : on aime ou on déteste. D’une part, je n’avais jamais joué à ce type de jeu : c’est un jeu lent, surtout à pieds (forcément). Vous avez un objectif de taille – que vous découvrirez en jouant – en faisant des livraisons. Traverser des contrées, sans route, c’est long. Il faut apprécier la solitude, s’écouter respirer, faire des allers-retours, les mauvaises surprises (voir ci-dessus) et avoir avoir du courage. La petite randonnée dominicale, c’est du pipi de chat à côté et on ne nous sert même pas le brunch ! Ça, c’est la ligne directrice la plus simple, si l’on suit tête dans le guidon le jeu. En revanche, si vous prenez la peine de lever la tête, c’est un univers de questions qui s’ouvre à vous. Déjà, qu’est-ce que le Death Stranding, la Grève, les Echoués, les Dooms, y-a-t-il un monde après la mort ou reste-on coincé entre deux mondes (rives), y-a-t-il une métaphore écolo, les imprimantes 3D seront-elles un jour aussi performantes, pourquoi les B.B. ont-ils cette fonction et comment cela a-t-il démarré, à qui faire confiance, etc, etc (jusqu’à épuisement). Vous ne savez rien et plus vous avancerez et plus vous collecterez des toutes petites pièces de ce puzzle infernal. En gros, vous regardez un film auquel vous êtes aux manettes, sauf que vous ne pigez pas grand chose au scénario, seulement ce côté mystique est attirant. Telle une drogue, vous êtes dans le flou, dans le noir, vous avez peur, vous vous interrogez, mais vous continuez, car après tout, vous êtes humain… et vous voulez savoir et comprendre. Certains arriveront à ne choisir que la ligne droite : avancer vite pour connaître la fin. Et d’autres préfèreront prendre quelques détours pour aider tout le monde et ajouter deux-trois pièces au puzzle, histoire de mieux cerner les enjeux, ainsi que l’avenir.

DEATH STRANDING

On ne peut pas nier que l’histoire de Death Stranding tient une énorme place. On ne va pas se leurrer, il y a des jeux qui demandent beaucoup moins de ressources de la part des joueurs en matière de compréhension. Là, on est sur une quête philosophique, personnelle, environnementale, théologique et générale. D’où mon sous-titre : Death Stranding serait un bon sujet de philo tant il y a de choses à analyser et à débattre.

DEATH STRANDING

Côté graphisme, je n’ai pas grand chose à dire. Le développement du réalisme n’a de cesse d’évoluer et depuis plusieurs années, l’aspect facial n’a plus besoin d’être prouvé dans les jeux vidéo. Encore une fois, on a quasiment aucun mal à reconnaître les acteurs principaux : Norman Reedus, Léa Seydoux, Mads Mikkelsen. Je trouve néanmoins que Guillermo del Toro et Nicolas Winding Refn manque de travail. Niveau jouabilité, on utilise toute la manette et vous pouvez avoir un retour son du B.B. dans celle-ci. Je ne vous cache pas qu’étant fraîchement maman, cela m’angoissait, heureusement, il est possible de changer cette option pour un retour TV. Autre bon point que je n’ai pas mentionné, la coopération : il est possible d’effectuer des connexions avec d’autres joueurs pour avoir de l’aide, notamment, avoir des matériaux, de l’équipement, mais également pour nous aider à faire une livraison. L’intérêt de la coopération – que j’aime tout particulièrement – c’est que les autres joueurs construisent des structures et collaborent pour construire des infrastructures qui demandent beaucoup de ressources. C’est très utile, même si les paysages sont plutôt sympathiques, ils sont loin d’être plats et quand il faut traverser des montagnes, de la roche ou des cours d’eau en étant chargé comme une mule, on est bien content de voir qu’un joueur est passé dans le coin et a construit un pont (par exemple). Quant à l’histoire, vous l’aurez compris, Death Stranding ne se termine pas en un claquement de doigts. Il vous faudra être patient. C’est un jeu d’action dramatique sombre qui, par je ne sais quel travers, est assez addictif (à l’heure où je vous écris ces lignes, je sais que ma prochaine mission me fera passer par un coin où  il y a des Echoués, je n’ai pas hâte, même en étant bien équipé. J’ai fait toutes les missions secondaires et il va bien falloir que j’arrête de tourner autour du pot). Echoués ou pas Echoués, cela ne m’empêchera pas de continuer.

