Gangsterdam-film

Gangsterdam-film J’ai envie de m’adresser directement à Romain (Lévy, le réalisateur).

Romain, Romain, Romain… Qu’est-ce que tu nous as fait là ?! Il y a 4 ans tu nous pondais Radiostars, ton premier film et franchement, il était cool, j’avais adoré entrer dans l’univers de la radio, les acteurs collaient à l’histoire et tu me faisais en plus découvrir Pascal Demolon dont la voix et le charisme me font toujours un petit quelque chose. Voilà quelques années après que je vois débarquer sur mon petit écran de geek la bande-annonce de Gangsterdam. Bon déjà, le titre est peu chelou, un mix de gangster et Amsterdam… Ma foi, pourquoi pas. Je regarde la bande-annonce qui m’intrigue bien que l’affiche me fasse un peu peur et je découvre à la fin que c’est toi qui nous propose… Argh ! Ça ? Ce… Arf j’ose le dire, ce film ?! Étant bien éduquée, on m’a toujours dit de ne jamais jugée un livre sur sa couverture, encore moins un film sur sa bande-annonce. C’est vrai, on en a déjà vu des BA nazes qui cachaient des pépites comiques. C’est ce que je me suis dit vois-tu. La BA est pourrie, mais bon, ça se trouve il y a une comédie cynique, à l’humour subtil et vif, aux vannes qui piquent en-dessous…

Romain, bon sang ! Qu’est-ce que t’as foutu ?! Je pensais qu’on allait continuer à être bons potes, mais je peux pas tolérer Gangsterdam. J’ai mes limites. Je suis désolée mec ! Entre toi et moi, qu’est-ce que t’avais quand t’as écrit le scénario ? Une gastro, je vois que ça ! Et je ne dis pas ça parce que ta blague redondante sur les pets sonores est fatigante à la longue. On sait que le prout fait rire au cinoche, mais delà à nous en faire THE gag durant tout le film, t’étais pas obligé ! S’il n’y avait que de la blagounette bas de plafond, mais non ! T’as décidé, quand t’avais ta feuille blanche devant toi, que tu nous ferais le parfait jouet prototype pour midinettes de 18 piges ou quoi ? Avec Radiostars tu nous sortais de l’acteur qui en avait sous le capot et là tu nous balances Kev Adams. J’ai rien contre lui, il est gentil ce garçon – bien que j’attends toujours qu’il fasse ses preuves au grand écran – mais tu l’as choisi parce qu’il fait bon de l’avoir dans son long-métrage, ça ramène du djeuns dans les salles ?!

J’aurais voulu sauver quelques meubles, mais je peux pas. Et Manu Payet… Tu nous en as fait un pseudo mafieux à 2 balles. Je t’assure, j’ai essayé de me mettre des lentilles bleues et de me gominer le cheveu, je ne ressemblais pas à une baronne de la drogue (bah figure-toi que Payet non plus).

Romain, je te le jure, j’y ai cru pourtant ! Au début tu nous as balancé de la vanne qu’elle était bonne (je ne sais plus laquelle), et je me suis dit « ah ça va être pas mal ! »… Mmhhh et non ! Dommage pour moi, ça a vite viré au pet foireux.

Romain, comme j’t’aime bien et que je crois en toi et en ta coolitude, je vais faire comme si Gangsterdam n’avait pas existé dans ta filmographie, d’accord ? Tu devrais en faire autant. Et puis tu me reviens frais et en forme avec un troisième film qui me réconciliera avec toi, OK ? J’ai vraiment pas envie qu’on reste fâché tous les deux.

Sortie en salles le 29 Mars 2017.

by Miss Bobby
Miss Bobby_Blu-Ray_Elle l'adore

Miss Bobby_Blu-Ray_Elle l'adore Jusqu’où seriez-vous prêt à aller par fascination et adulation ? C’est la question à laquelle répond Elle l’adore, premier film de Jeanne Herry, fille de.

