La La Land_film

La La Land_film Tout le monde y est déjà passé, arrive enfin mon tour où je dois effectuer l’exercice périlleux de parler de La La Land. Quoi dire quand tout a déjà été dit, quand les critiques dithyrambiques ont fusé dans tous les sens ?

La La Land c’est une brise fraîche et fleurie qui vient virevolter dans le paysage cinématographique hollywoodien. C’est frais, original et en plus, ça libère les tensions lombaires. En somme, ça donne un coup de fouet tout en étant relaxant.

J’allais dire, on ne présente plus Damien Chazelle, pourtant, si, on présente encore ce jeune réalisateur prodigieux, qui avait déjà scotché tout le monde avec son Whiplash. Profitons-en, bientôt, on ne le présentera plus. Une petite trentaine d’années à son compteur et un talent fou, le timide réalisateur canadien revient avec un second long-métrage, audacieux, passionné et passionnant répondant au doux nom de La La Land. Un titre qui chante comme une comptine pour un film vibrant et éclatant.

Chazelle a le culot de mettre en scène une comédie musicale, un exercice qui ne se fait plus, du moins avec talent, depuis l’époque où le charismatique Gene Kelly faisait chanter ses claquettes. On ne parle bien évidemment pas des High School musical et autres Sexy Dance, très pâles figures dans le genre. C’est donc sous forme d’un pari osé que le metteur en scène revient, d’autant plus que son nom reste encore à être gravé sur le marbre hollywoodien. Un nom que tout le monde commence à connaître après les 7 Golden Globes que le film vient de recevoir.

Parlons peu, parlons bien, qu’est-ce qu’il a ce film pour retourner autant les esprits ? Mis à part l’audace d’être une comédie musicale originale à l’heure des blockbusters et des remakes, La La Land est avant tout une comédie romantique comme on n’en fait plus et comme l’âge d’or savait si bien les faire. Des personnages charismatiques, interprétés avec élégance par Ryan Gosling et Emma Stone, dans un Los Angeles magnifié, proche du décor de cinéma. Les deux acteurs exposent leur talent avec brio, où le moindre regard joué laisse s’échapper une floppée d’émotions, valant tout autant que des lignes de dialogue.

L’oeuvre de Chazelle explose à l’écran par ses couleurs flamboyantes montrant Los Angeles et ses habitants sous leur meilleur jour. Le cinéaste propose un hommage aux vieilles comédies musicales des années 50 avec tout ce que cela implique, claquettes, chorégraphies, chansons, décors de studio, costumes et photographie technicolor. Mais La La Land, c’est aussi et surtout une comédie romantique qui parle d’une rencontre, qui parle de passion(s), qui parle de rêves tellement grands qu’ils en sont presque insaisissables. Une comédie romantique sur les destins croisés de deux âmes en peine qui se cherchent, qui se trouvent, et qui vont finir par s’aimer, pour le bonheur et pour le pire.

La La Land est un film qui touche, qui marque, qui fait taper des pieds par sa sublime bande originale, qui met des étoiles dans les yeux, qui fait rêver, qui laisse le cœur léger. Un vrai bijou d’interprétation et de réalisation.

Sortie en salles le 25 Janvier 2017.

http://www.imdb.com/title/tt3783958/?ref_=nv_sr_1

by Miss Bobby
Miss Bobby_DVD_Whiplash

Miss Bobby_DVD_Whiplash Ça raisonne comme un « splash », ça pourrait presque être rigolo comme l’eau, sauf que Whiplash rime avec le « splash » du fouet, celui qui claque sec et qui fait saigner.

Whiplash est l’histoire d’un jeune prodige de la batterie, ses vices sont le jazz et la perfection. Il va rencontrer ce professeur tyrannique qui va le pousser à bout pour aller jusqu’au bout.

Deux figures du cinéma qu’on ne s’attend pas à voir dans ce film. D’abord, la figure montante à la gueule cassée qu’est Miles Teller qui, après avoir prouvé qu’il pouvait faire sans problème le kéké dans des comédies pour ados en mal de super fêtes, prouvent avec The Spectacular Now et maintenant, Whiplash tout le talent qu’il cache sous le capot. De la graine d’émotion et de sensibilité qui ne demande qu’à grandir, s’épanouir et à exploser. Miles Teller vous coupera le souffle dans le sens le plus littéral du terme par sa méthode d’exploitation de la batterie, de la torture psychologique et physique, voire même par la folie des grandeurs qui le gagne petit à petit, transformant ce petit batteur de lycée en un monstre aliéné par la musique. Face à lui, un monsieur qu’à première vue on n’aurait pas choisi pour ce rôle, mais que Damien Chazelle a préféré pour incarner la tyrannie presque au bon cœur. Et quelle réussite ! J.K. Simmons laisse libre court à son charisme obscur et à l’excès de confiance dégagé par son personnage de professeur, oscillant sans cesse entre la fausse gentillesse, l’hypocrisie bien placée et l’incarnation du diable en personne, démontant tout sur son passage, mêmes les âmes les mieux accrochées.

C’est ainsi que Whiplash offre un spectacle à la fois musical, sensible et incroyablement fort grâce à ce duo que l’on pourrait comparer à un ouragan, tant il est puissant. L’histoire de cette ascension semée d’embûches vous plaquera au fond de votre siège, hérissant vos poils de bras, appuyant sur votre corde sensible comme si votre vie en dépendait. Damien Chazelle offre un film brièvement inspiré de sa jeunesse, intimiste, qui vous marquera au fer rouge.

Bonus

– Entretien avec Damien Chazelle (5 minutes) : Comment lui est venue cette idée ? Son amour pour le jazz.

– Entretien avec J.K. Simmons (5 minutes) : J.K. Simmons fut très surpris de découvrir Damien Chazelle, il l’imaginait autrement et ne s’attendait pas à ce qu’il soit aussi jeune. Il explique que son expérience dans la musique lui fut très bénéfique pour ce film.

– Entretien avec Miles Teller (5 minutes) : Interview enregistrée durant le Festival américain de Deauville (séquence souvenirs). Miles Teller explique lui aussi que son expérience comme batteur lui a simplifié la vie sur le tournage

– Whiplash, le court-métrage (17 minutes) : Le professeur est également joué par J.K. Simmons et reprend l’introduction du long-métrage, lorsque Andrew participe à son premier cours.

– Bande-annonce

Retrouvez une interview plus complète de Damien Chazelle et Miles Teller réalisée durant le Festival américain de Deauville.

Sortie en vidéo depuis le 06 mai.

by Miss Bobby
Miss Bobby_Films_2014

Miss Bobby_Films_2014

Comme l’année dernière et toujours dans cette volonté de ne pas vraiment faire comme tout le monde, je vous propose mon article résumé sur mes films marquants de cette année, parce que oui, je n’ai pas envie de faire un Top 350 comme on en voit partout.