DEATH STRANDING
Tu la sens la balade champêtre ?!

On se retrouve de l’autre côté ?

Disponible sur PS4.

by Miss Bobby
My life directed by Nicolas Winding Refn_film

Liv Corfixen accompagnée de son mari, le réalisateur Nicolas Winding Refn, nous ont accordé un peu de temps pour répondre à nos questions lors de la projection de son documentaire : My Life Directed by Nicolas Winding Refn (retrouvez ma critique du film de Corfixen). Compte rendu de cette rencontre :

Pourriez-vous nous parler un peu de votre parcours ?

Liv Corfixen : J’ai grandi dans l’industrie du cinéma. Ma mère était monteuse et avait travaillé avec le père de Nicolas. Nos parents se connaissaient avant nos naissances. On a dû se croiser enfants, peut-être quand on avait genre huit ans, quelque-chose comme ça. J’ai été actrice pendant une dizaine d’années, j’avais même tourné dans le deuxième film de Nicolas, aux côtés de Mads Mikkelsen. Après, on a eu des enfants, j’ai arrêté de jouer. J’ai fait une formation en psycho, je suis assez intéressée par tout ce qui touche à l’occulte, un peu comme Alejandro Jodorowsky, que l’on voit dans le film.

Nicolas Winding Refn : En plus sexy que lui !

Liv Corfixen : J’ai également fait beaucoup de photographie. Mon père était photographe. J’ai travaillé pour des magazines. Et sinon, c’est mon premier film en tant que réalisatrice.

My life directed by Nicolas Winding Refn_film

Votre film n’est pas vraiment un making-of de Only God Forgives mais plutôt un film qui, progressivement, devient un documentaire sur le couple en allant vers la question « Est-ce que Liv Corfixen doit divorcer de Nicolas Winding Refn ?« …

L. C. : J’ai rejoint Nicolas à Bangkok le temps du tournage de Only God Forgives mais je ne savais pas du tout ce que j’allais faire de mon temps, une fois sur place. J’ai décidé de faire un making-of et au fur et à mesure, je me suis rendu compte que faire un simple making-of, ce serait un peu ennuyeux. C’est devenu un film sur nous, puis finalement un film sur moi.

C’est une décision que vous avez prise consciemment ou c’est quelque chose qui est apparu sur la table de montage ?

L. C. : Très vite, je me suis dit que je n’allais pas faire un portrait avec des interviews de gens qui allaient chanter les louanges de Nicolas en disant que c’est un génie etc… Ce que tu es bien sûr sans vouloir te vexer (rires), mais que j’allais faire quelque chose de beaucoup plus personnel parce que je suis sa femme et que j’avais une position assez privilégiée sur ce tournage. Par contre, j’ai fait des interviews de moi-même, que je n’ai pas gardé au montage, mais le fait que ce soit un film qui au fur et à mesure parle de moi, c’est quelque chose qui est apparu en salle de montage.

Pourquoi avoir sorti le documentaire aussi longtemps après Only God Forgives ?

L. C. : Déjà, il a fallu à peu près un an après notre retour au Danemark, pour trouver l’argent nécessaire pour financer la fin de ce documentaire, notamment le montage. Ensuite, il est sorti l’an passé aux États-Unis. Pourquoi est-ce qu’il sort si tard chez vous, je ne sais pas.

Pourriez-vous nous parler du choix de ce titre ?