Pour les fans absolus, et même les moins fans, il y a toujours un moment où on peut se demander ce qu’on pourrait faire par « amour » pour notre idole. Je laisse de côté se marier et avoir des enfants (ça, ça me paraît logique), mais si les choses devaient se compliquer ? Comme Vincent Lacroix, grand chanteur français qui va faire appel à Muriel, sa plus grande fan, pour l’aider à se débarrasser d’un cadavre. Jeanne Herry a réussi avec Elle l’adore à créer une empathie entre le spectateur et son personnage féminin, car c’est bien elle le centre de cette histoire. Imaginez, Johnny se pointe chez vous un soir pour vous demander un service très délicat (je vous rassure, Jonnie n’a tué personne) ? Vous l’aideriez, espérant avoir la reconnaissance éternelle, forçant son admiration (inversement des rôles) ou vous n’en feriez rien, laissant passer votre chance d’intégrer une bonne fois pour toute la vie de l’idole des jeunes ? Bah oui, vous feriez comme Muriel, vous diriez oui, pensant mettre les deux pieds dans la vie de celui qui tapisse vos murs, au lieu de cela, vous mettriez vos deux pieds dans les ennuis.

Elle l’adore arrive à faire évoluer ses personnages et à renverser la vapeur, les qualités devenant des défauts, les défauts se transformant en atout, le chanteur descend de son piédestal, passant du rang d’icone à celui de simple mortel. La chute est rude. Sandrine Kiberlain aveuglée par la fascination, l’illusion, la naïveté incarne une fan dévouée et désespérément sous le charme. Laurent Lafitte s’installe confortablement dans son rôle de chanteur sûr de lui, parfois odieux, donnant parfaitement le change face à la police et à son public en revêtant un masque à la fois d’hypocrite, de mythomane et d’innocent. Un drame intelligent, construit avec finesse, où chacun finira par exposer sa part de faiblesse (même les très bons personnages secondaires incarnés par Pascal Demolon et Olivia Côte).

Bonus :

– Making of

– Bêtisier

– Commentaire audio

– Teaser

Sortie en vidéo le 03 février.

by Miss Bobby
Miss Bobby_Discount

Lorsqu’on m’a proposé une interview téléphonique du réalisateur de Discount, Louis-Julien Petit, l’occasion était trop belle pour refuser. Pouvoir échanger sur son premier film qui est une vraie pépite. Vous allez le voir ci-dessous, c’est un homme passionné et passionnant qui connait son film, son sujet et sa cause sur le bout des doigts ou comment ne pas faire que du cinéma ! Retrouvez ma critique de Discount ici.

Miss Bobby : Comment vous est venue l’idée du film ? Est-ce que c’était en constatant par vous-même le gaspillage alimentaire dans les grandes surfaces ?

Louis-Julien Petit : Non, pas du tout. L’idée du gaspillage est venue bien après. J’avais envie de faire un film sur les rébellions positives, sur les personnes qui prennent leur destin en main dans une société en laquelle ils ne croient plus, et qui arrivent à trouver des solutions alternatives. Ça, c’était l’idée de départ. De confronter la crise à des personnages qui pourraient en rire et qui pourraient trouver une autre solution. Ensuite, j’ai rencontré Anne-Marie Costa, une dame qui avait été caissière dans un supermarché en Lorraine. Elle avait été licenciée pour faute grave parce qu’elle avait « volé »… un coupon de promotion ! C’était un coupon pour avoir trois produits pour le prix de deux. Elle a été licenciée pour faute grave… Donc je l’avais rencontré, mais on ne s’est pas attardé sur ce vol absurde, parce que c’était quand même juste un ticket de promotion. Je me suis retrouvé face à une nana qui avait une énergie positive énorme, qui riait de tout cela parce qu’elle me disait qu’elle recevait énormément de lettres et de tickets de promotions depuis ! C’était beau tout ça, cet élan de solidarité des gens qui lui envoyaient des lettres de soutien, qui lui proposaient de partir en vacances, qui lui envoyaient des tickets resto, parfois même de l’argent. Et à ce moment-là, j’avais trouvé la tonalité du film, je voulais en faire une comédie sociale, une comédie qui rassemble autour de valeurs auxquelles on croit comme l’entraide et la solidarité, en recoupant tout cela avec mon histoire sur le hard discount. Qu’est-ce que c’est que le discount aujourd’hui… Car tout le monde va être discount bientôt, vous, moi, tout le monde. On sera remplacé par des machines ou par des gens plus jeunes, plus performants, moins chers. C’est une réalité économique. Alors, qu’est-ce qu’on fait à ce moment-là ? Est-ce qu’on baisse la tête et on prend la porte de sortie ou est-ce qu’on se relève et on essaie de trouver une solution alternative. Ça c’était important. Et je fais partie d’une association qui s’appelle M.I.A.A., Mouvement d’Intermittent d’Aide aux Autres, qui lutte contre le gaspillage sur les plateaux de tournage. Parce que j’étais assistant-réalisateur pendant dix ans et c’est ma meilleure amie qui a fondé cette association. On récupère à la fin des tournages les costumes, les décors, les accessoires, pour faire des braderies. Il y en a deux par an et en une journée, on arrive à faire plus de 15.000 euros soit 100 repas par jour qui sont distribués à des personnes en précarité. Pas que des SDF, mais aussi des gens qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Ce n’était pas une volonté de faire de l’argent, mais de trouver un moyen d’être solidaire. Y’a pas de fierté à l’être, il fallait l’être avant le film, pendant le film et après le film. Voilà, c’était un peu ça l’idée de base. Après, il y a plein de choses qui m’ont poussé à écrire, mais surtout, c’était de parler d’une rébellion positive, de ne pas accepter un système qui pousse à l’individualisme et à l’isolement. De s’entraider. Pourquoi le discount est le seul endroit où il n’y a pas de comité d’entreprise et de syndicats en interne ? Le seul moyen de lutter contre cette déshumanisation et l’individualisme, c’est de se regrouper dans l’entreprise.