Déjà, j’ai été très studieuse cette année et j’ai tenu religieusement un tableau Excel répertoriant tous les films vus en projections et au cinéma. Voici quelques statistiques :

141 films vus en un an.

120 vus en projections, contre 21 au cinéma.

8 films qui sortiront en 2015 (et qui ne seront pas dans mes coups de cœur 2014, logique).

C’est parti ! Donc vous avez compris, il n’y a pas d’ordre spécifique, mais je garde LE film qui m’a retournée bien comme il faut pour la fin.

Les films qui m’ont fait mourir de rire :

22 Jump Street

Les Gardiens de la galaxie

Le film qui m’a fait voyager :

La vie rêvée de Walter Mitty

Les films qui m’en ont mis plein la vue :

The Amazing Spider-Man 2

– Edge of Tomorrow

Interstellar

Les films qui m’ont fait réfléchir :

I Origins

Men, Women and Children

Les films d’amour qui m’ont donné des frissons :

Last Days of Summer

Her

– Nos étoiles contraires

New York Melody

Le film qui m’a donné faim :

#Chef

Le film qui m’a fait me sentir moins seule :

Les Gazelles

Les films qui m’ont fait du bien :

Dans l’ombre de Mary

– The Good Lie (pas de date de sortie)

Les films qui prennent à la gorge :

Whiplash

Gone Girl

Respire

Dallas Buyers Club

Le film qui m’a retournée pour de bon et pour lequel il m’a fallu plus d’une heure pour m’en remettre, qui m’a beaucoup donné envie de pleurer et m’a fait passer par une palette d’émotions pas possible :

Mommy

 Je me souhaite pour 2015 d’en voir plus de 141 !

Miss Bobby_2014

Miss Bobby_2014

2013 avait été riche en émotions, mais je pense qu’avec 2014 je suis montée d’un cran (voire de deux), aussi bien sur le plan personnel, que le reste, notamment avec le blog.

Une année qui a débuté par une rencontre, à première vue anodine et qui a chamboulé ma vie, ma manière de voir certaines choses, de ressentir, tel un ouragan, ouragan qui a tout emporté sur son passage.

Un enchaînement de films, ce coup-ci, j’ai tenu les comptes (films vus et revus dans le cadre de projections ou au cinéma) : 141 ! C’est peu par rapport à certains boulimiques, néanmoins, c’est beaucoup en comparaison de l’année dernière et des années précédentes. Je ne prends pas en considération les DVDs, sinon je ne m’en sors plus.

Un enchaînement de tables rondes et de conférences de presse : Un week-end à Paris, Nebraska, Captain America, Mea Culpa, The Grand Budapest Hotel, Maléfique, La Planète des singes : L’affrontement, Paddington et puis toutes celles de Deauville : I Origins, Whiplash, The November Man (et toutes les conférences de presse).

Des événements à n’en plus finir, un nombre incalculable de buffets avec champagne et petits fours, des personnalités croisées ici et là, et des émotions, encore et toujours.

Les rencontres de Mondocine, de Salles Obscures, de Regardez-moi ça, d’Indie Kino.

L’aboutissement de mes cours de théâtre par deux superbes représentations de 8 Femmes.

Des concerts avec La Meilleure : Depeche Mode à Bercy et Indochine au Stade de France.

Mon premier festival ciné en étant accréditée à Deauville : 10 jours de beau temps, de bronzage, de stars, de films, de conférences, de tables rondes… 10 jours à se sentir dans la peau d’une journaliste. Et le compliment en or de Ray Liotta !

Des micros vacances à Londres.

Des heures passées à jouer à Guitar Hero, notamment le morceau de Van Halen – Ain’t talkin about love.

La participation à l’émission de pâtisserie : Le Gâteau de mes rêves avec Christophe Adam. Une super expérience aussi bien avec le chef que le tournage en lui-même, pour un joli résultat.

Vous, de plus en plus nombreux à me suivre.

Je vous rassure, j’ai eu aussi des coups durs, tout n’a pas été tout beau et tout joli.

J’espère pour 2015 moins de choses négatives et encore plus de positif (oui, je peux rêver).

Je vous souhaite une merveilleuse année 2015, pleine de films, de séries, de belles rencontres, de gâteaux, de voyages, de sourires et de petits moments de bonheur !

Miss Bobby_Miles_Teller_Whiplash

Le 24 décembre sortira l’excellent Whiplash (ma critique ici). J’avais eu la chance avec quelques autres privilégiés de rencontrer l’acteur principal, le charismatique Miles Teller et son réalisateur, Damien Chazelle (dont vous pouvez retrouver le compte-rendu là). Retour sur cette belle rencontre.

Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

Miles Teller : Ce film est venu à moi alors que je venais de finir Divergente. J’étais épuisé, le tournage avait été difficile. Il faisait très froid à Chicago et on avait beaucoup d’entrainement physique. Je voulais me reposer, mais quand j’ai lu le script, je me suis dit que c’était juste impossible que je laisse le rôle à quelqu’un d’autre, c’était impossible que quelqu’un d’autre ait cette opportunité. Donc j’ai tout envoyé bouler et je l’ai fait. Ça m’arrive souvent ce genre de situations !

Dans ce film, vous jouez face à J.K. Simmons. Vous avez beaucoup répété ensemble ? Parce que vu votre relation, il est impératif d’avoir une vraie connexion…

M.T. : Non, en fait, on n’a pas vraiment travaillé avant. J’ai rencontré J.K. Simmons très tardivement. On a fait une lecture du script peut-être une semaine avant le tournage et après, on s’est retrouvé directement sur le plateau. Ce sont deux personnages qui savent exactement ce qu’ils veulent, ce qu’ils attendent. Et pour moi, il fallait juste arriver en ayant bien préparé les scènes et réagir. Il fallait bien écouter et jouer le plus sincèrement possible. C’est ce que j’ai essayé de faire.

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Quelle a été la plus grosse difficulté sur ce tournage parce que votre performance est hallucinante, vos mouvements à la batterie sont très rapides, très douloureux…

M.T. : C’est vrai que c’était fatiguant, mais bizarrement, pour moi, ça n’a pas été les scènes les plus dures. La scène la plus difficile aura été celle de l’accident de voiture. J’ai déjà eu un très grave accident de voiture (il a failli mourir, c’était en 2008, d’où les cicatrices qu’il a sur le visage – ndlr). Et là, je me suis retrouvé avec du sang plein la figure, je devais sortir de la voiture avec cet air déboussolé et ce sentiment de confusion “je viens d’avoir un accident”… Et je sais ce que ça fait. Mais en même temps, je devais jouer cette scène presque comique où la seule chose à laquelle pense Andrew, ce sont ses baguettes de batterie.  C’est presque drôle. Et pour moi qui ai eu un accident de voiture, ce n’était pas évident.