L. C. : Le titre a été difficile à choisir. On m’a fait plein de suggestions mais il n’y avait rien qui me plaisait. Au bout d’un moment, je m’en suis remis au ciel et j’ai proposé celui-ci. Et tout le monde l’a détesté unanimement, même la mère de Nicolas. Je le trouvais très bon, un peu direct mais bon. J’aurai pu faire pire, j’aurai pu faire « Ma Vie Dictée par Nicolas Winding Refn« .

Vous n’êtes pas la première femme de réalisateur à faire un film sur le film que fait son mari. On pense forcément à Heart of Darkness (sur le tournage de Apocalypse Now et qui intègre des images filmées par Eleanor Coppola – ndlr). Vous en aviez entendu parler ?

L. C. : Je n’y ai pas pensé au début et beaucoup de gens m’ont dit de le regarder. Je l’ai vu pendant mon tournage et c’est un film très différent. C’est plus un making-of sur les coulisses du tournage, moins sur leur couple. Je l’aime bien mais je voulais faire autre chose.

Comment avez-vous ressenti le tournage pendant que vous le faisiez ? Parce qu’ironiquement, plus Nicolas doute, plus il est angoissé, et plus cela sert votre propos et cela rend votre documentaire passionnant.

L. C. : A chaque tournage de Nicolas, c’est la même chose. Il passe par des périodes d’angoisse, des peurs, des doutes. C’est toujours la même chanson. La seule différence, c’est que cette fois-ci, je l’ai filmé. C’est vraiment difficile de le supporter pendant un de ses tournages. Mais je savais aussi que plus il y avait de drames, mieux c’était pour moi. J’avais des sentiments un peu contradictoires.

My life directed by Nicolas Winding Refn_film

Le générique dit « écrit et réalisé par Liv Corfixen« . Quelle a été la part d’écriture du film ?

L. C. : Le film s’est vraiment fait au fur et à mesure, sans écriture. C’est pourquoi j’avais autant de matière et c’est aussi pourquoi le montage fut si long. Il a fallu trois mois rien que pour dérusher, avant de commencer à monter.

Vous êtes-vous censurée sur certaines choses ? Est-ce que certaines personnes ont mis leur véto sur des séquences, voire Nicolas lui-même ?

N. W. R. : Je n’ai pas eu mon mot à dire !

L. C. : Nicolas a vu le film terminé et il fallait son accord, cela va de soi.

N. W. R. : Ouais enfin, elle m’a dit « Voilà le film, fais avec !« 

L. C. : Il fallait aussi l’accord de Kristin Scott-Thomas et Ryan Gosling mais il sont été adorables et m’ont laissée faire.

Avec du recul, est-ce que vous regrettez de ne pas avoir mis certaines choses ?

L. C. : J’avais beaucoup de scènes drôles entre Nicolas et Ryan Gosling, surtout des scènes où Ryan imitait Nicolas. Mais ça aurait déséquilibré le film. On verra dans les suppléments DVD.

On voit des moments où c’est Nicolas qui vous filme. C’était des improvisations ou des choses prévues ?

L. C. : C’est de l’improvisation totale. Je ne voulais d’ailleurs pas mettre ces images mais ma monteuse a insisté.

N. W. R. : C’est une manière de réagir car j’en avais tellement marre d’avoir sa caméra braquée sur ma gueule chaque putain de matin en me disant : « Bonjour, comment ça va aujourd’hui ?« 

Au tout début, on voit Nicolas qui vous donne des conseils sur comment filmer, quel angle choisir. Cela a été comme ça tout le temps ?

N. W. R. : Je vais répondre à celle-ci. Le premier jour, je lui ai donné un conseil sur où se mettre pour me filmer. Elle m’a répondu : « Tu vas fermer ta gueule !« 

L. C. : C’était tellement typique de lui de me dire comment filmer, de me diriger ! (rires) Après, ça a été terminé.

Finalement, quels sont vos meilleurs souvenirs ensemble à Bangkok ?