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Mondocine : Vous avez répondu à plein de questions en même temps !

L.J.P. : Comme ça, on va passer de la question une à la question douze directement ! Pour revenir au gaspillage alimentaire, je ne suis pas un politique, je suis juste un réalisateur, je n’ai que 31 balais et c’est mon premier film. C’est la première fois que j’ai le droit de m’exprimer. Tout ça est assez militant. J’ai mis cinq ans à monter ce film. Pour l’histoire du gaspillage, ce qu’il y a dans les bennes des supermarchés, c’est du vol. De prendre dans les bennes. Il y a un éveil de conscience de la part des enseignes, c’est clair, mais il n’y a pas d’interface entre les associations qui collectent et les enseignes. Il y a un manque de moyens humains et techniques pour aller chercher tous les jours ces produits qui sont jetés. Et d’un autre côté, il y a les enseignes qui aimeraient donner mais qui ne peuvent pas parce qu’elles sont responsables de la qualité des produits. Etre responsable, ça signifie être responsable de l’acheminement, etc… Et dans leur logique, donner, ça coûte de l’argent. Parce qu’il faut trier les produits, ça veut dire camions frigorifiques pour amener les produits aux associations. Aujourd’hui, cette interface ne se fait pas. Donc si le film participe un petit peu à éveiller les consciences sur ce souci d’intermédiaire qui ne se fait pas, ce serait magnifique.

Mondo : Justement à l’instant, vous parliez de la tonalité du film. On l’a souvent rapproché du cinéma de Ken Loach en Angleterre. C’est une référence que vous assumez ?

L.J.P. : Alors oui, mais pas que. C’est proche du Ken Loach des années 90, qui était assez drôle. Mais les plus belles comédies anglo-saxonnes ont été faites post-Thatcher. Finalement, les cinéastes anglais avaient réussi à rire de la crise, à rire de la précarité. Aujourd’hui en France, on n’accepte pas ça. On est aveugle par rapport à cette précarité. Alors oui, il y a du Ken Loach, mais aussi du Stephen Frears comme The Van, du Full Monty, du Pride plus récemment. Little Miss Sunshine aussi (qui est américain – ndlr). Ça m’intéressait de faire un film d’aventure avec des personnages humains qui, à un moment, disent non. Quand on confronte la crise avec des personnages qui réagissent, sachant que ce sont des héros faillibles et anonymes, avec chacun leur bagout et leur personnalité, ça créé des situations comiques. Comiques et réalistes. C’est ça qui m’a attiré, travailler sur un réalisme drôle. Une absurdité en fait. Et c’est assez jouissif quand on a des super acteurs comme j’ai eu. C’était intéressant.

