A couteaux tirés

A couteaux tirés

Avec ou sans le chandelier ?

Ils sont beaux, ils sont très riches, ils ont tous un égo qui ne passe plus les portes, ils sont incroyablement exécrables et petite particularité sympathique : ils sont tous potentiellement coupables d’avoir tué le patriarche. Ils forment la famille Thrombey et chacun veut sa part du magot. Daniel Craig revêt l’habit du détective privé, Benoit Blanc, avec un sens du drame et du chic que l’on se délecte à chacune de ses apparitions. À renfort de son accent mi-anglais, mi-je ne sais où et de son sens de l’observation aussi aiguisé qu’un couteau, il va tirer les vers du nez de cette haute bourgeoisie où les membres sont tous À couteaux tirés !

Comme chaque bon film d’enquête, l’ambiance reste la même : un brin lugubre, un lieu toujours luxueux, ce petit parfum bourgeois – coincé, des égo gonflés à bloc et un humour cynique, légèrement pincé. Alors, dès la première image d’À couteaux tirés, l’atmosphère est posée, nous sommes invités à sortir notre monocle pour tenter de dénicher le moindre indice, la moindre parole suspecte vous fera lever un sourcil (oui, car vous êtes comme ça, à la limite, vous vous frotterez doucement le menton, si vous avez une barbe, c’est encore mieux).

À couteaux tirés est simple, efficace et bien mené. On s’approche de la pièce de théâtre par des personnages un peu grotesques (dans le bon sens du terme) et caricaturaux, loin de me déplaire. Chris Evans s’en sort pas mal encore dans un autre registre que celui de Captain America, il est toujours plaisant de voir Jaime Lee Curtis, et les autres d’ailleurs : Don Johnson, Toni Colette, Michael Shannon, Christopher Plummer, chacun arrivant à nous faire détester son personnage avec brio. Très classique du genre, À couteaux tirés est divertissant, on rentre dans le jeu (Cluedo ?) tout de suite, on sait où l’on va, même si l’on ne connait pas la fin et on reste très attentif pour essayer de comprendre ce qu’on avait manqué.

Sortie en salles le 27 Novembre 2019.

by Miss Bobby
La forme de l'eau

La Forme de l’eau : une plongée dans l’étrange.

La forme de l'eauLa Forme de l’Eau c’est le conte de la Belle et la Bête revisité en mode aquatique, mélangé avec un soupçon de L’étrange créature du lac noir par sa ressemblance avec la bête, façon Guillermo Del Toro, c’est-à-dire dans un univers relativement sombre.

La Forme de l’eau aurait pu être un vrai petit bijou s’il n’avait pas manqué de profondeur (pour un film en rapport avec l’eau, c’est le comble) dans son histoire. La Belle et la Bête revu et corrigé avec une bête aquatique, la robe de princesse en moins. Le scénario n’apporte rien de vraiment de nouveau, si ce n’est un peu plus de modernité : une bête emprisonnée pour l’examiner sous toutes les coutures par le méchant Michael Shannon, délivrée par la fantaisie de Sally Hawkins, voyant en cette créature étrange un être doté d’émotions. L’amour a bien des formes et n’a pas de barrière. C’aurait pu être beau, mais c’est loin d’être vif en émotions. Là où Del Toro se surpasse, c’est dans cet univers fantastique sombre et envoûtant, comme happé par les noires profondeurs de l’océan. La Forme de l’eau développe un imaginaire visuel tout droit sorti de nos rêves et c’est là, à mon sens, la force du film. Cette beauté lyrique de la réalisation et cette pincée de romantisme étrange qui ressort parfois.

L’ayant vu il y a quelques mois, une scène immergée m’a profondément marquée et c’est ce que je retiens essentiellement du film. Il manque un tourbillon d’émotions pour le rendre inoubliable.

Sorti en salles depuis le 21 Février 2017.

by Miss Bobby
Midnight Special film jeff nichols

Midnight Special film jeff nichols Le « special » du titre colle à merveille au premier film de science-fiction de Jeff Nichols, habitué à travailler l’indépendant. Il retrouve le farfelu Michael Shannon (depuis que je l’ai vu avec des chaussettes Joconde à Deauville, je le vois différemment) avec qui il avait déjà collaboré sur Shotgun Stories et Take Shelter.