N. W. R. : Ryan Gosling t’a vu nue.

L. C. : Je n’ai pas vraiment aimé mon séjour à Bangkok. Je n’ai pas de très bons souvenirs là-bas.

My life directed by Nicolas Winding Refn_film

Au début du film, on voit votre ami Alejandro Jodorowsky qui conseille à Liv de divorcer, puis qui conseille à Nicolas Winding Refn de faire abstraction de la réussite commerciale de ses films. Liv, vous n’avez manifestement pas suivi ses conseils. Nicolas, y êtes-vous parvenu de votre côté ? Car on sent dans tout le documentaire, que vous êtes obnubilé par l’accueil de vos films…

N. W. R. : Ce qui est intéressant avec Jodorowsky, c’est que dans notre monde actuel où « succès » veut dire « succès financier », dès que je commence à penser au succès car il faut qu’un film rapporte de l’argent pour pouvoir en faire un autre derrière, il est toujours là pour me rappeler de me concentrer sur ce que je veux vraiment faire car c’est ça l’essentiel. C’est typique de lui. Pendant le tournage de Neon Demon, que je viens de terminer, il m’a lu l’avenir dans les cartes de tarot tous les weekends. Il me considère comme son fils spirituel, nous avons une relation très proche. Mais je suis content que ma femme ne l’ait pas écouté et qu’elle n’ait pas divorcé !

L. C. : Nous avions juste besoin d’une thérapie de couple pour régler tout ça !

Justement, au début du film lors de la séance de tarots avec Jodorowsky, il vous demande ce que vous attendez de Nicolas. Vous avez réussi à trouver la réponse à cette question ?

L. C. : Il fallait qu’il réalise qu’il a besoin de moi, qu’il s’appuie beaucoup sur moi. Depuis Bangkok et depuis la thérapie de couple qui a suivi, beaucoup de choses ont changé. On fonctionne plus en équipe maintenant. Avant, il n’avait pas beaucoup d’argent donc il partait souvent pendant des mois pour ses tournages, on n’avait pas le choix. Maintenant, on a un peu plus le choix sur comment et où l’on vit… Ça fait bizarre, pour une fois, Nicolas est le beau mec à côté de moi, pas le sujet principal de la conversation. Ça change !

Nicolas, êtes-vous tout aussi angoissé par le succès de votre prochain film, Neon Demon ?

N. W. R. : C’est toujours pareil. Mais la créativité se nourrit de la peur. C’est un moteur naturel. A mes débuts, c’était la peur de ne pas pouvoir manger, payer le loyer… L’argent était un moteur de peur et de créativité. Moins maintenant. Il faut toujours se mettre dans la position d’avoir peur de perdre quelque chose. Mais quand on a réalisé ce qu’on souhaitait vraiment faire à 100%, on a gagné quoi qu’il arrive. Aujourd’hui par contre, le succès se mesure avec des chiffres. C’est l’opposé de la créativité. Pour répondre à votre question, oui, l’angoisse est toujours là, mais la peur est très motrice.

Vous évoquiez l’idée qu’à vos débuts, vous travailliez pour l’argent. On vous voit dans une scène du documentaire, aller à une avant-première avec Ryan Gosling en étant payés. Compte tenu de votre notoriété respective aujourd’hui, est-ce toujours aussi difficile d’avoir de l’argent pour faire des films ?