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M.B. : Justement pour le casting ? On sent une réelle volonté d’aller chercher des acteurs qui dégagent quelque-chose de vrai, d’authentique, plutôt que de grandes stars…

L.J.P. : Voilà, vous l’avez dit. Moi je suis plus spectateur que cinéaste. C’est mon premier long-métrage. En tant que spectateur, j’en ai un peu marre qu’on me montre une star à qui il arrive une histoire improbable. Moi, j’ai envie de personnes vraies, d’acteurs travailleurs, qui pensent plus à leur personnage qu’à leur image. J’ai envie de ça. On a mis cinq ans à monter ce film, l’engouement de la presse et des spectateurs ces derniers jours montre qu’on ne peut plus prendre les spectateurs pour des cons, franchement. Moi je suis spectateur et j’ai envie de voir des personnages, de croire en eux, j’ai envie d’un cinéma qui me donne des frissons, qui me fait rire, pleurer. Discount a été long à monter justement parce qu’aujourd’hui, on met tout dans des cases. On m’a demandé vingt fois : « Est-ce que c’est une comédie ? Est-ce que c’est un drame ? Ah mais c’est drôle, ok. Ah, mais ils sont pauvres ? Donc, c’est un drame ? » Heureusement, on y est arrivé grâce à ma productrice Liza Benguigui qui m’a dit à 25 ans, on va y arriver, ne lâche rien. On a tous les deux commencé le projet, on avait 25 ans. On en a 30 aujourd’hui. « On ne lâche rien, on va y arriver », c’est tout ce qu’elle m’a dit. Il faut de l’espoir de toute façon. Le cinéma est un divertissement, mais ce n’est pas parce qu’on fait du divertissement, que l’on ne peut pas avoir un propos dans lequel on croit. Monter un film, surtout pendant cinq ans, c’est de l’énergie. Il faut bien qu’il y ait du sens à tout cela.

Mondo : En parlant de sens, c’est très frappant de voir que dans votre film, il y en a beaucoup. Il y a beaucoup de thématiques qui le traversent. Le cynisme du système, le gaspillage, la course au rendement, l’exploitation du petit prolétariat, la logique de rentabilité au détriment des clients et des employés, la déshumanisation du monde professionnel… C’est presque ce que l’on pourrait appeler un « grand petit film » dans le sens où c’est une petite oeuvre en terme d’exposition médiatique, mais très grande par tout ce qu’elle brasse et dit…  

L.J.P. : Merci. Je ne sais pas quoi répondre à partir « merci » et rougir. Oui, il y avait plein de choses à dire sur nos sociétés un peu pressurisées. Je me suis servi du hard discount, mais des gens qui sont pressurisés à tous les niveaux, il y en a partout. C’est en cela que pour moi, Discount est un film universel. Cette histoire n’est pas particulière à chacun des personnages dans le groupe. Et c’est d’ailleurs ce qui les sauve car au final, ils ne pensent pas à eux personnellement, mais ils pensent au groupe et à leurs idées. Moi je crois que leur combat est juste. Et pour revenir aux comédies anglo-saxonnes, ce sont souvent des personnages qui se battent pour des causes justes. C’est important cette justice. C’est de la désobéissance civique et civile. C’est mal, mais il faut le faire. Souvent, on parle de Robin des Bois. Mais pour moi, ce ne sont pas des Robins des Bois. C’est pas « on prend aux riches pour donner aux pauvres ». C’est plus complexe, notre société est plus complexe. D’ailleurs, eux, ils prennent pour survivre. Ils ne veulent pas gagner plus pour acheter une maison, un yacht etc. Ils veulent juste conserver ce qu’ils ont déjà. Je trouve ça universel parce qu’en France, je crois qu’il y a énormément de familles qui se battent pour arriver à joindre les deux bouts. Pas pour avoir plus.