Même plusieurs semaines après le visionnage, je suis encore fascinée par ce que j’ai vu. Nichols redéfinit le genre tel un chef d’orchestre s’appropriant une partition connue. Il fallait s’y attendre venant du réalisateur, habitué à nous servir du cérébral. Avec son Midnight Special, il casse les codes et propose un film qui s’apparente plus au drame qu’à la science-fiction, celle-ci étant avant tout le sujet qui lance les enjeux humains. Car l’histoire de Midnight Special est une histoire profondément humaine, presque pure, servie par des acteurs admirables. Aucun ne tire la couverture à lui, le jeu est très juste et s’aligne avec ce scénario particulier. Aussi, aucune prétention ne se dégage du film, une certaine sincérité des émotions s’échappe. Midnight Special ne se prend jamais pour ce qu’il n’est pas et ne se trahit pas.

Si l’histoire pouvait suffire à construire ce film, l’incroyable réalisation vient ajouter une couche de superbe. À mon sens, les 3/4 de la réussite de Midnight Special sont concentrés dans la mise en scène où les codes du genre explosent en éclats : Nichols a su faire ressortir une atmosphère à la fois mystique, palpitante, fascinante, pesante, lumineuse (tout ça en même temps). Des images d’une beauté hypnotisante. J’ai quelques séquences sublimes qui tournent encore devant mes yeux tant elles sont marquantes. Je me souviens être restée longuement rivée sur l’écran, oubliant totalement le reste. Et tout ça sans la moindre présence de science-fiction. Celle-ci est dosée avec parcimonie, elle s’ajoute par petites touches au drame. Fabuleux !

Ce Midnight Special de Jeff Nichols mérite qu’on s’y perde dans une salle de cinéma, autant pour sa réalisation que pour ses brillants acteurs (Michael Shannon, Joel Edgerton, Kirsten Dunst, Sam Shepard, Adam Driver et la petite source de lumière Jaeden Lieberher).

Sortie en salles le 16 Mars 2016.

http://www.imdb.com/title/tt2649554/?ref_=nv_sr_1

by Miss Bobby

Hier j’ai eu le temps de me rouler les pouces, mais aujourd’hui, fini de rigoler : conférences sur conférences (et non confidences pour confidences). J’ai pris quelques notes à chaque fois.

CONFÉRENCE DE PRESSE D’EVEREST avec Baltazar Kormakur, Tim Bevan et Jason Clarke

Le réalisateur Baltazar Kormakur a souhaité avec Everest revenir à son identité qu’il avait au départ, dans ses premiers films. Il souhaité surtout faire ressortir l’humain face à la nature, que c’est toujours elle qui est en force, il n’y avait d’ailleurs pas besoin de méchant comme souvent au cinéma, puisque les points d’action sont apportés par Mère Nature. Pour préparer le film, [spoiler] l’équipe a passé beaucoup de temps avec les familles des victimes ainsi que les rescapés en Nouvelle Zélande, faisant ressortir des enregistrements inédits des dernières heures de lutte dans le froid. Des enregistrements précieux, très émouvants, qui n’ont jamais été tendu en 18 ans après le drame. Ceux-ci ont été une source précieuse d’informations, pour mieux comprendre et analyser ce qu’il s’est passé, permettant au réalisateur de retransmettre les faits au plus proche de la réalité. La démarche d’Everest n’était pas un hommage à ces alpinistes, le film est une critique montrant qu’ils ont autant fait preuve de courage, tout comme ils ont fait des erreurs.

Deauville-Jour 2-Everest Jason Clarke

Jason Clarke, quant à lui, a ressenti le besoin d’être à la hauteur de Rob et de sa mémoire. Cet homme s’est retrouvé dans la détresse pour aider et rester aux côtés de d’autres personnes, pour les aider à accomplir leur rêve, il a fini seul sur le toit du monde. Pour se dépasser, Clarke a grimpé 14 000m dans les Alpes et 16 000 dans l’Himalaya, il a également suivi Guy (l’homme qui a accompagné la vraie équipe à l’époque) dans un entraînement intensif et en conditions réelles, ils se sont parfois retrouvés en tempête. D’ailleurs, Jason Clarke était le seul parmi les acteurs à avoir subit un entraînement intensif, contrairement aux autres acteurs, appuyant se sentiment d’authenticité et les rapports des personnages entre eux dans le film, à savoir que Rob était expérimenté, accompagnant des personnes qui ne l’étaient pas forcément.