N. W. R. : Vous avez toujours besoin d’argent et c’est toujours difficile d’en avoir autant que vous le voudriez. Mais je suis quelqu’un de très autonome et je ne tourne jamais les scripts que j’ai écrits. Les producteurs ne savent jamais à quoi s’attendre au final avec moi. Le problème avec l’argent, c’est que pour chaque dollar investi, on a une responsabilité derrière. Pour un budget de 100 millions de dollars, vous devez faire tant d’entrées au minimum derrière, pour que le film soit rentable et pour avoir de quoi faire le film suivant. Si on fait un film à 4 millions, on a plus de flexibilité et le budget influe moins sur la créativité. L’argent ne doit jamais être un obstacle à la créativité. Parfois, il faut être un peu rusé avec l’argent. Comme vous l’avez vu dans le documentaire. Il y a eu cette fois où on m’a proposé de l’argent pour venir présenter Drive dans un festival à deux heures au Nord de Bangkok. Au début, on m’avait proposé 20.000 dollars. J’en ai parlé à Ryan et on a obtenu 40.000 dollars chacun si on venait ensemble. On avait besoin de cet argent car en Thaïlande, il faut sans arrêt soudoyer la police locale. Ça implique du cash. J’ai « vendu Ryan Gosling » en fait ! On a fait le tapis rouge et une femme est venue nous donner tout cet argent en liquide dans une valise. Je n’avais jamais eu autant de liquide entre les mains, il a fallu que je compte billet après billet, pour voir ce que ça faisait ! Mais quel que ce soit la taille du film, il faut de l’argent de toute manière. On est toujours prêt à se vendre pour avoir de l’argent au final !

My life directed by Nicolas Winding Refn_film

Beaucoup de grands cinéastes ont eu évoqué l’influence de leur conjointe dans leurs choix. George Lucas par exemple, Paul Verhoeven aussi, qui avait dit un jour qu’il ne voulait pas faire Robocop car il trouvait le script stupide, avant que sa femme ne le convainque. Quelle est l’influence de Liv dans votre travail ?

N. W. R. : Par exemple, c’est Liv qui m’a persuadé d’engager Carey Mulligan sur Drive. Je l’avais vu dans un film mais c’est elle qui m’a convaincu. Je m’appuie beaucoup sur elle car elle a des opinions très tranchées. Il y a toujours une partie de moi qui recherche son approbation. Sur mon nouveau film que je viens de terminer (Neon Demon), au début, j’avais prévu un acteur et Liv m’a dit « Mais pourquoi tu veux un acteur aussi chiant dans ton film, il ressemble à une poupée. Ça n’a aucun sens. » J’ai changé de comédien du coup.

Dans votre documentaire, on voit Nicolas un coup déprimé, un coup euphorique, selon les humeurs du tournage. Est-ce qu’il est arrivé que son état vous contamine, que parfois vous doutiez à votre tour de ce que vous faisiez ?

L. C. : Non, je n’ai pas vu cela comme ça. Je ne suis pas très ambitieuse, je suis très différente de lui à ce sujet. Pour moi, j’ai entamé ce travail en me disant que je verrai bien où ça me mène. Si ça marchait, tant mieux, sinon, tant pis, poubelle. Ça n’a pas eu une grande influence sur moi. En revanche, sur notre famille, oui.

Nicolas, on voit dans le film que pendant la post-production de Only God Forgives, vous n’étiez pas satisfait de votre travail effectué à Bangkok. Avec le recul, le pensez-vous toujours ou est-ce une étape par laquelle vous passez à chaque fois, en vous disant systématiquement que vous auriez pu faire encore mieux ?

N. W. R. : Non, je suis très fier du film. Je pense que c’est un chef-d’œuvre. (rires) Dans le processus de création, il y a toujours ce moment où vous détestez ce que vous avez fait. C’est important aussi de regarder ce que vous êtes en train de faire de ce point de vue là. C’est bien de ne pas regarder votre film que dans une seule direction. Mais au final, j’en suis très content. Quelque-part, détester ce que vous faites est un moyen de réapprendre à l’aimer. Comme je tourne mes films de manière chronologique, tous les jours sont différents. Je suis parfois satisfait, parfois non. Et même les jours où je le suis, je trouve le moyen de ne pas l’être. C’est un moyen de toujours voir les choses différemment pour que le processus avance et que le film évolue. C’est comme un mariage. Il y a des jours où ça fonctionne, des jours où ça ne fonctionne pas. Mais ça permet d’avancer.