Cette année, vous avez tourné plusieurs films très importants dans votre carrière. Le magnifique The Spectacular Now, Divergente. Mais j’ai quand même cette impression que Whiplash est un vrai tournant dans votre carrière. C’est une vraie “performance”. Est-ce que vous réalisez que cette performance est une étape ?

M.T. : Oui. Pour moi les rôles les plus importants sont généralement des rôles que l’on obtient petit à petit à force de jouer. C’est pour ça que je pense que les acteurs masculins reçoivent leurs meilleurs rôles aux alentours de  30 ou 40 ans. Avant, vous jouez souvent des trucs plus légers. Et c’est très rare d’avoir la chance de faire un film comme Whiplash qui est très exigeant, quand on est un jeune acteur. Et j’ai pris beaucoup de plaisir à le faire. Quand vous étudiez la comédie, vous jouez des rôles avec des personnages qui sont beaucoup plus vieux que vous. Et c’était génial de jouer un personnage qui avait une aussi grande palette. Le personnage du début n’a plus rien à voir avec le personnage de la fin. Et je suis impatient maintenant, après Whiplash, de jouer dans des films avec de vrais rôles masculins.

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Vous jouiez déjà de la batterie avant ou vous avez eu un coaching particulier pour rendre cette performance crédible ? Comment vous êtes-vous préparé ?

M.T. : J’ai eu ma première batterie à 15 ans. À 6 ans, je jouais du piano. J’ai joué du saxo aussi. J’ai même fait partie d’un groupe de jazz. Je me suis même mis à la guitare pour impressionner les filles. La batterie, c’était pour ça aussi, mais ça marchait moins bien ! J’étais familier avec la position du batteur. Mes amis jouaient tous de la guitare, mais moi c’était de la batterie.  Mais, je me suis remis à la batterie de façon plus intensive avant le tournage. Pendant trois semaines, je travaillais plusieurs heures par jour. Tout ce qu’on peut entendre dans le film, n’est pas toujours de moi, mais l’intensité est réelle.

Damien Chazelle vous a recommandé des chansons, des musiques à écouter avant le tournage ?

M.T. : Il m’a envoyé des choses, oui. Et puis Youtube était une chose géniale pour un acteur. Je peux regarder tout ce que je veux sur mon téléphone ou l’ordi. Et j’ai regardé beaucoup de vidéos sur Joe Jones, Charlie Bird etc… Tout est si accessible. Il fut un temps où il aurait fallu aller à la bibliothèque et tout le bordel. Maintenant, tout est accessible. J’ai regardé des morceaux de vieux jazz pour trouver ce genre de rythme si spécifique et si bon !

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Vous disiez que vous aimeriez maintenant avoir plus de vrais rôles “masculins”. Là, vous avez joué dans Les 4 Fantastiques. Vous pouvez nous en parler un peu ou pas ? Et surtout, pour l’avenir, vous aimeriez jouer des rôles de méchants ou des rôles plus psychologiques ? D’autant que dans Whiplash, on voit un tout petit fond de méchanceté involontaire…

M.T. : Je ne suis pas à la recherche spécialement de ça. Avec Divergente, j’ai joué un personnage qui, dans un sens est un peu méchant mais… Mais je ne cherche pas ça particulièrement. Je ne pense pas non plus que J.K. Simmons pense que son personnage est méchant. Il faut rester du point de vue de son personnage. Là, je vais jouer le rôle d’un boxeur (dans le film Bleed for This de Ben Younger). C’est un vrai challenge, avec transformation physique, régime alimentaire, entraînement physique etc… Depuis plusieurs mois je m’entraine et d’ici la fin du tournage je n’aurais plus que 6 % de matière grasse dans mon corps, c’est complètement fou et c’est très dur !

Et vous allez retravailler avec Damien Chazelle ? Peut-on dire qu’il y a un truc de spécial entre vous, vous êtes comme une « team » ?

M.T. : Oui. Quand vous travaillez avec quelqu’un et que le processus créatif est bon, que vous êtes heureux et productif, vous avez envie de recommencer. D’autant qu’après, il y a en plus l’histoire commune, la confiance et le confort. Je n’ai jamais passé autant de temps avec un réalisateur. On a une vraie relation de confiance. Et je n’ai pas envie qu’il travaille avec un autre acteur ! Surtout qu’après Whiplash, tout le monde va vouloir travailler avec lui !

Quand vous rêviez de devenir un jour un acteur, étiez-vous comme votre personnage dans Whiplash, prêt à tout pour atteindre votre rêve, prêt à souffrir pour votre rêve ?

M.T. : Non. En fait, je n’ai pas eu à vivre cela. J’ai eu de la chance. Mais je sais que j’ai besoin de beaucoup travailler, de bien me préparer. Jouer la comédie, c’est vraiment un métier formidable, mais je suis conscient que c’est un métier où tout peut disparaître du jour au lendemain. Mais non, je n’ai jamais eu besoin de dire à mes parents d’aller se faire foutre ou de m’isoler complètement pour jouer. De toute façon, être un acteur, c’est déjà être souvent seul, dans votre hôtel, loin de vos proches etc… Il faut trouver l’équilibre.

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Et à propos des 4 Fantastiques ?

M.T. : Donc, ils sont 4 ! (Rires) Ce que je peux vous dire, c’est que c’est un film… Ça fait plus de 50 ans que Les 4 Fantastiques existent. La difficulté a été de les adapter aux années 2000, à 2014, et de ce qu’ils seraient devenus maintenant. À quoi ils ressembleraient en tant que Super Héros d’aujourd’hui. Ce qu’ils sont ou ne sont pas. C’est la partie la plus excitante, de poser une empreinte sur un personnage.

Il va être donc très différent des anciens films ?

M.T. : Très différent. Déjà, Michael Chicklis n’est pas dans le film et il ne porte pas un énorme costume… (Rires)

Un petit mot à propos de Shailene Woodley qui devait venir à Deauville, justement…

M.T. : Oui, elle n’a pas pu.

On lui pardonne… ! (rires)

M.T. : Je lui dirai.

Vous avez joué ensemble dans The Spectacular Now, puis dans Divergente. Vous avez d’autres projets de films ensemble, quelque-chose de différent peut-être ?

M.T. : Oui. Elle n’a jamais fait de vraies comédies. Et pourtant, c’est une fille très drôle, diverse. On essaie de trouver un truc pour retravailler ensemble. On aimerait bien faire un film ensemble sur l’évolution d’un couple ou un musical ensemble, mais j’en prépare un solo avec Damien Chazelle donc elle va m’en vouloir 😉

Vous avez vu White Bird ?