Deauville-jour 2-Jason Clarke Everest

CONFÉRENCE DE PRESSE 99 HOMES avec Ramin Bahrani et Michael Shannon.

Le réalisateur Ramin Bahrani a fait beaucoup de recherches sur les affaires de saisies et de fraudes. Il s’est fait passer pour un journaliste faisant un reportage et a assisté à plusieurs saisies au tribunal, il a constaté que la plupart du temps, les juges expédient en quelques minutes ces affaires – souvent en la défaveur des propriétaires des maisons – sans vraiment juger ou utilisant des critères inappropriés. Les agents immobiliers qui s’occupent de ce genre d’affaires portent souvent une arme, par crainte de représailles, d’autant qu’il y a beaucoup de magouille et de corruption dans ce milieu. Il pensait faire un thriller et lorsque certaines personnes de la profession ont vu son film, ils lui ont dit que ce n’était pas une fiction, mais bien une réalité. Nous avons pu constater durant la conférence que le réalisateur de 99 Homes est en admiration devant son acteur principal, Michael Shannon. Celui-ci a ré-écrit son rôle pour coller au plus près au caractère de l’acteur et faire ressortir son charisme (et son bronzage !). Questionné à propos de la sortie en e-cinéma de son film en France, Bahrani explique que les outils changent, mais que le noyau – le film – reste. Peu importe la diffusion du moment, le plus important reste l’histoire, la distribution est au second plan.

Deauville-Jour 2-99 Homes Michael Shannon

Michael Shannon choisit ses films en fonction des projets et non en fonction du budget. Il a eu envie de travailler Ramin Bahrani, car celui-ci donne une voix à ceux qui n’en ont pas. De plus, son personnage de Rick est à contre-emploi pour lui, en effet, quelques années auparavant, il aurait joué celui interprété par Andrew Garfield. Pour entrer dans son personnage, il s’est inspiré d’un homme qu’il a rencontré, complexe et pas mauvais. En revoyant le film, il s’est rendu compte que son personnage n’est pas heureux dans ce qu’il fait, fatigué par son métier.

CONFÉRENCE DE PRESSE DE KNOCK NOCK avec Colleen Camp, Lorenza Izzo, Eli Roth et Keanu Reeves. 

Le réalisateur Eli Roth a fait une comparaison entre Green Inferno et Knock Knock (deux films du metteur en scène présentés en avant-première durant le festival) précisant que le tournage de Green Inferno fut très éprouvant et dangereux, avec des araignées, des allers-retours en bateau où ils ont manqué plusieurs fois de se noyer, il voulait donc pour son prochain film du calme et de l’air conditionné ! Green Inferno est une montagne russe alors que Knock Knock est un jeu d’échecs. Deauville-Jour 2-Knock Knock2

Keanu Reeves n’est pas un grand bavard, il a sorti des citations de ses films, à la demande d’une personne de la conférence, car il retient plutôt bien ses lignes. Il a aussi mentionné que pour une fois, ce fut assez marrant d’être cinématographiquement « torturé » et de laisser les fantasmes devenir réels.

Deauville-Jour 2-Keanu Reeves Quant à Lorenza Izzo, elle a adoré son expérience sur le tournage, il y avait une très bonne ambiance et un beau casting. Elle a précisé qu’ils se sont beaucoup amusés à « torturer » Keanu Reeves entre les prises, notamment en le chatouillant.
Deauville-Jour 2-Knock Knock

CONFÉRENCE DE PRESSE DE LIFE avec Anton Corbijn et Dane Dehaan.

Le réalisateur a insisté sur le fait que son film Life n’est pas un biopic, où James Dean ne fait pas partie du paysage culturel. Son film est avant tout une relation entre le photographe et Dean, entre un photographe et son sujet. Il trouvait intéressant de mettre en avant l’icône dans la vraie vie, notamment en faisant travailler Dane Dehaan sur des détails, tels que la démarche, les gestes, etc, afin de capter une dimension plus humaine que l’image que dégageait James Dehaan à travers ses films. Il a d’ailleurs choisi l’acteur pour sa ressemblance avec Dean et sa profonde interprétation.

Dane Dehaan a regardé le films de James Dean pour s’inspirer. Lorsqu’il a annoncé autour de lui qu’il allait interprété le célèbre acteur mort trop  jeune, plusieurs personnes lui ont sorti des faits, des anecdotes, connus de tout le monde, mais en faisant ses recherches, l’acteur s’est rendu compte que tout ce qu’on savait sur Dean était faux.