My life directed by Nicolas Winding Refn_film

Il paraît qu’à Bangkok, vous avez fait venir un Shaman pour faire exorciser la chambre d’une de vos filles mais on ne voit pas cela dans le documentaire…

L. C. : C’est vrai qu’un Shaman est venu.

N. W. R. : Une de nos filles disait voir des fantômes dans une chambre précise, toutes les nuits. Elle hurlait et tout. En Thaïlande, c’est courant apparemment donc on nous a envoyé un Shaman. Ça n’a pas marché donc au bout de trois mois, on a déménagé. Et elle a dormi sans problème dès la première nuit.

Liv, il paraît que vous aimez beaucoup la musique. Curieusement, on a l’impression que votre utilisation de celle-ci dans votre documentaire, est assez proche de la manière dont Nicolas l’utilise dans ses films, dans Drive par exemple.

L. C. : J’ai eu de la chance que Cliff Martinez accepte de faire la musique. Pendant le montage, j’ai utilisé comme musiques temporaires, certaines de ses compositions pour Spring Breakers ou Drive. Quand il est venu, je lui ai dit que je voulais ça mais c’était compliqué pour lui de refaire la même chose mais différemment, alors elles sont restées.

Nicolas, dans le film, vous dites que vous ne voulez pas que Only God Forgives soit un film commercial. Est-ce que le film est une réaction provocatrice après Drive ?

N. W. R. : On ne va pas être hypocrite, on veut tous que nos films marchent et soient des succès commerciaux. En fait, je devais faire Only God Forgives avant Drive mais les choses se sont faites d’une manière que j’ai tourné Drive d’abord. J’aurai pu répéter Drive pour rechercher un succès similaire mais j’avais en tête le projet que je viens de terminer qui est Neon Demon. Sauf que pour pouvoir le faire, il fallait que je détruise ce que j’avais fait auparavant. Il fallait que je fasse autre chose. Le grand risque après un succès tel que Drive, c’est de vouloir courir après le succès et de se répéter. Je venais de faire trois films très forts sur la masculinité et l’idée était de d’émasculer le personnage masculin cette fois. Ryan Gosling a accepté de jouer un personnage à l’opposé de celui de Drive. Il est impuissant, faible, sous la coupe de sa mère. L’idée était de faire un film qui soit comme une installation pour repartir sur des bases radicalement différentes. Il y avait un tout petit budget, le film a d’ailleurs généré beaucoup de profits au final. Il ne faut pas oublier que pour pouvoir faire un autre film, le précédent doit avoir rapporté de l’argent. C’est essentiel. Voilà l’histoire de Only God Forgives.

Pensez-vous au final que le documentaire a fait office de thérapie et a fonctionné de ce côté là ?

L. C. : Oui, je le pense d’une certaine façon.

N. W. R. : On est ensemble depuis 20 ans, c’est la seule petite-amie que j’ai eu. Quelque-part, on peut dire que je suis sorti de ma mère pour rentrer dans Liv. (rires) Je dépends beaucoup d’elle et j’ai mis du temps à m’en rendre compte. Je crois que je ne pourrais pas fonctionner sans elle et on a étudié en thérapie comment survivre les 30 prochaines années… Enfin, c’est prévu non ?

L. C. : Oui, oui…

N. W. R. : Nos deux vies sont entrées en collision et j’ai compris que ce n’était pas que ma vie, mais aussi la sienne.

Quels sont vos projets Liv ? Avez-vous reproduit cette expérience sur le tournage de The Neon Demon ?

L. C. : Je ne sais pas du tout ce que je veux faire. Je n’ai pas de projets. Je voudrais faire un autre film, mais pas sur Nicolas…

Retranscription Mondociné.

Merci à The Jokers et Wild Side.

by Miss Bobby
DVD_My life directed by nicolas winding refn_film

DVD_My life directed by nicolas winding refn_film Je ne sais pas vous, mais vous ne vous êtes jamais demandé ce que ça fait d’être la compagne ou le compagnon d’une star ? Surtout quand vous n’êtes pas connu. C’est tout le sujet du documentaire de Liv Corfixen, femme du réalisateur Nicolas Winding Refn, dont la notoriété a emmergé après le succès de Drive. Et pour compliquer la chose, le film nous embarque au moment du tournage d’Only God Forgives. Une immersion en pleine tempête.