M.T. : Non, pas encore. Il faut que je le vois.

Retranscription par Regardez-moi ça.

Merci à Bossa Nova.

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Le 24 décembre sortira l’excellent Whiplash (ma critique ici). J’avais eu la chance avec quelques autres privilégiés de rencontrer le réalisateur, le timide Damien Chazelle et son acteur principal, Miles Teller (dont vous pouvez retrouver le compte-rendu là). Retour sur cette belle rencontre.

C’est un film très masculin. Il y a le héros bien sûr, mais aussi le père, le professeur, les élèves, mais il n’y a pas de mère ou de figure féminine, excepté sa petite-amie et encore, sa relation avec elle est lointaine à cause de son art… Pourquoi ?

Damien Chazelle : C’est fait exprès. Le monde du jazz, historiquement, c’est un monde masculin. Je trouve ça intéressant de voir qu’après toutes ces années, il y a toujours autant de ségrégation dans le jazz au niveau du sexe. On voit beaucoup de femmes qui chantent, qui jouent du piano. Il y a certains instruments où l’on ne voit pas de femmes. D’un côté, c’est triste. Et d’un autre, il y a le reflet d’une tradition, d’une culture qui n’est pas très loin de la culture militaire, des autres environnements qui ont été, historiquement, très masculins et où la venue des femmes est très récente. Et Fletcher descend de la tradition des Buddy Rich, Miles Davis, Harry James… C’étaient des types très machos. Je pense qu’il y a aussi une sorte de manque de confiance dans les musiciens, surtout les musiciens de jazz. Parce que déjà, c’est une musique qui n’est pas très populaire dans la société, on ne va pas gagner des fortunes. Et quand on est jeune, dans la culture ou la société, les musiciens de jazz seront toujours en-dessous des athlètes (ce que le film montre – ndlr). Il y a donc toujours ce sentiment d’insécurité chez ces jeunes hommes musiciens, par rapport aux sports physiques. Et pour un batteur, c’est difficile car c’est très physique. Il y a un côté presque boxe, avec les mains qui saignent, les doigts qui fatiguent… Mais on est traité comme un petit jazz band geek par le monde et donc, c’est un peu à cause de ces clichés que le jazz est perçu comme quelque-chose de délicat, peut-être même de féminin. Parce que c’est artistique, c’est subtil, c’est tout ce que n’est pas le sport. Le professeur Fletcher sait comment manipuler les peurs et les sentiments de ses élèves, et il le fait en insultant la masculinité de ses élèves. Pour le père, c’est un peu le père émasculé. Il n’a pas réussi à atteindre ses rêves, il n’a pas réussi à garder une famille. C’est un père qui est devenu à la fois père et mère. Et Andrew souffre un peu de ce modèle de société typiquement masculin. La scène avec la famille voisine qui vient dîner est emblématique pour ça. C’est une famille typiquement américaine, avec le père, la mère, les deux fils, on parle football… C’est classique, ça. Et c’est tout ce que n’a pas vécu Andrew et il le sent. Et ça le touche.

Il y a une thématique très présente dans le film, c’est celle de la souffrance. Et il y a un lien entre le plaisir et la souffrance qui est suggéré. Pensez-vous, vous aussi, que pour trouver le vrai plaisir, la vraie satisfaction, il faut passer par la souffrance ?

D.C. : Oui, je pense. L’art n’est pas facile et si c’est facile, c’est que c’est mauvais. Il y a un mythe que je trouve très bête, c’est le mythe du génie né. Ça n’existe pas. On a celui de Mozart par exemple, mais si on connaît vraiment l’histoire de Mozart, on comprend que c’est son père, c’est son éducation, son milieu. C’était une enfance très bizarre, il ne faisait que de la musique. À 5 ans, il avait déjà passé plus d’heures à faire de la musique, que les autres musiciens à 20 ans. Donc, ce n’est pas magique le génie. Il y a du magique dans l’art qu’il créé, mais le génie ne l’est pas lui. Pour moi, la seule chose qui lie tous les génies du monde, quelque soit les disciplines, c’est qu’ils bossent plus que les autres. Et c’est un peu ça que je voulais montrer, que ce n’est pas facile et qu’il faut de la souffrance.

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Pourquoi votre choix s’est porté sur J.K. Simmons pour incarner Fletcher ?

D.C. : Le producteur du film a suggéré son nom parce qu’il le connaissait bien. Moi ce que j’adore chez lui, c’est que oui, il peut faire des monstres (on a tous vu Oz), mais c’était il y a longtemps. La plupart de ses rôles ces dernières années, c’était des rôles de pères gentils. Le père qu’il jouait dans Juno, c’est un peu l’équivalent du père d’Andrew dans mon film. Pareil, le patron du journal dans Spiderman, c’est un rôle un peu de père gentil et c’était un rôle comique. Donc, soit il est gentil, soit il est comique. Et je voulais utiliser ses muscles, son visage, pour créer quelqu’un qui fait peur, mais qui sait aussi faire rire et charmer les gens. Charmer parce que sinon, on ne comprendrait pas pourquoi ses élèves restent. Avec Fletcher, on voit bien son talent pour maltraiter les gens, mais en même temps, faire en sorte à ce qu’ils restent à ses cours, c’est ça qui est difficile. C’est facile d’être un monstre. Mais c’est pas facile de faire ça et que les gens vous aiment quand même.

Question sur votre mise en scène. Que ce soit en musique ou au cinéma, dans les deux cas, tout est une question de tempo, de rythme. Comment avez-vous pensé votre mise en scène ? Parce que filmer la musique et que ça ait un rendu cinématographique, c’est un exercice très difficile et vous l’avez parfaitement réussi…

D.C. : Merci. Moi, je ne pense pas que ce soit parfait, mais ce que j’ai essayé de faire… La musique, on l’écoute. Donc, c’est toujours très difficile de trouver des images à mettre sur la musique. C’est comme les images sur la nourriture etc… J’ai commencé avec des documentaires et quand j’étais plus jeune, j’ai filmé des musiciens de jazz et j’adore ça, je trouve ça très beau, avec tous leurs instruments etc… Mais ici, il ne fallait pas que ça fasse style documentaire ou cinéma-vérité. Il fallait que ça soit un style plus formaliste. Je disais à mon monteur, Tom Cross, qui est brillant et qui y est pour beaucoup dans ce film, qu’il fallait créer le film que Fletcher ou Andrew aurait pu créer. Il faut avoir une précision, un tempo exact. Et le style est arrivé comme ça, c’est un style dynamique, métronomique, rythmique et qui va très vite. Comme la musique dans le film.

Un peu comme des scènes de films d’action…

D.C. : Oui, voilà.