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Mondo : Pour rebondir sur les personnages, un autre détail frappant dans votre film, c’est qu’il ne verse jamais dans le manichéisme. Même le personnage de la responsable campée par Zabou Breitman, n’a rien de la patronne tyrannique et méchante. On sent juste qu’elle aussi est prise au piège elle-aussi du système, à son niveau…

L.J.P. : Bien sûr. Ce sont les témoignages que j’ai eu. Les directeurs juste méchants, ça n’existe pas. A l’instar du personnage de Romain, le vigile qui arrive dans le dernier tiers (interprété Romain Limpens – ndlr), qui lui est plus radical, qui ne se pose aucune question, qui ne réfléchit pas et exécute. Cela rejoint un peu la question d’avant. Les personnages au final vont se battre pour survivre et ouvrir la voie à d’autres auxquels on ne donne pas, ou plus, la parole. C’est ce que l’on appelle « la majorité silencieuse », un terme souvent utilisé par les politiques, ces gens qui ne s’expriment pas ou qui s’expriment à des moments donnés. Elle est là, la solidarité. Et moi je crois que ces personnages, au final, leur combat les dépasse. Il est répandu par madame « Tarama », par le petit jeune qui dit « solidaire » tout le temps. Le combat devient plus large. Dieu seul sait ce qu’il va leur arriver après, c’est à la libre interprétation de chacun. En tout cas, on n’a pas fait atteinte à leur dignité, ils ont gardé ça. Et ils sont heureux d’avoir fait ça, d’être ensemble, d’être libres en étant enfermés, alors que le personnage de Zabou Breitman est encore enfermée, mais dehors. Quand on accepte cette société qui pousse à l’individualisme, on s’isole, c’est comme la déshumanisation. Ces machines, au lieu de parler avec quelqu’un, on est tout seul comme un con devant une machine. On ne se parle plus, on ne prend plus le temps. C’est peut-être utopiste ou naïf ce que je dis, mais j’y crois. J’ai envie de dire à mes enfants qu’il y a de l’espoir. Il y a une sorte de prise de conscience depuis les événements qui se sont passés qui est claire, mais c’était avant. Il faut prendre le temps maintenant, se regarder dans les yeux et peut-être dire et accepter ce qu’on oblige à nos caissiers de dire, c’est-à-dire sourire, dire bonjour et puis un peu plus tard au-revoir et merci. C’est con, mais c’est de moins en moins employé ça.

Mondo : De toute façon, la société n’avancerait pas, si les gens qui la font avancer n’avaient pas une forme d’utopisme et de naïveté.

L.J.P. : J’espère. Le père de mon meilleur ami qui joue dans le film, est venu me voir à Aix-en-Provence. Il est Marseillais et avec son gros accent, il me dit : « Tu sais Ju, mon père me disait toujours que pour vivre, il faut être utopiste et fou. Et toi, tu es les deux ! Et ça c’est beau, on le voit dans ton film. » Ça m’a fait vraiment plaisir. Vous savez, pour parler un peu de l’histoire du film, c’est une première projection, un premier film. On n’avait même pas de distributeur au départ, on ne savait même pas si le film allait sortir en salles. On a signé avec Wild Bunch trois semaines avant le Festival d’Angoulême. On est sélectionné au Festival, c’est la première fois qu’on le montre au public, Zabou Breitman, Pascal Demolon le découvrent là-bas et là, on a le Prix du Public ! Les gens dans la rue criaient « solidaires ! », c’était fou ! On a le même prix que Les Garçons et Guillaume, à Table !. On est reconnu dans le Festival qui a découvert Intouchables. Moi j’y crois quoi, j’étais heureux. On a fait 50 dates après, dans toute la France, pour dire « On n’est pas tout seul, vous n’êtes pas tout seuls, on va y arriver, on y croit ». Donner la banane aux gens, en leur disant « vous allez être divertis, mais ça va être beau ». On va rire, mais oui, il ne faut pas se cacher qu’aujourd’hui ça va mal, qu’il y a des situations tristes. Moi je pense à la scène avec la nounou, que j’adore. J’adore cette scène, avec Sarah Suco et la nounou, quand elle va chercher son gamin, c’est quand la précarité regarde la précarité. Elles sont face à face, elle peuvent se disputer, on a tous les moyens de se séparer, d’être tout seul, de s’isoler et en fait non, « A demain. Oui, à demain madame ». Ces moments-là sont les plus durs.

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M.B. : Vous pouvez nous parler des décors qui font très réels ? Pour le supermarché, est-ce une reconstitution ou une enseigne vous a prêté des locaux ?

