My beautiful boy

My beautiful boy

Le grand frisson

Je parle de frisson, mais n’y voyez aucune allusion à un film d’horreur, quoi que. Je crois qu’aucun parent ne souhaite qu’un de ses enfants en arrive au stade du personnage de Timothée Chalamet. Le grand frisson que je mentionne est celui engendré par la puissance des émotions.

Les films qui traitent de la drogue et de cette perte dans les limbes de l’enfer ne manquent pas. Les plus pertinents et dérangeants que j’ai pu voir sont Trainspotting et Requiem for a dream. Dans le genre glaçant… Je viens ajouter à ma liste My Beautiful Boy, marquant par bien des aspects.

L’histoire de My Beautiful Boy est adaptée de l’histoire vraie de David et Nic Cheffe. Pour ma part, je ne l’ai su qu’à la toute fin, avec le carton explicatif et ça m’a foutu un coup. On sait que ce genre d’histoire existe, on sait que des familles et des personnes en souffrent tous les jours, toutefois, le film est tellement bouleversant que mettre des personnes bien réelles derrière ces personnages, ça m’a… retournée oui. J’ai eu l’impression de vivre leur drame avec plus d’impact. Ça m’a fait mal…

Ça m’a fait si mal parce que le film repose en très grande partie sur un duo d’acteurs qui va au-delà du fabuleux. Pas besoin de peser mes mots. Timothée Chalamet n’en fait pas des caisses, il vit son addiction presque avec « discrétion », sans éclat. Il vit un perpétuel débat avec lui-même dont il ne sait comment en sortir, tout est combattu de l’intérieur avec pudeur et force, comme si le bien combattait le mal au fond de lui sans tout étaler sur les murs. Et là où la « magie » (du jeu d’acteur bien sûr) va encore plus loin, c’est que le spectateur est complètement désespéré face à ce jeune et vous ne pouvez que comprendre la place du père, interprété magistralement par Steve Carell (qui fait un début d’année superbe et qui signe à mon sens son plus grand rôle. Grand oublié des Oscar 2019). Il est tout simplement phénoménal. Je ne souhaite pas tarir d’éloges à son propos tellement il donne en grande partie tout son sens au film, son émotion. Quelle détresse dans le regard. J’ai ressenti énormément de peine et de désarroi. Je me suis senti comme lui : impuissante, meurtrie, épuisée, triste, en colère… C’est impressionnant la palette d’émotions qu’il dégage, tout passe par son visage.

My Beautiful Boy est un film marquant, magnifique, qui joue sur les cordes sensibles pour mieux nous faire ressentir la dure réalité de ses personnages. Je n’ai parlé que du père et du fils, mais l’empathie est telle qu’on se met également à la place de la belle-mère jouée par Maura Tierney. Ce film de Felix Van Groeningen est un coup de poing dans le ventre, dont il faut un peu de temps post-séance pour le digérer. C’est dur, mais c’est beau. Seul ombre au tableau : l’omniprésence de la musique, qui plus est pas du tout en adéquation avec l’image. Elle en devient souvent gênante.

Sortie en salles le 06 Février 2019.

 

by Miss Bobby
Hostiles

L’homme est un animal hostile pour l’homme.

Hostiles

Le pire ennemi que l’Homme ait connu, c’est lui même et son semblable. Hostiles aurait même pu être rebaptisé Red Dead Redemption (pour les amateurs de jeux). Un nouveau souffle au western apparaît avec Hostiles, loin de la poussière, des bottes d’herbes séchées qui roulent, loin de cette chaleur étouffante, et de la saleté. Loin du gentil et des méchants. Scott Cooper, le réalisateur et scénariste, repart du mythe du cowboy et de l’indien, pour l’emmener dans des contrées reculées, sauvages, repoussant chacun dans ses plus profonds retranchements. Le nouveau film de Christian Bale (et accessoirement, la troisième fois que l’on voit Timothée Chalamet cette année) est une aventure philosophique et morale, où l’ennemi n’a pas les apparences qu’on lui prête.

Dans des paysages naturels tous plus beaux et immenses que jamais, le silence rime avec danger. Chaque canyon, colline, arbre cache une flèche, une balle ou une lame meurtrière. Le capitaine de cavalerie traverse ces immensités sauvages pour escorter son ennemi juré, un vieil Indien proche de la mort, désireux de mourir sur ses terres entouré de sa famille. Il croisera sur son chemin une femme dont sa famille a été totalement décimée par les peaux rouges. Au fur et à mesure que les jours défilent, que l’ennemi rôde et que cette « randonnée » à cheval avance, l’hostilité ambiante, rancunière que chacun ressent disparaît au profit de la rédemption. Ce chemin de croix mortuaire apaise les esprits, les Hommes deviennent égaux. La haine du début s’évapore en poussière dans l’air chargé de cette odeur de sang. Chacun porte son fardeau, comme un boulet à la cheville.

La force d’Hostiles réside dans sa morale et le chemin parcouru et par le spectateur et par les personnages pour y arriver. Une puissante philosophie qui éclaire les visages des acteurs d’émotions silencieuses, enfouies, brutes, raidissant leurs traits. La colère s’entremêle à la tristesse, aux blessures, aux drames, ne laissant jamais s’échapper un peu de répit.

L’Homme est un ennemi pour l’Homme.

Sortie en salles le 14 Mars 2018.

by Miss Bobby
Call me by your name

Un premier amour c’est comme un voyage en Italie, on s’en souvient toute sa vie !

Call me by your nameCall me by your name est un départ direct pour des vacances en Italie, entre chaleur accablante, balades à vélo, robes légères et fruits frais gorgés de sucre à croquer dedans comme une belle histoire d’amour. Une bouffée de fraîcheur portée par deux comédiens irrésistibles, Armie Hammer et la nouvelle coqueluche qui fait des ravages à Hollywood, Timothée Chalamet (notez bien ce nom, vous allez en entendre parler).

Call me by your name est un bonbon sucré et doucement acidulé. Une amourette fulgurante sous le soleil italien durant les vacances d’été entre un adolescent et un homme proche de la trentaine. Le début des premiers émois pour l’un, l’Amour avec un grand A, et ce goût d’interdit. En effet, l’amour entre deux hommes dans les années 80 est encore une chose tabou, sans mentionner la différence d’âge qui peut laisser penser à de la pédophilie. Pourtant il n’en est rien. La beauté et la tendresse qui se dégage de cette découverte amoureuse et sexuelle est simple, douce comme une caresse, jamais vulgaire, jamais choquante, pure de tout soupçon. C’est également l’application du regard des autres pour l’autre, l’acceptation de son homosexualité face à cette société qui n’est pas encore prête à l’assumer.

Même si Call me by your name propose une vision d’une amourette homosexuelle, tout le monde se reconnaîtra dans cette adolescence à la fois un peu paumée et fougueuse, dans sa sensibilité, dans sa manière de vivre les choses intensément, dans sa facilité à se projeter loin. On ne peut passer à côté du film de Luca Guadagnino sans un pincement au cœur, sans retomber dans ses propres souvenirs… Et puis ce générique de fin, criant de vérité sans même un dialogue, comme si le film avait écrit selon notre histoire.

Allez vous réchauffer avec Call me by your name, replongez dans vos souvenirs, savourez l’instant présent, goûtez aux joies des fruits juteux, laissez-vous aller. Respirez. Aimez. Susurrez le prénom de votre moitié.

Sorti en salles depuis le 28 Février 2018.

by Miss Bobby