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Une chose qui est appréciable dans le film, c’est que votre personnage principal n’est pas complètement bon. On le voit avec la scène avec sa petite-amie. Il est tellement passionné par son art, qu’il en devient un peu égoïste…

D.C. : C’est exactement ça. C’est pour ça que se pose la question de « est-ce que la souffrance au nom de l’art vaut le coup ? ». Pour moi, c’est difficile car je pense que j’aimerai être un humaniste autant qu’un artiste. Et parfois, c’est contradictoire. Surtout pour les musiciens car c’est l’art le plus abstrait. Se dire qu’on peut être musicien sans personne d’autre. C’est un art très solitaire, même quand on est dans un orchestre, il y a toujours un côté très solitaire. Déjà dans mon premier film, qui était plus léger, plus tendre, ça parlait de ça. De la difficulté de trouver un équilibre entre l’art et la vie, l’art et l’amour. Ici, l’amour est une toute petite partie du film, mais elle permet de montrer toute la cruauté du monde du jazz. Parce que historiquement, c’est une musique très cruelle. C’est Buddy Rich, c’est Charlie Parker… C’est la maltraitance. Par exemple, le Bebop a été inventé parce que les jeunes musiciens cherchaient des formes de musique que les vieux ne pouvaient pas jouer. Donc il y avait une forme de rejet, une envie de dire que le jazz, c’était la liberté, l’expression. Et finalement c’est peut-être justement pour parler des thématiques de l’art versus la vie, versus l’amour, que j’ai choisi le jazz comme sujet.

A propos du morceau « Whiplash ». Vous l’avez choisi parce que c’est un morceau emblématique de ce que les élèves étudient en général ou plutôt pour le sens du titre de la chanson elle-même (Whiplash signifie « coup de fouet » en anglais) étant donné que vous racontez l’histoire de quelqu’un qui est vraiment dans l’auto flagellation ?

D.C. : Un peu les deux. Au tout début, c’était quelque-chose de très personnel. Mon tout premier jour dans un orchestre, on jouait Whiplash. Je ne connaissais pas la chanson et j’étais totalement perdu. C’était pas moi qui jouait, moi je tournais les pages et même ça, je n’arrivais pas à le faire. Ça allait très vite, le rythme est très bizarre… Déjà le titre et la chanson me faisaient peur. Et comme je voulais traduire l’angoisse et la peur dans la musique… Et Whiplash est emblématique aussi de… Comme le Bebop avec Charlie Parker, ça c’est les années 70, les Big band de Hank Levy, Don Hales et des musiciens comme ça. Ils créaient des musiques très difficiles pour les batteurs, la difficulté était faite exprès. C’était presque sadique, mais il y avait une démarche artistique aussi. Ce n’était pas pour embêter les gens, mais pour trouver de nouveaux sons, pour expérimenter… Mais à cause de ça, il y a pas mal de morceaux de cette époque qui sont presque impossibles pour un batteur.

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Vous avez étudié le cinéma à Harvard. Est-ce que c’est ce que vous avez appris pendant vos études ou plutôt votre cinéphilie personnelle et vos influences, qui vous ont le plus aidé ?

D.C. : Avant Harvard, j’adorais Hitchcock, La Nouvelle Vague, mais surtout les thrillers etc… Les thrillers ont été mon premier amour, je crois. Je suis allé à Harvard et là-bas, la priorité était plutôt le cinéma documentaire, le cinéma-vérité à la Fredrik Wiseman, Jean Rouch… J’ai commencé à faire des films en 16 mm à l’épaule et c’est un peu comme ça que j’ai appris à filmer les musiciens et à faire des portraits de sous-cultures ou d’environnements très spécifiques. Et pour moi, Whiplash est un peu des deux. Il y a un côté ethnographique, documentaire, observatoire, mais c’est aussi un film un peu à la Hitchcock, à la Scorsese, un film intense, viscéral, cinétique, qui fait peur. Parce que c’est ce que j’aimais plus jeune dans le cinéma. Le cinéma qui marquait. Et c’est aussi à Harvard que j’ai découvert les comédies musicales. Je n’aimais pas trop quand j’étais petit, mais c’est là-bas que j’ai appris à connaître Jacques Demy, Fred Astaire etc… Harvard a été très formateur quand même.

Tout à l’heure, vous parliez du fait que dans les familles américaines, on va encenser quelqu’un qui joue en troisième division de football, par contre un jazzman, ça n’a pas vraiment de valeur. Et visiblement, dans le cinéma, c’est un peu la même chose. C’est difficile de financer un film sur le jazz. Le jazz n’est pas quelque-chose de sexy pour le milieu du cinéma ?

D.C. : Non, pas du tout. C’est même tout le contraire de sexy.

C’est quelque-chose qu’on vous a dit clairement, ça ?

D.C. : Oui. Je le savais déjà, mais on me l’a redit avec ce film. Même après qu’on ait fait le film. Avant Sundance, je lisais ou j’entendais « je ne vais pas aller voir un film sur le jazz » ou « un drame sur le jazz, non merci ! » etc… C’est seulement après Sundance que les choses ont commencé à changer. Et encore, il faut toujours convaincre les gens. Peut-être pas en France, mais aux États-Unis, oui. Là-bas, le jazz n’est pas populaire et c’est bizarre car pourtant, le jazz est un art très américain. C’est peut-être le seul que l’Amérique a vraiment inventé. On pourrait penser que là-bas, ils seraient un peu plus fiers de ça mais non, aux USA, le jazz, on s’en fout. C’est pas un pays où l’art est valorisé. Mais c’est valable pour tous les arts. Je sens qu’en France, c’est plus apprécié, il y a un peu plus d’éducation du côté artistique. Aux États-Unis, le sport est nettement plus important, ne serait-ce que dans les Universités. Et la scène du dîner dans le film, est vraiment emblématique (un dîner entre famille amis où les fils des voisins sont portés aux nues car ils font du football alors que le héros, Andrew, est dénigré car il ne fait « que jouer du jazz » – ndlr) . Ce sont des dîners que moi-même, j’ai vécu.

Miss Bobby_Whiplash

Le film est très particulier, très millimétré. J’imagine qu’il y a eu beaucoup de réécriture du scénario ?

D.C. : Oui, au tout début. Je l’ai écrit très vite au départ et après, je l’ai retouché sans arrêt pendant un an et demi.

Je ne saurai pas trop comment l’expliquer, peut-être y arriverez-vous. Quand j’ai découvert votre film, la trajectoire artistique du héros m’a un peu fait pensé à celle du personnage qui fait du théâtre dans Le Cercle des Poètes Disparus (Neil Perry alias Robert Sean Leonard)… Peut-être le côté passion pour l’art, donner sa vie pour lui…

D.C. : Oui… Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu, mais ça m’avait pas mal frappé quand je l’ai vu, petit. C’est vrai que c’est un peu la tragédie de l’art. Pour moi, faire le portrait de Shaffer, cette école inventée, c’était un peu le reflet de mes propres expériences à Harvard. Parce que la musique à l’Université ou dans une école, on pense souvent à quelque-chose de très jouissif, de très libre, délicat, de sublime. Et on oublie souvent la dureté, le côté cruel et hyper-compétitif. Harvard, c’est vraiment ça. Je voulais explorer ce côté-là de l’éducation.