L.J.P. : C’était une reconstitution. Tous les décors étaient vides. Pour l’enseigne de hard discount, on a acheté à une banque alimentaire, les produits et on a acheté à A.N.D.E.S. (Association National Des Epiceries Solidaires), des fruits et légumes. Ensuite, on a redonné les produits consommables aux banques alimentaires. On a fait plein d’actions solidaires. Je ne sais pas si vous avez entendu parler de la bande-annonce solidaire sur Allociné. C’est le premier partenariat avec Les Restos du Cœur, depuis la création des Restos. J’en suis trop fier, mais vraiment très fier. Et on essaie de gérer au mieux cette campagne : plus on partage cette bande-annonce, plus le don aux Restos sera important, via Allociné. L’intégralité des revenus générés par les publicités ira aux Restos.

Mondo : C’est une très belle idée.

L.J.P. : Quand on a fait la tournée, il y avait énormément de restaurants locaux qui ont fait des caddies, pour récupérer des produits pour les personnes dans le besoin. On a fait aussi des séances solidaires « 1€ de plus ». Vous payez 5€ votre place de cinéma, 1€ de plus et on a fait une séance gratuite pour les gens en précarité. On a même donné le film en projection unique à Uzès via La Croix Rouge, pour des personnes qui ont été sinistrées lors des intempéries. À Uzès, il y a énormément de gens qui ont perdu leur logement et voilà, on a récolté des fonds pour eux. On ne fait pas que du cinéma. Faut arrêter d’entendre dire « Je me mets en danger, je prends des risques ». Non. J’entends parfois des comédiens, des réalisateurs dire ça, ça me rend fou. On fait que du cinéma, on ne sauve pas les gens. On n’est pas pompier, on n’est pas chirurgien-cardiologue, on n’est pas sauveteur en haute montagne. Et si le film n’est pas qu’un film, s’il devient quelque chose de plus grand et de plus beau, et bien là on aura réussi. Pour moi, il est là le sens de tout ça.

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Mondo : Justement, on ressent une humilité incroyable dans votre projet, dans votre façon d’en parler. Malgré cela, quelque part au fond de vous, vous aimeriez qu’il participe à faire peut-être bouger les choses à ce niveau-là ?

Je ne suis pas le sauveur du monde non plus, je ne suis que réalisateur. Comme je vous le disais tout à l’heure, essayer de faire l’interface. Vous savez, le jour des attentats, on devait être reçus par François Hollande, qui a fait appeler son Cabinet pour s’excuser. J’ai dit, mais attendez, qu’est-ce qu’on en a foutre de faire une projection à l’Elysée !? C’est tellement plus grave ce qu’il se passe. Je ne suis pas le sauveur du monde, mais en tout cas, je suis très fier du film. Souvent on me dit : « Mais t’es content ? ». Non je suis très fier. Je suis très fier, car j’avais écrit quelque chose, un éveil du conscient citoyen. Ça, c’est déjà ça. Et si les spectateurs viennent en nombre, eh bien ça serait super, et s’ils prenaient conscience du débat, du propos avec humour, eh bah ça serait encore mieux, ça serait génial. Je vais vous donner des noms : Eqosphere, OptiMiam et Checkfood. Ce sont des interfaces qui luttent contre le gaspillage alimentaire de manière quotidienne, soit en faisant l’interface entre les enseignes et les associations, ou des gens qui peuvent transformer des produits qui sont censés être gaspillés. Et OptiMiam et Checkfood, ce sont des applications smartphone pour être géolocalisé pour lutter contre le gaspillage chez nous. C’est important. Je vois à la télé les comédiens qui parlent du film, je suis ultra fier d’eux. Parce que, putain, ils en parlent, c’est tellement juste ce qu’ils disent, la manière dont ils s’expriment, l’authenticité, je crois qu’on a un vrai virage. Je n’ai plus envie en tant que spectateur d’être pris pour un con, je n’ai pas du tout envie de vendre ça, j’ai envie de dire ce qu’on fait et ni plus, ni moins, et pas avoir de médaille pour dire « chouette, j’ai fait quelque chose de formidable ». On a juste fait un film qui rassemble. Si les gens viennent demain (sortie le 21 janvier), j’en serai heureux.