Il n’y a pas besoin d’être un grand cinéaste, d’avoir un scénario en béton (voir pas du tout) pour faire un film, bon en plus. Liv Corfixen et son My life directed by Nicolas Winding Refn en est la preuve. Un sujet particulièrement intéressant, même passionnant, filmé simplement avec une caméra, sans prétention, sans filtre, au cœur de l’intimité du couple. La réalisatrice réussit à exposer, avec une certaine tendresse et inquiétude, son mari dans la tourmente de son tournage. Elle accompagne le panel d’émotions, plutôt instable de Refn, qui accepte la création de sa femme malgré l’image qu’il reflète. La combinaison de l’art et l’amour. Beaucoup de compagnes ou compagnons de personnalités célèbres devraient faire ça, en jouant le jeu à fond. Il est vrai que le public a, la plupart du temps, une image erronée du cinéma et de ses acteurs (dans le sens large). Souvent idéalisée, il n’imagine pas que le processus créatif est semé d’embuches, compliqué et qu’il déploie un nombre incalculable de doutes. Corfixen ne nous montre qu’un homme avec des projets ambitieux. Nicolas Winding Refn n’est pas Dieu, il ne lui suffit pas de claquer des doigts pour pondre un film et plus que tout, elle l’a pris à une période charnière de sa vie : en plein succès après Drive et attendu au tournant sur sa prochaine œuvre.

Le résultat serait aussi intéressant avec un réalisateur comme Steven Spielberg ? Pas sûr, mais mes idées reçues me font penser que le réalisateur n’a peut-être plus les craintes que ressent Refn… En tout cas, si la curiosité vous titille de découvrir qui se cache derrière Nicolas Winding Refn à travers les yeux de sa femme, je vous encourage à regarder My Directed By Nicolas Winding Refn : pour le sujet et pour ce qu’il s’en dégage.

Retrouvez le compte rendu de la rencontre avec Liv Corfixen et Nicolas Winding Refn.

Sortie en vidéo et VOD le 27 Avril 2016.

by Miss Bobby
DVD Sorcerer_William Friedkin

DVD Sorcerer_William Friedkin Souvent quand je découvre des vieux films ou d’autres qui datent d’une vingtaine d’années, je me dis que j’ai la surprise à 30 ans sonnés de découvrir des œuvres que beaucoup ont découvert il y a longtemps. Je dis ça pour deux raisons : la première, c’est que si je les avais découvert il y a longtemps, je n’aurais pas eu l’analyse et le recul nécessaire pour les appréhender à leur juste valeur. La deuxième, c’est qu’à leur du numérique et de l’utilisation à outrance d’effets spéciaux, il est absolument fascinant de découvrir qu’il y a plus de 35 ans en arrière (voire plus), il était possible de réaliser des films incroyables, qui dégagent bien plus que des films d’aujourd’hui. Je me rends compte qu’il n’y a pas d’âge et qu’il n’est jamais trop tard pour apprécier de vieux films, même si on a été « formé » sur du moderne.

J’ai donc découvert avec du retard, Le convoi de la peur de William Friedkin qui est ressorti sous le titre Sorcerer et j’ai été soufflée. Dans une ère où l’effet spécial est surconsommé, Friedkin s’est contenté de recréer pour donner plus de réalisme et d’authenticité, n’utilisant aucun effet. En voyant le résultat, on ne peut qu’être en admiration.

Là où certains s’inquièteront de savoir comment il est possible de faire un film sur un convoi, je leur dirais qu’il y a bien un mec qui a fait un film palpitant avec un camion qui colle au train d’une voiture (pour info, je parle de Duel et ce n’était que Spielberg). Friedkin vous tiendra en haleine, sur le fil du rasoir, où la moindre pierre, la moindre embûche peut être fatale. Résisterez-vous à l’envie de vous ronger les ongles ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, oui, il y a bien Bruno Cremer (alias Maigret), complètement convaincant dans son rôle d’homme secret.