Dans votre film, vous montrez ce contraste entre l’obsession de l’art et l’amour et cette incompatibilité. Pourtant, dans votre vie personnelle, vous avez rencontré la femme de votre vie à l’Université, elle a soutenu et produit vos films… Vous formez une team. Tout le contraire de ce que montre le film…

D.C. : Heu… C’est un peu dépassé parce qu’on est séparé ! (bravo à notre confrère pour cette question… ndlr) Mais justement, je n’ai pas réussi à trouver l’équilibre entre l’art et le mariage… Je réessaierai sans doute, mais ça n’a pas duré. C’est quand je faisais le montage de ce film que mon mariage s’est écroulé. En tout cas, l’écriture du scénario datait d’avant donc ce n’est pas une réponse à cela. Mais c’est une lutte continuelle. J’essaie tous les jours et pas seulement dans le côté romantique de la chose. Avec la famille, les amis… J’essaie de trouver cette balance dans la vie en général. Je ne suis pas doué pour faire cet équilibre. Je dois m’améliorer là-dessus. C’est une lutte continuelle. On va voir !

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Aimez-vous Raging Bull ? On sent une inspiration…

D.C. : Oui, beaucoup. C’est l’un des plus grands films qui ait été fait. Ce que j’adore dedans, c’est ce qu’il symbolise. Ça n’allait pas très bien dans la carrière de Scorsese à ce moment-là. Il était un peu dans le creux. Il a fait le film un peu façon kamikaze. Il ne savait pas s’il referait des films alors il s’est dit « je vais tout mettre dans celui-ci parce que c’est peut-être mon dernier ». Et au final, c’est son meilleur. C’est tellement inspirant.

On parlait tout à l’heure de J.K. Simmons. Dans la manière de travailler avec les acteurs du film, il y a t-il eu de la place pour l’improvisation, qui est d’ailleurs quelque-chose d’important dans le jazz…

D.C. : Au début, c’était un peu figé. Les dialogues étaient écrits. Mais il y avait toujours l’occasion de faire quelque-chose d’improviser. Et il y a un peu d’improvisation dans le film. En tout cas, pour les insultes lancées par J.K. Simmons, quelques-unes sont improvisées, mais la plupart étaient écrites car très précises dans le langage. Mais c’est vrai qu’avoir des acteurs aussi doués que Miles Teller ou J.K. Simmons est une chance donc ç’aurait été dommage de ne pas les laisser jouer. J’ai essayé de faire l’équilibre entre la préparation exacte (dialogues, storyboard) et la liberté de tenter des choses. Parce que ce qui était important, c’était l’alchimie entre les acteurs.

Quand on vous écoute parler de jazz, la façon dont vous voyez cet art, cette philosophie du rejet de ce qui a été fait avant, d’inventer de nouvelles choses etc.… En fait, on a l’impression que vous parlez du jazz comme vous pourriez parler de la Nouvelle Vague française. Et justement, dans votre film, à certains moments, j’ai l’impression de revoir le Godard des débuts, ses expérimentations de mise en scène, de montage, avec des plans qui s’entrechoquent etc… Un peu comme à l’époque, le Godard de A Bout de Souffle

D.C. : Oui, peut-être. J’espère. J’adore A Bout de Souffle et je pense que Godard est peut-être le plus grand génie de toute l’histoire du cinéma. Et Scorsese tient beaucoup de Godard donc à chaque fois que je m’inspirais de Scorsese, je m’inspirais un peu de Godard. A Bout de Souffle est peut-être le film le plus important de ces 50 ans dernières années. Et puis dans la Nouvelle Vague, il y avait vraiment un côté jazz. Et pas seulement dans la musique comme pour A Bout de Souffle. Il y a un côté jazz dans le montage, dans la caméra. Et j’adore ça.

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On sent dans votre film quelque-chose qui vient des tripes. Et de film en film, vous allez sûrement être amené à vous auto-critiquer sur votre travail passé. Sur votre prochain film, il y a t-il des choses que vous aimeriez changer ?

D.C. : Je ne suis pas sûr car mon prochain film est quelque part le contraire deWhiplash dans les émotions que je veux transmettre. Après, on veut toujours apprendre de ce qu’on fait et de ses erreurs et tout ça. Je sais que j’ai appris des choses au niveau structure, écriture, qui vont m’aider sur le prochain film. Mais je sais aussi qu’avec celui-ci, je vais commettre d’autres erreurs que je ne peux pas anticiper. On essaie de les deviner, mais c’est impossible.

De quoi êtes-vous le plus satisfait sur Whiplash ?

D.C. : C’est difficile car j’y vois des petites choses qui me rendent dingue et que je voudrais changer. Des détails. Et ça va sûrement prendre 10 ans peut-être, pour que j’ai assez de recul pour me demander si ce film marche ou pas. Là, je suis trop dedans encore, je vois que les détails que je n’aime pas. On s’améliore avec l’expérience là-dessus.

Le tournage s’est fait en 19 jours, c’est dingue. Vous aimeriez avoir des conditions plus confortables à l’avenir ou au contraire, c’est dans la contrainte que la créativité est meilleure ?

D.C. : Un peu des deux, je pense. La contrainte inspire. Mais avec ce film, on a eu pas mal de chance quand même. On était si proche de l’échec total, chaque jour. Et je n’aime pas cette sensation de peur. Je n’aime pas faire des films avec la peur. Peut-être que cette fois, ça a marché car le film parle de la peur, mais mon prochain film ne parle pas de ça et j’espère avoir un peu plus de temps pour le tourner.

Pourriez-vous nous parler de votre prochain projet, La La Land ?

D.C. : Oui. Ce sera encore un film musical, mais plutôt une comédie musicale, à la Jacques Demy, Vincente Minnelli ou Stanley Donen. Ce sera toujours avec Miles Teller (et Emma Watson – ndlr) et on va tourner l’année prochaine à New York. Là aussi, je pense que ça va parler des mêmes choses, l’art et l’amour, l’art et la vie et comment trouver un équilibre. Les thématiques seront les mêmes, mais pas l’émotion. Là, ce sera plus la joie de la musique, pas la peine et la souffrance. Ça ne sera pas un film brutal. Mais c’est un monde que je connais et qui continue de m’intéresser.