Deauville-Jour 2-Life Ma journée s’est terminée avec la présentation du film Life et un gros dodo.

LIFE

Je vais essayer d’être courte et concise, étant plutôt inspirée en sortant de la projection. Je ne vais pas y aller par quatre chemins, j’ai été déçue, alors que le film avait un réel potentiel. J’aimais l’idée que le film soit orienté sur le photographe et la photographie, comme nous l’avait si bien vendu Anton Corbijn en conférence de presse. Eh bien non ! On a effectivement une moitié de biopic sur James Dean, une autre sur le photographe Dennis Stock, le tout en étant très partiel, sans une réelle motivation, en restant assez en surface dans l’approche des histoires ou de l’histoire globale. On se retrouve donc avec un film lent, sans énergie, qui perd le spectateur. J’avais vraiment envie de croire en Robert Pattinson et Dane Dehaan, mais aucun des deux n’éclatent par son jeu, de plus, là où Corbijn vantait la ressemblance de Dehaan avec Dean, je me suis évertué à la chercher. Life est un film qui s’éparpille, qui n’arrive pas à faire ressortir un sujet concret, qui aurait pu nous délivrer une ode à la photographie, à l’art et à l’artiste qui tente de travailler un sujet complexe, à savoir montrer la sensibilité de Dean et sa nonchalance, loin du cinéma, sans en faire un personnage ennuyeux. Au final, des choses intéressantes qui ont glissé entre les doigts du réalisateur.

by Miss Bobby

Miss Bobby_Man-of-Steel

Ils auraient pu l’appeler Superman, ils ont choisi l’homme de fer et c’est tellement plus classe, judicieux. Je parle de Zack Snyder (le réalisateur) et de Christopher Nolan (le producteur).

Ce matin, quand je suis sortie de la projection, je n’ai pas vu un film de super héros, je n’ai pas vu un mec qui découvre ses pouvoirs, s’amuse avec et décide enfin de sauver le monde. C’est normal me direz-vous, Clark Kent découvre ses pouvoirs au fur et à mesure qu’il grandit.

Man of Steel, c’est l’histoire d’un enfant, d’un adolescent, d’un homme solitaire, un peu perdu, n’ayant pas vraiment de but dans la vie et ayant un grand respect de la famille. Toute l’histoire est narrée depuis Krypton jusqu’aux grands pas qui formeront le mythe que nous connaissons tous, et ce, dans une suite logique : comment acquiert-il son costume par exemple ? Comment va-t-il devenir Superman ? Je me suis posée toutes ces questions au début du film et j’ai eu, fort heureusement, toutes mes réponses.

Man of Steel n’est pas un film sur Superman, c’est un film sur un homme qui va trouver une raison de vivre. C’est ce qui en fait sa force.

Visuellement, c’est beau, certains rediront sur la destruction de la ville, moi je dis il ne faut pas s’attendre à se casser que deux ongles quand on est Kal-El. La 3D n’est pas indispensable, comme d’habitude et on regrettera une image trop sombre (avec ou sans lunettes).

On a plaisir à voir Russell Crowe en papa gâteau, Kevin Costner trop peu présent et c’est bien dommage tant son personnage est fort et émouvant, Michael Shannon incarne un Zod tout en puissance. Enfin, le héros : carrure en V, yeux bleus, sourire de tombeur, cheveux de jais, il est extrêmement difficile de ne pas flancher en voyant Henry Cavill. Seul bémol : Amy Adams, bien gentille, mais pas assez charismatique pour incarner Loïs Lane.

Certains voudront le comparer à la trilogie Dark Knight de Nolan (puisqu’on sent la patte sur Man of Steel), à mon sens, il est trop tôt pour les comparer : Superman n’en est qu’à ses débuts, même si le héros est égratigné, le récit déstructuré et qu’on ressent une certaine noirceur, il est difficile de faire un rapprochement avec Batman, aussi parce que les psychologies du super héros sont différentes. Je laisse ce raisonnement pseudo pompeux aux analystes dédiés.

Oui vous en aurez plein la vue, oui vous aurez de l’action, de la cape, du symbolique, mais Man of Steel reste un film centré sur le personnage de Clark Kent, son évolution, sa personnalité, bien loin de l’univers Marvel beaucoup plus tape à l’œil. Pour tout ça, j’ai adoré le film !

by Miss Bobby