Je ne peux que vous inviter à découvrir Sorcerer, il comblera votre cœur de cinéphile et vous époustouflera autant par le scénario que par la réalisation.

Retrouvez la folle masterclass de William Friedkin lors de son passage à Paris.

DVD_Sorcerer film_William Friedkin

Bonus :

  • Sorcerers, Conversation entre William Friedkin et Nicolas Winding Refn (1h14) : 1h14 absolument passionnantes entre les deux réalisateurs. Deux générations qui s’expliquent sur le cinéma et sur la construction du Sorcerer, depuis l’idée jusqu’à sa ressortie en salles cette année en France. Refn travaille son entretien en posant des questions du point de vue du metteur en scène. Tout y passe : la genèse, la production, le budget, le changement de casting, le tournage, le montage, la musique, la distribution, la ressortie par La Rabbia. Une évolution complète sur Sorcerer. De plus, Refn pousse Friedkin dans ses retranchements pour exposer la sensibilité du réalisateur sur l’échec du film lors de sa sortie en salles, on sent clairement une tension entre-eux, ce qui déplaît beaucoup à Friedkin de devoir ressasser le passé. En plus d’un film incroyable, ce supplément vaut à lui seul l’achat du DVD ou du Blu-Ray.
  • Métaphysique de la peur par Philippe Rouyer (25 minutes) : le critique donne sa perception du film et de la peur .
  • William Friedkin sur le tournage de Sorcerer : document d’archives (6 minutes) : quelques minutes muettes sur le tournage du film.
  • Bande-annonce originale/bande-annonce française
  • Galerie de projets d’affiches

Sortie en vidéo le 02 décembre 2015.

by Miss Bobby

En général, je ne parle pas des films que j’ai vu et qui sont à l’affiche depuis plus d’une semaine. Je fais une exception à la règle pour Drive, gros coup de cœur.

J’ai vu le film en tête à tête avec moi-même dimanche dernier à l’UGC de Bercy, pendant que les couples se léchaient la poire sous le soleil de Bercy Village. J’ai préféré déguster Ryan Gosling avec délectation (lui lécher la poire était plus difficile, d’autant que c’est Eva Mendes qui s’en charge. Grrrrr).

Par où commencer?

Cette lenteur tout au long du film qui ressort de la réalisation, des mouvements posés du Driver (Ryan Gosling), son attitude nonchalante.

Une bande originale extraordinaire dont tout le monde tombe amoureux, puissante et voluptueuse.

Irene (Carey Mulligan) tout en douceur, finesse, touchante, délicate.

Une ambiance lourde, calme, qui peut mettre mal à l’aise en opposition avec ce romantisme effleuré, comme un baiser volé. Et finalement, pour un rendu assez poétique.

Des mots parfois, des regards souvent et des sourires qui en disent long et qui se suffisent. Ni plus, ni moins.

Ryan Gosling toujours aussi brillant pour qui la monotonie faciale dérangera, mais pour laquelle j’ai senti une grande puissance, s’accordant parfaitement avec l’ambiance. Je tiens à préciser que je n’ai pas pu m’empêcher de sourire à ses rictus. Je sais, ça fait midinette, mais je suis sûre que je ne suis pas la seule (même certains mecs ont dû sourire).

J’ai tout de même deux points négatifs :

La violence rude, brute, non dissimulée, pas forcément nécessaire. Étant une âme sensible, je n’ai pas supporté.

Le manque de courses la nuit. L’histoire veut que le Driver soit cascadeur le jour et chauffeur la nuit pour les malfrats. Malheureusement, ce n’est pas assez exploité, malgré une belle scène de course poursuite.

Qu’on ne s’y m’éprenne pas, le film est aux antipodes de la franchise Fast & furious. Il y a très peu d’action.

Pour ma part, le film rejoindra ma maigre collection de DVDs.

by Miss Bobby