Encore avec Miles Teller… Peut-on dire que, comme d’autres réalisateurs, vous avez trouvé votre acteur fétiche ?

D.C. : (rires) Je ne sais pas parce que ça ne fait qu’un film de tourné, pour l’instant. Et je ne sais pas ce qu’en pense Miles Teller. Mais oui, j’aimerai faire n’importe quoi avec lui. Je pense que c’est le plus grand « jeune acteur américain » à l’heure actuelle. Il peut tout faire. Et c’est quelqu’un de très sérieux, qui bosse beaucoup. C’est drôle parce que la première fois que je l’ai rencontré, il avait l’air un peu fêtard, il rigolait beaucoup, il était très charmeur… La première fois, je me suis dit que ce n’était pas vraiment le personnage d’Andrew. En fait, Andrew, ce n’est pas Miles Teller. Mais ils ont quelque-chose en commun, c’est la passion et la fragilité des yeux et du visage.

En tout cas, la collaboration marche très bien.

D.C. : (rires) Oui, j’espère que ça va continuer !

Whiplash était un projet personnel, qui vous tenait à cœur. J’imagine que l’accueil qu’a reçu le film hier à Deauville, avec cette formidable standing ovation, ça a dû beaucoup vous toucher ?

D.C. : Oui, ça m’a touché énormément. Moi je suis toujours pessimiste, je crains toujours le pire. Et j’étais dans la salle parce que j’ai regardé le film avec mes cousins. La salle était énorme et même si on a fait des projections avant, des festivals etc… C’est la plus grande salle où on a présenté le film. C’est quelque-chose de nouveau quand même et ça a été très émouvant. On était avec Miles Teller et c’était très beau.

Retranscription par Mondocine.net

Merci à Bossa Nova.

Miss Bobby_Whiplash

Miss Bobby_Whiplash Ça raisonne comme un « splash », ça pourrait presque être rigolo comme l’eau, sauf que Whiplash rime avec le « splash » du fouet, celui qui claque sec et qui fait saigner.

Whiplash est l’histoire d’un jeune prodige de la batterie, ses vices sont le jazz et la perfection. Il va rencontrer ce professeur tyrannique qui va le pousser à bout pour aller jusqu’au bout.

Deux figures du cinéma qu’on ne s’attend pas à voir dans ce film. D’abord, la figure montante à la gueule cassée qu’est Miles Teller qui, après avoir prouvé qu’il pouvait faire sans problème le kéké dans des comédies pour ados en mal de super fêtes, prouvent avec The Spectacular Now et maintenant, Whiplash tout le talent qu’il cache sous le capot. De la graine d’émotion et de sensibilité qui ne demande qu’à grandir, s’épanouir et à exploser. Miles Teller vous coupera le souffle dans le sens le plus littéral du terme par sa méthode d’exploitation de la batterie, de la torture psychologique et physique, voire même par la folie des grandeurs qui le gagne petit à petit, transformant ce petit batteur de lycée en un monstre aliéné par la musique. Face à lui, un monsieur qu’à première vue on n’aurait pas choisi pour ce rôle, mais que Damien Chazelle a préféré pour incarner la tyrannie presque au bon cœur. Et quelle réussite ! J.K. Simmons laisse libre court à son charisme obscur et à l’excès de confiance dégagé par son personnage de professeur, oscillant sans cesse entre la fausse gentillesse, l’hypocrisie bien placée et l’incarnation du diable en personne, démontant tout sur son passage, mêmes les âmes les mieux accrochées.

C’est ainsi que Whiplash offre un spectacle à la fois musical, sensible et incroyablement fort grâce à ce duo que l’on pourrait comparer à un ouragan, tant il est puissant. L’histoire de cette ascension semée d’embûches vous plaquera au fond de votre siège, hérissant vos poils de bras, appuyant sur votre corde sensible comme si votre vie en dépendait. Damien Chazelle offre un film brièvement inspiré de sa jeunesse, intimiste, qui vous marquera au fer rouge.

Sortie en salles le 24 décembre.

Miss Bobby_Pierce_Brosnan_Deauville 2014

Ce huitième jour démarrait comme les autres, le programme avait été mûrement pensé : tables rondes de November Man avec Pierce Brosnan et Olga Kurylenko, un ou deux films et enfin conférence de presse de Get on up.

Bon, eh bien ça ne s’est pas du tout passé comme ça et c’était même cent fois mieux. Nous avons pu toucher du doigt ce que ça fait d’être dans la peau d’un journaliste et d’enfiler les interviews. Nous avons bien débuté avec les tables rondes de November Man, puis on nous a proposé les tables rondes de Whiplash avec Damien Chazelle et Miles Teller, pour terminer en tête à tête avec Mike Cahill, réalisateur de I Origins. Une journée de folie qui nous a mis sur les rotules, mais tellement heureux d’avoir été entourés par tous ces noms. Presque surréaliste. Je pense que le retour sur Paris va être difficile.
Dans le programme initial, j’ai tout de même pu accéder à la folle conférence de presse de Get on up.

November Man

Pierce Brosnan

Pierce Brosnan les enfants ! Pierce « James Bond » Brosnan quoi ! La classe ! Je ne sais pas si vous imaginez le truc. Je vous passe le charme et le chic pour aller directement à l’essentiel. Depuis le Pic de Dante, la collaboration avec Roger Donaldson n’a pas changé, le travail est toujours aussi carré, collant au scénario et rythmé. À la question : comme de grands acteurs de cinéma, souhaiteriez-vous revenir dans une série télévisée ? Bonne nouvelle, il travaille actuellement sur une série pour le câble qui s’appellera Crusades autour de la troisième croisade.

Miss Bobby_Pierce_Brosnan_Deauville 2014

Olga Kurylenko

Elle a illuminé la journée par sa beauté et son sourire, et aura certainement laissé plus d’un homme sur le carreau en interview.
Avec beaucoup d’humour, elle a mentionné que l’entrainement qu’elle avait eu pour James Bond lui sert encore pour tous les films d’action dans lesquels elle joue. Malgré les acteurs avec qui elle a joué, à la question « avec quel acteur rêveriez-vous de tourner » elle répond simplement qu’elle n’en a pas, qu’elle prend les projets comme ils viennent, avec simplicité.

Miss Bobby_Olga_Kurylenko_Deauville 2014

Whiplash

Damien Chazelle

Quand vous voyez ce petit bonhomme, qui n’a pas l’air d’avoir beaucoup confiance en lui, vous êtes vite épatés par ses connaissances et son intelligence. On voudrait qu’il nous regarde droit dans les yeux quand il nous parle de jazz et de son film Whiplash, tellement il est passionnant. Chazelle a choisi J.K. Simmons pour ce professeur tyrannique, car pour lui, l’acteur n’avait jamais vraiment eu de rôle de « méchant », se cantonnant à du comique la plupart du temps. Le réalisateur a voulu lui donner cet aspect tout en gardant un brin d’humour (et c’est vraiment réussi). Un acteur qui a beaucoup de potentiel. Le prochain film de Chazelle sera toujours centré sur la musique, façon comédie musicale, plus joyeux, toujours avec Miles Teller (à ce propos, il espère travailler encore de nombreuses fois avec lui. Miles Teller serait-il son acteur chouchou ? Peut-être. La suite nous le dira).