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M.B. – Mondo : Nous vous le souhaitons !

L.J.P. : Merci.

Mondo : Malgré la dureté du sujet, il se dégage presque un côté « feel good movie » de Discount, vous n’appuyez jamais sur le pathos et au contraire, il s’en dégage une vraie luminosité et un certain optimisme, plein d’énergie… C’est un ton que vous recherchiez ?

L.J.P. : Le feel good movie, pour moi, la première fois que je l’ai entendu en argument marketing, c’était sur Little Miss Sunshine. Et moi, le feel good movie, ce que j’aime, c’est qu’on soit ému, qu’on pleure de joie, qu’on pleure de rire et qu’on rit jaune. Parfois, quand je suis spectateur, j’ai envie de ressentir, d’être ému. Et surtout, le feel good movie, c’est un film d’aventure, c’est un film où on rentre dans une aventure avec des gens ordinaires, des hommes, des femmes ordinaires, à qui il arrive des choses extraordinaires. Une aventure quoi ! Un film d’aventure. Oui, c’est juste ce que vous dites.

M.B. : Quelle était l’ambiance sur le tournage ? Ressentiez-vous cet élan social qui porte le film ?

L.J.P. : Oui, oui ! Tout le monde. J’avais envie de créer une sorte de famille, un peu comme dans Le Roi Lion, un dessin-animé comme ça, où on les voit tous, quand il y a le papa, la maman, le fils, la fille qui va tomber amoureuse, le petit frère… C’était ça. Je crois que ça se voit. On est authentique, ils le sont, et on est devenu très amis. Parce qu’on a vécu des moments très forts. On a vécu un moment très fort le 26 juin, quand je leur ai montré pour la première fois. On a vécu des moments très beaux sur le tournage, on a vécu un moment très beau à Angoulême le 26 août, et on a vécu un moment très beau le 12 janvier, le lendemain de cette marche solidaire où on avait su à ces deux moments précédents, que ce n’était plus du tout notre film. Mais le 12, c’était sûr que ce n’était plus du tout notre film, qu’il y avait des valeurs dedans qui avaient été perçues déjà en avant-première à Aix-en-Provence, comme un souffle de rassemblement. C’était beau ! Il y a un réalisateur qui a dit : « Moi je suis la voix des sans-voix, des personnes à qui on ne donne plus la parole, qu’on n’écoute pas, qu’on n’écoute plus ». Et en fait, les spectateurs sont aujourd’hui les porte-voix du propos. La presse le fait très bien aussi, ça j’en suis très fier.

Miss Bobby_Discount

Mondo : Vous aussi en tant que réalisateur, parce que tout à l’heure vous disiez que vous n’étiez « qu’un réalisateur ». Mais en même temps, il y a des tas d’hommes qui ont fait avancer la société, on aurait pu dire qu’ils étaient que des écrivains, etc.

L.J.P. : C’est vrai. Mais c’est une manière d’être très pragmatique, parce que j’ai essayé d’apporter ma vision à un moment donné, j’ai essayé de monter des projets auxquels je crois, et de donner du sens à tout ça.

Interview téléphonique réalisée et retranscrite en collaboration avec Mondocine.net.

Merci à Bubblingbulb pour ce joli moment !

by Miss Bobby
Miss Bobby_Discount

Miss Bobby_Discount Attention, petit film avec maxi potentiel : ne rechignez pas à aller voir Discount, vous vous en mordrez les doigts.

Discount a tout pour plaire : une histoire pile dans l’air du temps sur la difficulté à joindre les deux bouts à la fin du mois, une bande originale qui vous fera trémousser sur votre siège, un message fort, de gros enjeux, un excellent jeu d’acteur, du suspense, de l’humour, de la sensibilité. Quand je vous disais qu’il vaut le coup.