Miss Bobby_Damien_Chazelle_Deauville 2014

Miles Teller

Lunettes vissées sur le nez, bras nonchalamment posé sur le canapé, monsieur Teller nous a offert 20 minutes de réponses et de décontraction. Morceaux choisis : on pourrait croire que la plus grosse difficulté du film aurait été de jouer comme un fou de la batterie à une vitesse qui défie presque toute logique, mais non. SPOILER Le plus difficile à interpréter fut la scène de l’accident (il sait ce que c’est pour en avoir vécu un), car ce n’était pas seulement sortir d’une voiture accidentée et être en état de choc, mais il fallait aussi ajouter qu’Andrew voulait à tout prix récupérer ses baguettes et rejoindre aussi vite que possible le groupe pour assurer le concours. Et ça, c’est compliqué. La même question que Damien Chazelle a été posée, Teller espère lui aussi travailler avec le réalisateur aussi longtemps qu’il le pourra.

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I Origins

Mike Cahill

Au début, je voulais vous écrire : vous n’aviez qu’à être là lors de l’interview ! Honnêtement, je ne saurais vous retranscrire de tête ce qu’il a dit, néanmoins, je peux tout de même vous préciser l’immense frustration d’avoir eu une aussi courte rencontre (pour cause de programme serré, que ça soit le sien ou le mien). Je ne suis pas sûre que l’on se remette vraiment d’une rencontre pareille et surtout, d’un film pareil. Je vous avais précisé que le film m’avait profondément retournée et son réalisateur est tout bonnement incroyable. En plus d’être un puits de connaissances, il est extrêmement généreux et vous met à l’aise comme si vous alliez discuter avec un pote que vous n’aviez pas vu depuis des lustres. J’aurais voulu discuter davantage des thèmes, de la vie, de l’au-delà avec lui. Frustration. Donc tout ce que je peux vous dire, attendez mon compte-rendu sur l’interview (si j’arrive à la retranscrire), car à ma question : comment avez-vous eu l’idée du film ? Nous avons eu cinq bonnes minutes de réponse qui partait du commencement, soit des dinosaures. Voyez le topo ?!

Miss Bobby_Mike_Cahill_Deauville 2014

Et enfin, la fameuse conférence de presse de Get on up avec Chadwick Boseman, Tate Taylor, Brian Grazer et pas moins que Mick Jagger. Une conférence de presse très prisée et réglementée pour la venue d’un des papes du rock : le leader des Rolling Stones. Nous passerons sur la pitrerie de Jagger pour vous mentionner les deux mois d’entrainement de Boseman pour incarner James Brown, deux mois à écouter et danser non stop sur les chansons de l’artiste. Un journaliste s’est demandé si le prochain film de Tate Taylor sera aussi sur les noirs, il a ri en précisant que son choix se portait avant tout sur les scénarios (et c’est une coïncidence si La couleur des sentiments et Get on up se suivent), mais qu’il va tenter de faire un film sur un astronaute blanc, qu’avec des blancs et si Viola Davis veut jouer dans son film, elle sera également blanche ! Quant à Mick Jagger, dans un très bon français, il a mentionné ne pas être contre un film sur les Stones, mais que tous les scénarios qu’il a lu jusqu’à présent n’était pas de qualité.

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Miss Bobby_Mick_Jagger_Deauville 2014

J’espère avoir d’autres journées épuisantes, folles et enrichissantes comme celle-ci.

Miss Bobby_Miles_Tller_Damien_Chazelle_Deauville 2014

Autant j’adore avoir cette impression d’être une journaliste et d’avoir accès à tout, autant je commence à être vraiment fatiguée. Et puis, j’en ai marre de manger des cochonneries (régime geek, voyez le genre : pizzas, frites and co). Le retour sera bien mérité.

C’était LA grosse journée. Trois bons films, une conférence de presse et ma survie. 9h démarrage en force avec Pierce Brosnan toujours aussi en forme dans November Man, suivi du film I Origins (où la difficulté fut de trouver des places dans une salle comble), déjeuner avant de terminer avec Whiplash.

Enfin, conférence de presse de Whiplash en présence de Damien Chazelle, le charmant Miles Teller (et accessoirement sa copine) et du coproducteur. Le réalisateur nous a raconté qu’il s’est inspiré en partie de sa vie, lui aussi était batteur et avait un professeur des plus « délicats ». Les États-Unis ont cette culture où l’on vous pousse toujours à aller plus loin dans votre jeunesse, tout en vous enfonçant lorsque vous êtes adulte. Miles Teller a pris des cours pendant six semaines pour le rôle, mais il avait déjà joué de la batterie, du piano et de la guitare surtout pour impressionner les filles. Une conférence plutôt sympathique et très intéressante où le traducteur n’a pas manqué de se tromper parfois (pas la seule à être fatiguée à ce que je vois), Miles n’a pas hésité à sortir quelques blagues, notamment sur le fait qu’il était le seul dans la salle à ne pas comprendre le français.

Miss Bobby_Miles_Teller_Damien_Chazelle_Deauville 2014

Retour sur November Man :

Pierce Brosnan en  » gros » dur classe pas du tout commode sur les bords et pas spécialement poli. Moi je dis oui ! Brosnan casse son image un peu lisse du James Bond so chic et c’est pour notre plus grand plaisir. Film d’action honnête, November Man est un bon divertissement qui apporte son petit lot de bonnes surprises.

Retour sur I Origins :

J’en suis ressortie toute retournée. I Origins est une envolée douce, parfois lyrique confrontant le monde de la science et celui de la spiritualité. Les atomes, le « destin », les connexions. Le film est un conte qui vous fera peut-être voir les choses différemment sur vos rencontres et les rapports humains. Filmé et joué avec beaucoup de justesse et de sensibilité sur une BO aussi douce qu’une caresse, il est très difficile de ne pas être séduit par I Origins.

Retour sur Whiplash :

Miles Teller continue son bonhomme de chemin hors des comédies pour ado et ça lui va très bien. D’autant qu’il est doué. Jeune prodige de la batterie, prêt à tout pour repousser ses limites, il incarne avec puissance un personnage à la fois déterminé et qui souffre du caractère tyrannique de son professeur (J.K. Simmons). Vous aurez le souffle coupé autant par le jazz que par la performance.