Des acteurs pas spécialement connus pour ce film de Louis-Julien Petit, mais qui gagnent à l’être ou à jouer dans encore plus de films (Pascal Demolon que j’affectionne beaucoup ou Corinne Maserio, pour ne citer qu’eux). Des acteurs qui n’en font pas des caisses (aux caisses, voilà c’était l’instant Jean Roucas), s’inscrivant dans l’authenticité, au point qu’il est très facile de s’identifier à leurs personnages : en proie parfois à la survie lorsque l’on a un enfant à charge, entretenir un héritage, ou encore subvenir aux besoins d’un proche. Chacun y trouve son compte, on pourrait tous se retrouver à leur place, dans un emploi miteux qui nous oblige à sourire alors que l’on est poussé vers la sortie. Ces personnages éclectiques et hauts en caractère vont se lancer dans un commerce illégal pour arrondir leurs fins de mois tout en aidant les gens. Même radicalement différents ils vont s’armer d’un courage à toute épreuve face au « géant » du Discount, face aux autorités.

Discount ne tombe jamais dans le pathos, dans le convenu ou la banalité, c’est ce qui en fait sa force. Il délivre un message sur la société de consommation, les rapports hiérarchiques, le gaspillage en grandes surfaces, le soutien et les liens qui se forment dans la difficulté. On aimerait tous passer outre les supermarchés, avoir l’audace d’aller contre ceux qui gouvernent notre manière de consommer tout en prenant en compte les risques encourus.

Louis-Julien Petit a su servir avec Discount un film accessible à beaucoup (on ne va pas se leurrer, je pense que les riches en n’auront rien à faire. Tant pis pour eux), jonglant entre la puissance du message et la montée d’adrénaline aussi forte qu’un film d’action, reposant son scénario sur une brochette d’acteurs talentueux.

Retrouvez mon interview de Louis-Julien Petit.

Sortie en salles le 21 janvier.

by Miss Bobby
Miss Bobby_L'Ex de ma_Vie

Miss Bobby_L'Ex de ma_Vie Quoi ?! Encore un concours ? Je chouchoute mes lecteurs, ce n’est rien de le dire !

Aujourd’hui, je vous propre de gagner des places pour le film L’Ex de ma vie, le nouveau film de Dorothée Sebbagh avec Géraldine Nakache, Kim Rossi Stuart, Pascal Demolon, Sophie Cattani et Catherine Jacob qui sortira le 25 juin.

Synopsis

Ariane, une jeune violoniste française, accepte la demande en mariage enflammée de Christen, un irrésistible chef d’orchestre. Seul hic : elle est encore un tout petit peu… mariée ! Séparée depuis deux ans de Nino, un instituteur italien au caractère bien trempé, elle parvient à le convaincre de la suivre à Paris pour divorcer en 8 jours chrono. Mais leur voyage à deux dans la ville de l’amour s’annonce beaucoup plus mouvementé que prévu…

Je vous propose de gagner 5×2 places pour cette comédie particulière. Il vous suffit de répondre aux questions qui suivent en vous aidant de la bande-annonce.

Vous avez jusqu’au 27 juin pour tenter voter chance.

LES PARTICIPATIONS PAR COMMENTAIRE NE SERONT PAS ACCEPTÉES.

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© 2014 Les films du 24 – TF1 Droits Audiovisuels – Cattleya – Vip Cinéma 1

by Miss Bobby
Miss Bobby_Divin_Enfant

Miss Bobby_Divin_Enfant

Un concours se finit, un autre commence, c’est presque l’histoire de la vie, du cycle éterneeeeel euhm… pardon.

Un film français à l’ordre du jour : Divin enfant.

Synopsis

Une grande maison au milieu des vignes. Un réveillon de Noël dans une famille très recomposée se transforme en cauchemar absolu lorsque la maîtresse de maison annonce à son nouveau mari qu’elle est enceinte. Elle ignore qu’il ne peut pas avoir d’enfant…

Un film de Olivier Doran avec Sami Bouajila, Émilie Dequenne, Géraldine Pailhas, Guillaume De Tonquedec, Linh Dan Pham, Natacha Lindinger, Pascal Demolon, Marco Prince.

Sortie du film le 15 janvier.

Qu’est ce que je vous propose ? 5×2 places à gagner jusqu’au 22 janvier.

Pour ce faire, comme d’habitude, répondez aux questions qui suivent en vous aidant de la bande-annonce.

LES PARTICIPATIONS PAR COMMENTAIRE NE SERONT PAS ACCEPTÉES.

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by Miss Bobby